Une tentative de blog à plusieurs mains. Pour réunir des trucs qu’on ne voudrait pas montrer à nos grand-mères mais qu’on prend plaisir à faire quand même.
Vous savez, ces trucs au fond d’une cave ou sous une couette, ces trucs qui nécessitent un sécateur, des allumettes ou de la vaseline, ces trucs chauds et humides, toujours meilleurs à plusieurs qu’en solitaire : se moucher dans ses doigts, dire des gros mots, jouer à touche pipi, disséquer le chat du voisin…et rire, évidemment.

4 mars 2012

Un tramway nommé désir (par Yunette)

Le front collé à la vitre derrière laquelle défile une cathédrale immuable éclairée de manière hétéroclite, compressée par ces corps que je ne connais pas, je songe. D’ordinaire je pesterais,  intérieurement du moins, je ressentirais ces coudes dans mes côtes, ces sacs dans mon dos, mains dans les poches pour surveiller mes pauvres biens.
D’habitude.
Pas aujourd’hui, aujourd’hui j’erre dans les méandres de mon esprit, cœur en vrac et corps en feu, envie qui me tenaille, m’envahit. Douceur…
Dans ce tramway qui file sans se soucier de moi, dans cette gangue humaine m’interdisant tout mouvement, je pense à peine, l’instinct parlant pour moi, le désir… Cette envie violente, cette vision de mains qui me saisissent, d’une bouche sur mon sein qui me happe et mord, être un figuier dont les fruits nourriciers libéreraient leur jus sucré, doux et suave…
Gémissement qui se perd dans la houle émanant de la marée humaine, heureusement, personne ne l’entend, ou si, peut être, je m’en fous. Mes paupières closes ne me laissent que la vision des événements passés et de cette phrase…
Cette phrase…

Les enfants sont des marionnettistes.

Une pensée fugace, échappée à voix haute, comme ça, naturellement. Vérité sortie de ma bouche, miroir des yeux d’une fillette. J’y pense encore tandis que je m’éloigne, emportant avec moi mon désir, mes envies, et son sourire.
Petite main s’agitant en réponse à la mienne, à mon tour d’étirer mes lèvres au souvenir de cette mignonette au visage poupin. Et pour cause !
De grands yeux noirs qui lui dévorent le visage, m’accrochent, me gardent, prisonnière. Nulle volonté de m’échapper alors, profiter, juste, de cet échange où les questions ne se posent pas.
Elle se penchait sur le côté, l’enfant dont j’ignore encore le prénom, et je faisais de même. Pantomimes miroirs, sourires échangés, rendus, offerts repris et redonnés. Cadeau.
J’ai tenté, parfois, d’aller à son encontre, de provoquer une dissonance, un mouvement différent du sien. En vain. Léger à coup en son sens, un regard clair, assuré, et je me pliais à sa volonté, revenant immédiatement dans le droit chemin. Le sien.
Elle décidait, j’obéissais. C’était l’ordre des choses. J’étais son jouet, son objet, fruit de ses désirs, et moi, moi, je n’étais que volontaire pour cette expérience.

On ne cède pas aux caprices !

Ce n’en était pas un, ou alors le mien. Je lui offrais mes gestes, pas grand-chose en somme, les gestes qu’elle exigeait. En retour, elle me confiait son sourire, son regard, son attention.
J’étais comblée.
Ou presque. Pour l’être tout à fait il eut fallu que j’aie d’autres yeux noirs en construction au creux de moi, un polichinelle dans le tiroir, une cartouche tirée ayant fait mouche…
Je n’ai pas bu et pourtant je divague, ivre de ces pensées où je me vois mère, marionnettiste pendue à mon bras, délirium tremens de la femme saoulée de n’être pas mère, images affluant à mon esprit où cet enfant aurait son regard…
Mon enfant.

Il y a longtemps que j’ai mis à la poubelle toutes mes espérances de maternité, ce rêve qu’ont les jeunes filles quand elles s’imaginent leur avenir, ce rêve qui se brise parfois quand quatre lettres font leur apparition en lieu et place d’un "sortez couverts"… Une fois suffit, comme pour faire un môme, j’ai juste tiré le mauvais lot.




Sombre pensée qui me vrille les tripes tandis que je broie la petite main qui est dans la mienne. Je n’ai pas perçu la foule qui s’écartait de moi en apercevant mes doigts tachés de pourpre enserrant cette menotte potelée. Je baisse les yeux en reprenant conscience du monde qui m’entoure, un sourire étire mes lèvres, doux, suave, bien amer aux yeux noirs qui me fixent, terrifiés. Perles salées qui  me semblent autant d’étoiles. Je suis fière d’être son jouet, j’incline la tête mais elle ne répond pas…

Je crois qu’elle a laissé ses fils près de la cathédrale, là où désormais des lumières tournoyantes s’affolent, là où activement, on tente de ranimer une femme aux yeux noirs.


2 commentaires:

Castor tillon a dit…

J'ai dit quelque part dans mon Wizzz que Yunette était une des plus étranges pièces de ce puzzle dément qu'est Luna & cow. Ce texte le confirme. Quand je lis cette histoire, je me vois dans le cable-car dévalant en bringuebalant les rues de San Francisco, coincé entre des névropathes et des marionnettes.
Euh... Y a des cathédrales, à Frisco ?

Yunette a dit…

Je sais pas pour Frisco, mais il y a un tramway à Le Mans...
Et pis comment ça suis étrange ? Mouah ? Mais je déborde de normalité ! Totalement ! (ou pas... mais c'est pas ça qui va me déranger ^^)