Une tentative de blog à plusieurs mains. Pour réunir des trucs qu’on ne voudrait pas montrer à nos grand-mères mais qu’on prend plaisir à faire quand même.
Vous savez, ces trucs au fond d’une cave ou sous une couette, ces trucs qui nécessitent un sécateur, des allumettes ou de la vaseline, ces trucs chauds et humides, toujours meilleurs à plusieurs qu’en solitaire : se moucher dans ses doigts, dire des gros mots, jouer à touche pipi, disséquer le chat du voisin…et rire, évidemment.

15 décembre 2011

L'oiseau dit alors : "jamais plus !" (Edgar Poe)


La nuit est déjà bien avancée. Il est 3 h 30 passé, et mon ordinateur est en train de virer au rouge. Je m’acharne à attribuer un emplacement, dans l’interface de mon site d’arts plastiques, à des images qui ne sont pas de cet avis, et s’empressent de prendre la place de l’en-tête, ou, plus fun, de disparaître. Juste pour me faire chier, quoi. Quand la manœuvre n’efface pas, purement et simplement la page entière, réduisant à néant mon travail des vingt dernières minutes. Il fait un temps épouvantable, dehors, et dans ma prostration naissante, des bouffées d’Edgar Poe viennent envelopper doucereusement mes neurones avachis…

« … J’entendis bientôt un coup un peu plus fort que le premier. « Sûrement, — dis-je, — sûrement, il y a quelque chose aux jalousies de ma fenêtre ; voyons donc ce que c’est, et explorons ce mystère. Laissons mon cœur se calmer un instant, et explorons ce mystère ; — c’est le vent, et rien de plus. »

Toc-toc-toc ? Ma nuque se hérisse doucement. On frappe à ma fenêtre, située à 310 mètres au-dessus du niveau de la mer, et à presque quatre du sol. A part Spiderman, ou le GIGN qui débarque, je ne vois pas ce qui…
Un oiseau. Un petit oiseau frappe à la vitre avec son bec. Il saute, et il cogne. Toc-toc. Indécis, je le laisse faire pendant deux ou trois minutes, pour être bien sûr qu’il veut vraiment entrer, puis j’ouvre grand. Un froufroutement, il a franchi l’ouverture en vitesse, et est allé se poser à l’autre bout de la pièce.
Il a l’air affolé. Je le prends dans mes mains, pour vérifier qu’il n’est pas blessé, mais à part quelques rémiges en désordre, tout a l’air OK. C’est une petite femelle chardonneret, pour autant que mes vagues notions d’ornithologie me permettent d’en juger. Peut-être vient-elle d’échapper à l’attaque fulgurante d’un matou sur le sentier de la chasse.


C’est ça, et on sait pas si le chat redonnerait… C’est bon, on me l’a déjà faite, celle-là.

Je la repose doucement en face de la fenêtre. Check list effectuée, tu peux aller faire ton point fixe, et reprendre ton vol, l’amie.
Mais elle ne l’entend pas de cette oreille, si oreille il y a. Elle entreprend un petit tour du propriétaire, et part comiquement explorer son nouvel environnement.


Ça c’est du moelleux. Pas de la plume, mais ça le fait. Tu t’emmerdes pas.

                                                                             
Wôh, wôh, wôh… Je te vois venir. Reste où tu es : pas au premier rencard, hein.

Ah ouais, ouais… Pas mal la gratte. Epiphone 12 cordes…

Il a fallu que t’en enlèves six … Soit tu sais pas jouer en picking avec 12, soit t’es une bonne feignasse. Soit les deux.
Et je dis ça et je ne dis rien, mais le canapé bleu avec les couleurs chaudes autour… Tu parles d’un artiste ! Je voudrais pas de toi pour décorer mon nid.



Le dessus des armoires, c’est pas fait pour cacher la merde au chat, hein. N’importe qui peut voleter à deux mètres de haut et voir tout ton fourbi.


C’est quoi, ce truc-là, en-dessous? Tu laisses vraiment entrer n’importe qui…

Regardez-moi ce bordel : on se croirait chez Emmaüs. C’est pas parce que tu viens d’emménager qu’il faut pas ranger un minimum. Et ce clavier, c’est un IBM 98. Fous-moi ça à la benne, merde.

Je la suis en prenant quelques photos. L’appareil est une vraie catastrophe, mais tant pis, je ne veux pas louper ça. 

T’as vraiment regardé toutes ces daubes ?!? A part « Happy feet » qu’est pas trop mal…  Tu ferais mieux de faire un vide-grenier avec le reste.

Par contre, en bouquins, pardon : t’es outillé. Miam. Des vieux « Galaxie » qui datent de Ben-Hur.
(Dieu sait ce que le char donnerait).

Quand je n’étais qu’une béjaune, j’ai fait un peu d’acting, tuwois ? Et j’étais très demandée, une vraie terreur.
Regarde-moi : ta belette hirsute, là, elle peut aller remettre le peignoir.

Tigrou, c’est Tigrou !!! Ben merde alors ! Fais-moi une photo avec lui.
La gueule des potes ! Le cul va leur en peler !

Ça t’arrive, de faire la vaisselle ? Un vrai crado !! Ça va trempouiller encore combien de temps, ces gamelles ? Et tout ça, là : c’est sec depuis huit jours, ça va pas sauter tout seul dans le placard...
Allons poser nos pattes nues ailleurs. J’ai pas envie d’attraper des staphylocoques.
Ou des ça-file aux moules.

T’as encore des VHS, toi ? Tu dois être du genre à porter tes pantalons avec des bretelles et une ceinture. Et à assurer avec des punaises les jours de grand vent.
Il y a plus de 500 dvd dans ce cloaque, et en voilà enfin un qui parle des animaux. Alléluia.
La visite terminée, elle semble se fixer sur la grande étagère de la cuisine, et se préparer pour la nuit. Il est 5 h 30, et je vais en faire autant. Je lui prépare un petit en-cas avec des céréales, des miettes de biscuit et du lait, mais elle l’ignore superbement. Ce n’est peut-être pas le menu idéal pour un chardonneret, mais je ne suis pas nutritionniste pour piafs, moi. Pour éviter qu’elle parte comme une fusée au petit jour, et s’éclate contre la vitre, je punaise un paréo sur le montant de la fenêtre. Mais il va devenir évident que c’est faire insulte à son intelligence.
En laissant les lampes allumées pour elle, je vais me glisser avec délices entre les draps.

Ça m’a l’air cosy, ici. Ça me botte. Je vais piquer un roupillon. Lumière, s’il te plaît.

Cuic. (fort)

CUIC ? (fortissimo)

QUOI ENCORE ? Je me lève, éteins la lumière dans la cuisine, et elle met le bec dans ses plumes pour roupiller. Ben y avait qu’à demander, hein.
On a dormi tous les deux jusque tard dans la matinée, et vers onze heures, elle s’est glissée derrière le paréo. Puis a demandé à sortir en employant la bonne vieille méthode : un saut, toc-toc-toc. Etc.
J’ai failli pas trouver la sortie, avec tes pendeloques, là…

J’ai retiré les trois punaises qui fixaient le tissu, et avec des mouvements très lents pour ne pas l’effrayer, j’ai ouvert la haute fenêtre.
Mais elle n’avait pas peur, et semblait s’impatienter. L’impudence de cette boule de plumes est absolument stupéfiante.
C’est compliqué, chez toi : y a toujours quelque chose à ouvrir ou à fermer. C’est bon, je la ferme, mais ouvre !
Alors, ça vient ? Ce qu’il est lent, l’animal !
Ah : on dirait que ça bouge…
Allez, je me casse ! On est mal assis, chez toi, mais j’ai apprécié l’accueil !

Elle m’a regardé une dernière fois, et tandis qu’elle s’élançait, mon cœur s’est serré. Elle me manquait déjà. Bon vent, ma belle, j’espère qu’on se reverra…


« L’oiseau dit alors : « jamais plus ! »


9 décembre 2011

Je suis une raciste (par la Musa)

Je suis une raciste, une vrai, une dure. Je suis une raciste de la pire espèce. De celles qui sont intransigeantes à mort. Qui regardent de haut, les yeux dégueulant du mépris le plus profond, les lèvres pincées dans un rictus de dédain ultime, jusqu’au dégout le plus total. De celles, incisives et impitoyables, qui jugent et mettent à mort sans laisser l’once d’une chance à leurs victimes. De celles qui n’ont même plus la décence de la condescendance.

Je suis une raciste emplie de morgue et de suffisance, jusqu’à m'en faire péter la sous-ventrière. Je suis une raciste qui a pour armes le cynisme et l’indécence, qui rabaisse et écrase ses bouc-émissaires, sans aucun complexe. Qui les mets plus bas que terre, et leur tend une pelle pour qu’ils continuent à creuser encore et encore. De celle pour qui l’humiliation est une seconde nature.

Je suis une raciste ignoblement vaniteuse pour qui l’avanie est un passe temps. Qui dispense la honte et l’outrage comme le vent sème la tempête. Qui blesse à brûle-pourpoint et s’amuse de ses souffre-douleurs avant le coup de grâce. De celles qui jouissent de la détresse de leurs proies tout autant que de leur exécution.

Je suis une raciste sadique et implacable. Je suis une raciste immorale aux griffes acérées et aux crocs aiguisés, à qui rien n’échappe. Qui jongle avec le mesquin, le sordide et l’obscène avec une aisance déconcertante. De celles qui regardent leurs martyrs, pleins d’espoir, courir au loin, avec le rictus mauvais du maitre qui tiens la laisse, ramenant le gibier à la réalité quand bon lui semble. De celles dont on ne réchappe pas…

Je suis une raciste viscérale de la médiocrité que l’ignorance insupporte. Je suis une raciste à qui la stupidité et l’inintelligence donne de l’urticaire. De celles pour qui l’incompétence et la déficience réveillent les plus noirs desseins.

Je suis une raciste et par dessus tout j’aime ça...