Une tentative de blog à plusieurs mains. Pour réunir des trucs qu’on ne voudrait pas montrer à nos grand-mères mais qu’on prend plaisir à faire quand même.
Vous savez, ces trucs au fond d’une cave ou sous une couette, ces trucs qui nécessitent un sécateur, des allumettes ou de la vaseline, ces trucs chauds et humides, toujours meilleurs à plusieurs qu’en solitaire : se moucher dans ses doigts, dire des gros mots, jouer à touche pipi, disséquer le chat du voisin…et rire, évidemment.

11 août 2011

Sortir de ce corps : une proposition épilogale (par Açir Tanaka)

Je portais une robe fluide, boutonnée sur le devant et, à travers la minceur du tissu, le soleil réchauffait ma peau. Je n’avais pas de maillot de bain – d’ailleurs, je détestais me baigner – et me contentais de regarder les nageurs d’un air distrait. Puis l’inattendu advint, comme dans un improbable scénario. Il sortit de la piscine, l’eau dégoulinait sur son corps parfait, musclé sans excès, hâlé sans être tanné et nos yeux se croisèrent. Les siens étaient clairs, évidemment, vert pâle, contrastant suavement avec le bronzage de sa carnation, ses cheveux bruns perlaient de gouttelettes. Il s’approcha de moi dans un ralenti cinématographique, le souffle me manquait, il me sourit, la lumière se refléta sur ses dents parfaites en un éclat étincelant digne du cinémascope d’antan. Je nageais en pleine irréalité, j’étais la vedette d’un film écrit pour ma seule gloire, il était le jeune premier, celui que toutes les femmes remarquaient, celui que toutes les femmes m’envieraient. En toute logique devait bientôt apparaître un coucher de soleil romantique et nous marcherions ensemble, main dans la main, vers notre destinée et notre bonheur. Barbara, sors de ce corps !
Il s’approcha donc de moi dans un ralenti cinématographique, le souffle me manquait toujours, il me sourit tandis que mes lèvres restaient figées, il effleura délicatement ma joue, puis mon épaule – il n’y avait plus un bruit autour de nous, le monde avait cessé d’exister. D’ailleurs, qu’était le monde sans nous ? Il saisit avec délicatesse ma main et la porta à ses lèvres en un délicieux baiser, j’étais déjà conquise (et pour être honnête assez excitée). Il saisit donc ma main et, de façon imprévisible (de moi au moins) la plaqua sur son entre-jambe – la ténuité de son maillot de bain ne pouvait dissimuler qu’il bandait comme un cerf mais le contact de ma main accrut encore sa rectitude et je sentis son gland pointer hors du trop exigu vêtement. Brusquement, il me repoussa vers le cabanon où étaient remisés parasols et chaises longues, referma la porte derrière nous et arracha sans préambule tous les boutons de ma robe qui cliquetèrent sur le sol. Quelques matelas pneumatiques gisaient sur le plancher de la resserre et il m’y bascula, fit subir à ma culotte le même sort qu’à ma robe et me besogna sans préliminaires. Si l’on m’avait décrit une telle scène, j’aurais été horrifiée, moi qui me plongeais avec délice dans les romans à l’eau de rose. Mais, dit-on avec quelque raison, la réalité dépasse souvent la fiction et, en l’occurrence, je mouillais comme une folle tandis que lui, tout à son affaire, avait posé une main sur ma bouche pour faire taire mes cris de plaisir. J’étais si émoustillée que je jouis plusieurs fois avant qu’il ne s’épanchât en moi, ce qui, pourtant, ne dut guère prendre de temps ; nous étions dans l’urgence de la volupté. Enfin, il se retira, son regard était un peu flou, comme celui d’un saint-bernard, et ce parallèle canin prit tout son sens lorsqu’il posa sa main sur mon sexe entrouvert et, dans un léger geste qui m’électrisa, récolta le fruit conjugué de mes exsudats et de son éjaculat sur ses doigts qu’il porta ensuite à sa bouche et lécha tel un chien, qu’il était sans doute. L’odeur de sexe était si forte qu’elle emplissait le cabanon, mes narines se dilatèrent, j’étais moi aussi un animal, une chienne de fait. Il acheva de suçoter ses doigts avec application, je n’existais déjà plus pour lui, il se leva, rajusta son maillot de bain et sortit, laissant la porte entrebâillée et le bruit de l’extérieur pénétrer jusqu’à moi.
Je m’essuyai tant bien que mal avec ma culotte déchirée et jetai négligemment le sous-vêtement englué parmi les parasols entassés. Restait à présent la plus délicate des opérations : reparaître aux yeux du monde dans ma robe violentée dont il ne restait en tout et pour tout que deux boutons intacts sans avoir l’air d’une marie-couche-toi-là. Je n’allais tout de même pas attendre que la nuit tombe ! Selon toute probabilité et ma théorie des statistiques, la piscine devait encore regorger de nageurs tricards. En réalité, je refermai mon livre avec regret, inutile de connaître l’épilogue de cette bluette dégoulinante de bons sentiments. Maudite sois-tu, Barbara !

5 août 2011

Porc à portes (par Yunette)

Cette histoire se déroule dans le monde du jeu Hordes. La terre est dévastée, l'Armageddon a eu lieu, le sable a tout envahi. Dans un univers post apocalyptique, les morts se relèvent. Zombies. Les armes peuvent les tuer, des "lance piles", tronçonneuses, tondeuses (fonctionnant à piles) et surtout, l'eau. L'eau détruit les morts. Mais il ne pleut plus. Et les gens se regroupent, à 40, dans des bidonvilles qu'ils tentent d'améliorer pour survivre, toujours plus longtemps.

Surveiller les porcs, surveiller les porcs ! Ils abusent ! La distribution des rôles, chacun sa tâche, chacun son rôle, trois jours durant, puis on tourne. Et moi je suis tombé sur la surveillance des porcs. On n'en a que deux en plus, je vous jure, quel boulot de merde ! Ça consiste en quoi de les surveiller ? Hein ? Bordel ! Vérifier qu'ils ne se sauvent pas, check. Fignoler leur putain d'enclos, check. Vider la fosse à merde pour qu'ils bouffent, check. Sacrifier de l'eau, check. Taillader dans le lard des bêtes pour passer le temps et mes nerfs... pas check.

J'attache les gorets qui gueulent comme des cochons qu'on égorge, je leur fourre chacun une boule de tissu au fond de la gorge et là, je me laisse aller à mon art. Scarifications à peine sanguinolentes, la couenne est épaisse. C'est con un porc, ça gueule juste parce que ça pète de trouille, là, j'suis sûr que je lui fais pas mal, ou pas grand-chose, et puis je m’en fous, et puis... Putain, faut qu'ils arrêtent de se tortiller comme ça ! Les cordes qui s’enfoncent dans leur peau, bien serrées, si rose, la peau, puis le léger filet de sang, les entendre râler à cause du bâillon, ça me fait triquer comme un taureau... J'sais pas trop ce que c'est qu'un taureau, mais on dit souvent ça.

Bizarre cette envie, sans doute l'effet des cachetons. J’aurais pas dû en gober autant, surtout les bleus, là. J’en ai mal tellement je l’ai dure, et pas une nana dans cette foutue ville… et les gars semblent trop portés sur le nombre de jours qu’il leur reste à vivre pour s'accorder un instant de plaisir. Feraient bien de vivre chaque instant comme si c'était le dernier, au moins ils seraient tous agréables.

Ne me reste que l'arrière train des bestioles. Et les poules, c'est trop petit, les chats, ça griffe, les chiens… on n’en a pas, et puis, et puis là, là, comme ça, maintenant, j’ai un orifice tout prêt, offert, avec la bête bâillonnée et attachée, j’vais m’croire dans cette revue que j’ai trouvé l’autre jour, là où la fille était toute saucissonnée…

Putain qu'il fait chaud ! Je crois que si j'avais pas laissé le bâillon, ce gros couillu de porc aurait crié comme une truie pucelle le jour de son accouchement ! Reprenons...
Taillader dans le lard des bêtes pour passer le temps et mes nerfs, check. Me vider les burnes en pétant la rondelle d'un gros porc, check. Détacher les bestioles et se marrer à en voir une marcher en canard... check.

Qu’est ce que c’est que ce foutoir encore ? Peuvent même pas me laisser me remettre tranquille ! Et le repos du guerrier, hein ? Mais merde ! C’est qui ça ? Péter la gueule au putain de zombie de merde qui est venu tenter de me toucher... check ! Hurler contre l'enfoiré qu'a pas été capable de fermer la putain de porte de merde, check !
Promettre que je lui défoncerai le crâne en lui éclatant son arrière train, check...

Faut-il donc que je fasse tout moi-même ? Me taper la tête contre un mur après m'être enfoncé un balai dans le cul, puisqu'il n'y a plus personne pour le faire ? Ils sont tous crevés ces incapables... Faut vraiment que je le fasse moi-même ?

N'avoir qu'une envie, celle d'avoir écouté plutôt que de m'être gavé de cachetons avant qu'ils distribuent les rôles, check.
Me rappeler qu'on ne garde pas les porcs, alors que les portes, si. Check, un peu tard.