Une tentative de blog à plusieurs mains. Pour réunir des trucs qu’on ne voudrait pas montrer à nos grand-mères mais qu’on prend plaisir à faire quand même.
Vous savez, ces trucs au fond d’une cave ou sous une couette, ces trucs qui nécessitent un sécateur, des allumettes ou de la vaseline, ces trucs chauds et humides, toujours meilleurs à plusieurs qu’en solitaire : se moucher dans ses doigts, dire des gros mots, jouer à touche pipi, disséquer le chat du voisin…et rire, évidemment.

30 mars 2011

EPEIRE PALNOR (par Castor)


La première photo est pour Chrysopale. Je sais qu’elle est une grande admiratrice des animaux à huit pattes, au point de créer des vêtements qui s’y réfèrent.

Voilà, ça y est, Chryso… là, là, c’est fini. Tu peux refermer la bouche, et aller t’enfermer dans ta chambre pour hurler.


 
Il y a quelque temps, Lunatik ouvrait le bal avec Perséphone dans ses étonnantes « variations sur une belle ». Il me jure ses grands dieux qu’il s’agit d’une tégénaire, mais je n’en crois rien : elle est trop bruyante avec ses grandes pattes qui crissent sur l’émail. Pour moi, c’est une épeire, parce que l’épeire c’est phone. J’ai toujours été jaloux de Lunatik qui possède tout ce que je n’ai pas : la beauté, le talent, la recette de ses délicieuses pâtes au thon, et une araignée dans la baignoire (la mienne est plutôt au plafond).

Je suis donc allé au jardin, où vivent quelques-unes de ces jolies bestioles pour les shooter en toute innocence. Sur la centaine de clichés que j’ai pris (pff… encore un talent que je n’ai pas), je vous livre les huit qui sont à-peu-près récupérables. 


 
Ici, la vedette parfaitement intégrée dans son environnement… 



… en une aérienne et vertigineuse contre-plongée.


 
On l’appelle épeire dorée, argiope fasciée, épeire fasciée, argiope frelon.
Malgré son fasciée ha, ha, peu aimable, elle est inoffensive et arbore la parure du frelon pour tenir au loin les éventuels prédateurs, comme par exemple les pusillanimes photographes.
A cette occasion, j’ai constaté qu’on pouvait l’approcher et la flashouiller de très près. Comme vous pouvez le voir, elle s’en fout épeire-dûment. 

 
Une épeire-alien (y a pas de jeu de mots, suivez donc au lieu de glousser bêtement) tombe de la stratosphère pour fondre sur le passant qui, benoîtement, passe.
L’animal est flou, c’est dû à la terrifiante vélocité de son piqué, et non à la maladresse du crétin de photographe. 

 
Là, elle ralentit pour ne pas pulvériser sa proie. 


 
L’ultime cliché avant impact. Stephen King le voulait pour illustrer sa nouvelle « Brume », mais j’ai refusé : j’ai préféré garder l’exclusivité pour mes amis de « Luna & cow » et ses innombrables lecteurs. 




9 mars 2011

Demi-sel (par Trompette)

J’ouvrais les huitres. Je pissais le sang dans l’évier en sifflotant un air de noël. On m’avait fourni un couteau à beurre. Les gens s’inquiètent toujours pour moi, en fin d’année.

J’avais quand-même réussi à me couper beaucoup plus profondément, à travers l’entaille déjà respectable laissée par un des coquillages.
Quelles étaient les paroles de cet air stupide ? Quelque chose à propos d’un arbre en particulier, au milieu d’une forêt de conifères – des enfants qui jouaient dans la neige, à mutiler un écureuil mort.

Le travail n’avançait pas vite. Je n’avais ouvert qu’une dizaine de mollusques. Je ne sentais plus mon index. La table était dressée, au salon. Les convives – ma famille, ta famille, et même des vieux – s’agitaient autour de plateaux remplis de toasts. Ils levaient leurs verres sans rien trouver à dire pour marquer le coup.

Il est excellent ce saumon – oui, très bon – qu’est-ce qui est étalé, en dessous ? – seulement du beurre, connasse – ah oui ? Étrange – c’est du demi-sel, c’est pour ça – je pourrais te tuer de mes mains un de ces jours, quand personne ne regarde – c’est délicieux en tout cas – oui, vraiment.

Les paquets s’entassaient au pied d’un sapin mort et on ne pouvait apercevoir aucun enfant. Mon index pendait grossièrement. Je m’amusais à lui faire prendre des angles absurdes.

- Une coupe de champagne, mon ange ? me cria maman.
- Juste un doigt, pourquoi pas.
- Tu t’en sors, dis ?
- Vous n’avez vraiment rien d’autre comme couteau ?
- Nous ne prendrons aucun risque cette année, mon cœur.
- La dernière fois, c’est moi qui ai découpé la dinde, hein maman ?

Elle avait fait semblant de ne pas entendre. Oncle Yvan, mal à l’aise, avait voulut se gratter le menton, portant son moignon contre sa barbe. Il pouvait encore sentir sa main, de temps en temps. Cela prendrait encore quelques noëls avant qu’il s’habitue complètement.

Il a l’air d’aller mieux, cette fois – on ne peut jamais être certain – j’avais un berger allemand à l’époque, pareil, une vraie perle jusqu’au jour où… - les médicaments facilitent beaucoup les choses – évidemment on a été obligés de le faire piquer mais la môme des voisins ne fera plus rien de sa vie non-plus.

Personne ne m’apportait mon verre de mousseux.
Mon sang, mêlé à l’eau de mer, s’échappait à travers le siphon. J’aurais bien voulu le suivre mais j’ai toujours eu peur des tuyaux.

La douleur me traversait par vagues successives. J’avais la tête légère. Une huitre minuscule s’était glissée dans la bourriche. Un avorton. Je l’avais mise dans ma bouche et commencé à mordre de toutes mes forces dans la coquille. Là, ok, ça m’a fait vraiment mal. Mais après tout, c’était jour de fêtes et papa dit toujours qu’il faut goûter avant d’affirmer que c’est dégueulasse. Je crachais d’épais mollards rouges. Mon palais était détruit- mon somptueux palais – ah ah. Ca raclait sur mes dents, ça lacérait mes gencives, je me fendais la gueule, tout seul dans mon coin.

Et si on passait à table ? – Et comment donc ! – Vous avez encore faim, vous ? – Je m’assoie où, chérie ? – Je peux vous aider ? – Oui, grâce au suicide par exemple – Mets-toi à côté de pépé – Qu’est-ce que vous dites, heu… Pépé ? – Ffshshsyeghdgfd – Laissez, personne ne comprend – Ah… C’est bien ce qui me semblait.

Je l’avais avalée au bout du compte. Puis j’avais glissé ma main dans ma poche et étais allé m’assoir entre maman et la tante albinos qui m’offrait toujours un disque d’Elton John. Le chien me léchait la main, sous la table. Je me laissais faire mais je ne savais pas qu’il emporterait mon doigt.

- Aie !
- Qu’est-ce qui se passe, trésor ?
- Vous avez encore mis des marrons dans la dinde.
- Il faut toujours goûter avant de…
- Oui, papa.
- Tu es blanc comme un cul, tu sais ça ?

Alors, j’avais souri avec ce qui me restait de bouche.
J’avais souri à tout le monde.

Les couverts étaient tombés dans les assiettes, maman s’était mise à hurler, j’avais posé mes mains sur la table comme on m’avait enseigné, Oncle Yvan avait dégueulé dans sa bisque, papa avait giflé maman qui tentait d’escalader une armoire, le chien s’était allongé sur le paillasson, pépé commentait la scène bien que personne ne l’écoutât, pour changer.
Je m’étais évanoui sur un bloc de foie gras à 57,90 euros.