Une tentative de blog à plusieurs mains. Pour réunir des trucs qu’on ne voudrait pas montrer à nos grand-mères mais qu’on prend plaisir à faire quand même.
Vous savez, ces trucs au fond d’une cave ou sous une couette, ces trucs qui nécessitent un sécateur, des allumettes ou de la vaseline, ces trucs chauds et humides, toujours meilleurs à plusieurs qu’en solitaire : se moucher dans ses doigts, dire des gros mots, jouer à touche pipi, disséquer le chat du voisin…et rire, évidemment.

24 décembre 2010

Doloris

Le plus difficile, la première fois du moins, c’est de parvenir à réaliser la chose en une seule fois. On garde en mémoire les leçons de ses professeurs, la position des jambes, la prise en main, le mouvement sec et précis. La première fois, le bruit de la hache sur le billot résonne, on reste horripilés, comme s’il avait suivi le trajet de chaque nerf.
Puis, peu à peu, on perfectionne sa technique, on se fait au bruit du métal sur le bois, on l’apprécie même. Puis, à peu à peu, on en vient à sentir le détail de chaque vertèbre qui se fend sous sa main, ou presque.
Ne croyez pas que l’on s’habitue. Jamais ! Le plaisir est toujours différent. De temps à autre, on décolle une fille magnifique – on ne sait même pas pourquoi. Et on se dit qu’on l’aurait bien tringlée avant, parce que c’est vraiment un beau morceau. Mais nous, les bourreaux, n’avons guère les faveurs de l’opinion et les à-côtés nous sont refusés. Et on se dit qu’on l’aurait bien tringlée avant, mais ce n’est pas possible, alors on le fait après, vite fait, mal fait, et en catimini, même si sans la tête et avec le sang qui dégouline, c’est un peu ignoble. Comme un poulet déjà vidé dont le cou ballotte à droite et à gauche. Le principal est que le corps soit encore chaud, parce que, personnellement, je déteste la viande froide. Ce n’est pas parce qu’on est bourreau que l’on n’est pas un homme de goût.
Le plus difficile, la première fois, c’est de bien placer le panier pour que la tête tombe dedans, avec évidence. Si la tête roule de côté, ou s’échappe du panier renversé, on a vraiment l’air d’un amateur. Et si l’on n’a pas envie de quelque chose, c’est bien de ça !
Le plus difficile, la première fois, c’est de décapiter un enfant, parce qu’on est humain tout de même ! Et puis on se dit que c’en est au moins un qui ne souffrira pas plus longtemps. Au fond, nous faisons œuvre utile.

13 décembre 2010

Peau (2 - Avec doigté)

Le doigt est un merveilleux instrument : il désigne, il insiste, il explore. Les possibilités semblent infinies et, par un rare bonheur anatomique, l’appendice se multiplie par dix, décuplant encore ses incursions.
Ouvrez la main, tendrement, fermement – qu’importe ! Posez-la sur mon corps, ici et là, sur tous les endroits que je vous indiquerai. Insistez sur les zones tendres, acharnez-vous sur les recoins les plus chauds ! Écoutez le murmure de l’effleurement car, plus que tous les râles et ahanements, c’est celui qui fait naître l’émoi.
La peau s’étend sur une surface d’environ 2 m² ; que de distance à parcourir avant d’en avoir fouillé tous les interstices ! Soyons des explorateurs, aventureux et libertins, traitons avec la même attention les épaules, les nuques, les reins, les sexes. Érotisons-nous jusqu’au point de non retour et, là, par perversion ou éréthisme, cessons et reportons à plus tard tout assouvissement, ou à jamais. L’attente plutôt que la résolution.

En pressions mesurées les doigts perquisitionnent
Un à un mettent mon épiderme à l’index
Luttons, jouissons, comme une sombre Perséphone
Sur le rythme assorti de composants connexes


Parmi toutes les options des sens, le toucher serait-il le plus aisé, le plus immédiat ? Soyons pragmatique, tactilement s’entend. Car pour ce qui est de la littérature, il n’est guère aisé de parler de sexe avec doigté.

9 décembre 2010

Et j'étais sur la route toute la sainte journée...

Et ben je peux vous dire qu'on en voit des vertes et des pas mieux...

Qui qu'a dit qu'elles étaient cons les vaches de regarder les voitures, trains toussa toussa, à longueur de journée ? Hein qui qui l'a dit ?

Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi ? Si elles n'avaient pas une bonne raison de le faire ?


Et si finalement ce passe temps n'était pas dû à une outrecuidante fadaise, mais à une étude scientifique de la crétinerie humaine ?

Peut être est ce seulement pour saluer leur amis les bêtes savamment camouflés chez les humains, tel le goupil




qui sous l'œil  bienveillant de la vierge


s'en va au paradis des hommes


mais en cours de route il change d'avis et s'en va au purgatoire


Le sieur n'est pas trop regardant des lieux et des salopiauds qui semblent passer dans le coin régulièrement...


Pour en être sorti vivant, le bougre clame haut et fort que ça l'élève au niveau de héro, il le grave même dans le marbre... Enfin il le tague sur le béton de la poubelle locale mais c'est pareil...


Il en était tellement fier qu'il en a immortalisé son œuvre



Heureusement pour lui que le Gnome des sables qui sommeil non loin de là est chouette



et qu'il ne le dénoncera pas à la police...



Alors quand je vois tout ça, je me dis qu'en vrai c'est la télé des vaches la vrai vie...
Mieux que les feux de l'amour...
Qu'on s'étonne plus qu'elles passent leur temps à nous observer...

3 décembre 2010

L'appât du grain

J’ai trouvé un marteau et me suis lancé dans la chasse aux souris.
Les souris pullulent dans la cave, mais elles sont rapides, très rapides. Et la pénombre n’aide pas. Aussi, je vise un peu au petit bonheur – si j’ose dire – et je tape, presque à l’aveuglette. Lorsque je rate mon coup, le marteau résonne durement sur le sol en béton et la vibration qui en émane grésille dans tout mon bras. Mais parfois, plus rarement, le marteau atteint son but, j’entends un rapide craquement, néanmoins amorti par le poil de l’animal. Dans mes doigts, la chose morte pendouille, et si je tente d’en dévorer un morceau, les os brisés en mille fines aiguilles blessent mes lèvres, se fichent dans ma langue. Heureusement, je peux au moins poser ma bouche sur une plaie, aspirer le sang et quelques molécules de chairs mâchées. Mais que voilà moult efforts pour un si piteux résultat !
J’ai posé une bougie par terre et sa maigre lueur dessine un cercle laiteux comme la mort – ironique analogie puisque c’est là qu’elles crèveront. J’y place un appât (un simple grain de riz suffit) et je patiente, silhouette de prédateur immobile, bras déjà levé. Immanquablement, une bête s’approche et vlan ! Toute l’habileté de la chose consiste à ne viser que les pattes ou la tête afin que le corps reste intact. Si j’atteins une patte, la souris pousse d’affreux couinements ; je l’achève avec rapidité, d’un coup de dent. Si j’écrase la tête, je me régale directement du ventre, mais perds le plaisir de croquer les yeux, yeux qui éclatent sur mon palais tels des myrtilles translucides.
Après quelques heures de chasse intensive, le sol est recouvert de cadavres, de taches de sang déjà sèches, d’os épars et minuscules. Les souris se font rares, puis inexistantes. La faune du sous-sol est maigre ; quel serait l’impact d’un marteau sur une blatte ou un chat ?