Une tentative de blog à plusieurs mains. Pour réunir des trucs qu’on ne voudrait pas montrer à nos grand-mères mais qu’on prend plaisir à faire quand même.
Vous savez, ces trucs au fond d’une cave ou sous une couette, ces trucs qui nécessitent un sécateur, des allumettes ou de la vaseline, ces trucs chauds et humides, toujours meilleurs à plusieurs qu’en solitaire : se moucher dans ses doigts, dire des gros mots, jouer à touche pipi, disséquer le chat du voisin…et rire, évidemment.

29 novembre 2010

Portrait de Lunatik

Grands yeux verts, crocs luisants et sourcils redoutables, Luna nous présente son recueil chez Quaricature.

NOTA BENE pour les groupies de Lunatik qui souhaiteraient accabler le dessinateur de sottises : 
veuillez prendre un ticket et vous placer dans la file d'attente. 
Merci

 

24 novembre 2010

Leçon d'amour fou 4 : tout est-il digne d'un nom ?

J’entretenais avec Marie une liaison aussi génésique qu’esthétique. Elle avait l’âme fornicatrice et se vautrait, avec délices et décontraction, dans le vice et dans mes bras. Elle était également un modèle hors-pair, une des rares à observer une immobilité statuesque lors de ses poses dans mon atelier. J’aimais sculpter ses formes, la terre se répandait sous mes doigts, aussi froide que sa peau était chaude, aussi humide que l’étaient son sexe et sa gorge. Et l’hiver, malgré tous mes efforts, l’atelier restait frais ; Marie demeurait néanmoins stoïque mais le froid avait raison du grain de son épiderme et sur sa poitrine se dessinait une chair de poule délicate, excitante. Rarement je n’achevais mon travail sans que mes mains de glaise ointes ne dessinassent des volutes amoureuses sur son corps frissonnant.
J’entretenais également avec Marc une liaison tout aussi lubrique et non moins artistique. Il possédait, comme Marie, un don pour la fouterie et nous faisions œuvre de chair en toutes circonstances, œuvres vives que nous partagions dans une exubérante cacophonie, chair dont je faisais une œuvre, quelques ébauches, rapides tracés glyptiques ou longues sessions reprises d’une séance à l’autre. Marc moins que Marie maintenait des poses de durée importante troublées qu’elles étaient par ses érections aussi intempestives que dérangeantes dans mon approche sculpturale. Ce fut lui que, le premier, j’enduisis totalement de terre, lui qui devint une statue vivante, un objet de ma propre création, un jouet entre mes mains démiurgiques. La fraîche argile provoqua sur Marc la même horripilation dermique qui m’avait tant exalté sur les seins de Marie – c’est sans doute à cette occasion que se syncrétisèrent les analogies qui liaient mes deux amants et l’idée, folle et romantique, d’en jouir simultanément et de les sculpter dans un enlacement lascif. Aussi, je décompartimentai mon existence et, signe d’évidence, de leur rencontre naquit une concupiscence triple qui nous mena sur des chemins inexplorés ; il en est toujours tant, et trop.
Sans que j’en sus d’abord la raison – et il ne s’agissait pas de jalousie – sculpter le couple de Marie et Marc me laissait, non pas indifférent, mais insatisfait. J’esquissais quelques croquis et plus je noircissais de papier plus le manque d’unité me taraudait, un manque d’unité dont j’avais défini le nom mais pas le sens. C’est lors d’une de nos copulations que m’apparut enfin la cause de mon désarroi ; ce que j’aimais en l’assemblage de Marc et Marie était la possibilité qu’ils fussent unifiés, qu’un seul corps portât les avantages et les orifices des deux, conjointement. Ainsi se forma le projet qui devait porter mon art au pinacle, celui de créer un hybride, une parfaite créature, un divin hermaphrodite dont les composants sublimeraient les corps de Marie et Marc, souligneraient leurs atouts respectifs. J’entrepris donc une série d’ébauches assez poussées mais j’eus beaucoup de difficultés à conjuguer ces deux silhouettes pourtant parfaites indépendamment. Je m’escrimais à relier les reins voluptueux de Marie et les fesses si bandantes de Marc, en vain. Je n’obtins qu’une créature informe, éloignée de mille cieux des images précises et libidineuses qui hantaient mes nuits. Je peinais également à fusionner le mâle buste et la poitrine féminine, et que dire de la superposition de leurs deux sexes – ridicule ! aux antipodes des jouissances que j’avais imaginées tirer de leur double constitution. Qui plus est, la créature, toute chimérique qu’elle fût en l’état, semblait m’échapper, au lieu de quoi je songeais lui être apparié. Avec quelque rage, je détruisis tous mes premiers jets, fomentant le projet de ne produire qu’une pièce, une œuvre unique, à échelle humaine, telle que Dieu l’eût engendrée. À cet effet, je construisis une ossature susceptible de supporter mon ouvrage et imposai à Marc et Marie des séances de pose où, pour une fois, le stupre n’avait pas son mot à dire. Mais j’eus beau les installer côte à côte, aussi proche que possible, voire les enchevêtrer de façon saugrenue et inconfortable, ma création ne mêlait l’homme et la femme qu’avec incongruité. De plus, Marie et Marc se lassaient de mon irritabilité qui croissait avec mes échecs – nos relations s’étaient tissées sur l’art et le sexe et, de toute évidence, mes déboires esthétiques ne laissaient plus de place à la seconde moitié de nos amours.
J’avais toujours façonné la terre selon modèle, reproduisant la perfection ou, pour le moins, érotisant la cause et l’effet. Marc et Marie, las de mes essais infructueux, noyèrent ma procrastination entre eux, m’évinçant peu à peu de notre idyllique trinité, de fer, de vice et de seins polis. C’est ainsi que, sous l’effet du dépit et pénétré de la supériorité de l’artiste sur toute forme de vie, je mis fin, avec je l’avoue une certaine brutalité, à celles de mes bien-aimés. Je sus taire mon chagrin, réel, ni ne m’abandonnai aux désirs que m’inspirèrent leurs cadavres encore tièdes pour me concentrer sur l’ampleur de ma tache et sur son accomplissement. En quelques instants, l’évidence se manifesta, je taillai avec fébrilité, découpant avec avidité les parties de chaque anatomie qui produisaient en moi le plus d’émoi. Sur Marie, sa poitrine évidemment, ses cuisses, ses clavicules aux acromions délicats ; sur Marc, toute la ceinture scapulaire, son fessier déjà évoqué, ses mains aux doigts carrés. Je cousis grossièrement chaque élément (l’aiguille perçait aisément la peau mais déviait souvent de sa trajectoire lorsqu’elle s’insinuait dans la viande) et, peu à peu, par ajouts successifs de nouveaux prélèvements, de disparate qu’il était, le modèle s’homogénéisa et germa enfin, dans la matrice de mon amour et de mon art, l’hermaphrodite idéalisé, parfait, non pas d’un vulgaire point de vue scientifique, mais d’une perfection érotique, propre à suggérer toutes les excitations et de nature à les satisfaire.
J’entrepris donc de mettre en volumes argileux cette émanation de chairs confuses, d’abord avec retenue et une délicieuse parcimonie de moyens, puis avec une frénésie accrue au fur et à mesure que la décomposition de mon modèle en troublait l’ordonnancement. Si l’odeur qui s’en dégageait était un léger désagrément, la putréfaction qui en faisait choir peu à peu les pièces composites représentait un inconvénient majeur. Je perdais la source de ma création, le temps m’était donc compté – mais Dieu lui-même n’avait-il pas eu à sa disposition que six malheureux jours ? Enfin, fruit d’un travail acharné et d’une cruelle privation de sommeil, je posai la touche finale à mon être, ma chose. J’ensevelis rapidement au fond de mon jardin les reliefs de mes modèles et trouvai une certaine ironie à ce qu’ils fussent ainsi recouvert de terre, celle-là même qui avait sublimé leurs traits les plus marquants, à présent réduits à une bouillie nauséabonde.
J’avais l’habitude de faire appel à un mouleur afin de magnifier mes fragiles terres cuites en bronzes immarcescibles. J’entrepris un processus similaire mais m’adressai à une entreprise de poupées réalistes, spécialisée dans la manufacture d’articles à but sexuel et d’une facture parfaitement naturaliste. Le silicone est un matériau malléable à l’envi et j’en obtins l’objet monocline dont j’avais rêvé. Et par une magie de la mécanique – et un prix pour le moins salé – la créature fut dotée d’un appareillage que je pouvais activer à ma guise, appareillage qui me permettait d’obtenir sur commande l’érection de son sexe et même la turgescence de ses tétons. J’avais également prévu un visage duel combinant les traits doux de Marie et la barbe naissante de Marc dont le toucher râpeux offrait un contraste exquis avec la bouche aux lèvres pleinement féminines. J’avais de même reproduit la forme de la pilosité pubienne de Marie mais en la prolongeant jusqu’au nombril et, plus encore, d’une délicate ligne velue qui mourait entre les deux seins proéminents. Je m’émerveillais de ma création, je l’expérimentais de toutes les façons car elle était mon jouet androgyne, idéal et docile. J’éprouvais des sensations inconnues, je jouissais de façon inattendue et violente, parfois en spasmes, d’autres fois avec une volupté indicible, notamment lorsque je m’immisçais dans son sexe féminin et, que tout en la besognant, je sentais les bourses de son sexe mâle attenant me fouetter le pubis.
Restait, après l’avoir connu bibliquement, la plus délicate de toutes les opérations, celle qui parachèverait mon statut divin, l’ultime tache qui en ferait ma parfaite création : la nommer.

19 novembre 2010

La vivisection pour tous (et toutes)


Elles s’étaient réunies dans l’atelier du père de Lola. Menuisier de son état, il disposait d’un établi bien équipé, les filles y seraient à leur aise. Lola s’était chargée d’amener le pique-nique et Marie-Charlotte les livres de biologie et d'anatomie. Quant à Clarence – dont le grand-père, excellant à la pêche comme à la chasse, lui enseignait tout ce qu’il savait – elle fournissait le sujet d’étude.

 — T’es sûre que c’est la variété de grenouille qu'il nous faut ? demanda Lola en faisant la moue quand Clarence installa son sujet à plat dos sur l’établi. Je voyais ça moins gros et puis ça ne ressemble pas trop à celles de notre bouquin de bio, je trouve.
— C’est parce que tu ne regardes pas la bonne planche, bécasse, dit Marie-Charlotte. On voit que tu viens de la ville. Page 28, Fig.1 : grenouille à l’état naturel. Fig.2 : grenouille en période de rut.
— Elle est en rut, là ? On dirait plutôt qu’elle est mal en point.
— J’ai dû l’assommer un peu pour la traîner jusqu’ici, avoua Clarence. Aidez moi donc à l’attacher avant qu’elle ne se réveille, c’est vigoureux ces petites bêtes.
 — On ne l’épingle pas plutôt ? C’est marqué comme ça dans le manuel, précisa Marie-Charlotte dans un souci d’exactitude scientifique.
— C’est sadique, quand même, de l’épingler, non ? grimaça Lola.
— Je te rappelle que l’idée c’est de la disséquer.
— Mais pas de la torturer. On l’attache, trancha Clarence.

Elles la ligotèrent de leur mieux, prenant soin de ne pas briser malencontreusement les petits os délicats. Puis Marie-Charlotte s’empara de son manuel, flanqua le cutter entre les mains de Clarence, ajusta ses lunettes et donna les directives :

Pratiquer une légère incision cutanée de bas en haut, en prenant garde de ne pas percer la musculature et les viscères. D’après le schéma, on parle du ventre et du torse, le sternum, la région abdominale, tout ça. En fait, il va falloir l’éplucher par couches successives. D’abord la peau, ensuite écarter les muscles etc. Tu n’as qu’à tracer un pointillé au feutre, pour commencer. Lola, laisse cette pauvre bête tranquille, c’est pas le moment de l’ennuyer, déjà que tu l’as réveillée.
— C’est pas moi, c’est Clarence avec son marqueur, elle la chatouille. À ton avis, c’est un mâle ou une femelle, cette grenouille ?
— C’est forcément un mâle, les femelles ne grossissent jamais autant et ne changent pas de couleur pendant la période de rut. Et arrête de la tripoter, ça la fait gigoter, Clarence va découper de travers. Pourquoi tu veux savoir, d’ailleurs, quelle importance ?
— Ben je me cultive, tiens. Si c’est un mâle, je crois que j’ai trouvé ce qui lui sert à faire pipi, c'est un peu comme sur les poneys. Regarde, y’a un tuyau avec un petit trou au bout, on le voit bien quand on tire la peau vers le bas. Puis quand on secoue gentiment, comme ça, après on voit encore mieux.
— En effet… tu as peut être raison, pour une fois.
 — Ah ! Comme quoi, moi aussi je peux faire des découvertes intelligentes.
— Mais je serais toi, j'arrêterais de le secouer comme ça, il devient tout gonflé ; il va te faire pipi dessus, je pense.
— Dites, vous deux, ça vous ennuierait de m’aider ? interrompit Clarence. J’arrive pas bien à découper, elle bouge trop.
 Lola relâcha précipitamment l’organe raidi, de peur de se faire souiller les mains, et entreprit de resserrer les liens.
 — Doucement, espèce de sauvage, tu lui as presque arraché la patte de devant. Elle est toute disloquée.
— J’y peux rien si elle est fragile, ta grenouille, fallait pas en choisir une en soldes.
 – J'ai pris ce que j'ai réussi à capturer, figure-toi. Ça ne s'attrape pas si facilement, les grenouilles en rut. Alors évite de l'abimer.
– De toute façon, ça n’a pas l’air de l’empêcher de remuer. Ni de crier. Tant qu’on crie c’est que y’a rien de grave, il dit Papa.
— Je n’y arriverai jamais comme ça, elle se tortille encore beaucoup trop. Il va falloir l’épingler. Marie-Charlotte, prends les clous et le marteau, nous on lui maintient les pattes.
Ainsi fut fait.
 L’infortunée bestiole poussa une sorte de coassement guttural quand la fillette planta son premier clou. Le second lui arracha une plainte rauque et horripilante qui se prolongea tout le temps – long, très long – que dura sa crucifixion sommaire et maladroite.
 Marie-Charlotte, troublée, dut s’y reprendre à maintes reprises pour la patte arrière gauche. Avec toute cette agitation, elle tremblait et manquait sans cesse la tête de clou. Son marteau rebondissait systématiquement sur le bas de la patte, broyant les os menus du membre tressautant. La chair en bouillie n’offrait plus aucune possibilité d’ancrage et Clarence, excédée, finit par s’emparer des outils et marteler d’un geste efficace le dernier clou dans la cuisse musclée de son cobaye récalcitrant.

— T’es sûre que ça doit se faire avec une bête vivante, une dissection ? demanda Lola, vaguement dégoutée, en essuyant ses mains sanguinolentes sur un chiffon roidi par la lasure.
 — Je ne sais pas trop, avoua Clarence. Si on veut voir comment tout fonctionne à l’intérieur, je suppose que oui.
 — Va falloir se magner alors parce qu’elle est salement amochée, maintenant.
— En tous cas, pas question de flancher, décida Marie-Charlotte en redressant ses lunettes. On a l’occasion d’avoir une longueur d’avance sur cette bêcheuse d’Anne-Christine au prochain cours, on ne la laisse pas passer. Il faut lui fermer son clapet une bonne fois pour toutes.
— À la grenouille ? demanda Lola.
— À la grenouille aussi, répondit Marie-Charlotte en fourrant un bâillon crasseux dans la petite bouche de la bestiole qui s’époumonait toujours.
— Tant que ça crie, tout va bien, marmonna Lola en frottant convulsivement ses mains sur sa robe pour se débarrasser des dernières traces de sang.
 — On reprend, toussota Marie-Charlotte. Poursuivre l’ouverture en sectionnant la ceinture pectorale en son milieu avec des ciseaux forts (Fig.6) Faire très attention aux organes qui se trouvent sous la ceinture. Écarter les deux moitiés et les maintenir avec des épingles.
 — Les maintenir avec des épingles, les maintenir avec des épingles… je voudrais les y voir. Ça se déchire sans arrêt, grommelait Clarence pendant que ses deux comparses, captivées, observaient l’intérieur enfin révélé de la pauvre bête. Lola, passe-moi l'agrafeuse !

 Elles restèrent une bonne heure à tester les différents organes, essayant de deviner leurs fonctions, pressant délicatement les intestins pour voir ce qu’il en ressortait, effleurant les poumons et admirant, fascinées, les bonds fabuleux du cœur dans la cage thoracique.
Midi avait sonné depuis longtemps lorsqu’elles décidèrent de faire une pause pour se restaurer et échanger sur leurs extraordinaires découvertes. Lola jeta un chiffon sur le ventre du crucifié afin de le préserver des mouches qui vrombissaient tranquillement autour de la chair offerte.
Elles déjeunèrent avec gourmandise de saucisson d’âne, de Kentucky Fried Doggy, d’œufs d’autruche en gelée et d’un demi cochon fumé chacune. Ce n'est pas pour rien qu'on parle d'appétit d'ogre.
Lola rota discrètement derrière sa main après avoir englouti son pain d’épices fourré aux doigts confits et fut la seule à remarquer que les gémissements de leur cobaye avaient – enfin – cessé. Il gisait, des vomissures plein son bâillon, ses yeux bleuâtres exorbités, ses cheveux beigeasses poisseux de sueur.
Elle s’assoupit dans l’herbe en se demandant ce qu’on pouvait trouver de si charmant à ces pseudo-princes fragiles et douillets qui rétrécissaient et verdissaient pour un oui pour un non et sautaient d’une Fig.1 à une Fig.2 au moindre baiser.

14 novembre 2010

Peau (1 - Sur nos langues)

Faim : sur toute la surface de mon épiderme s’ouvrent mes pores, comme autant de bouches avides, avides de peau, de contact. Touchez-moi ! Caressez-moi, de la tête au pied, partout, chaque parcelle devenue érogène.
Tout plutôt que le néant de l’abstinence, tout empli de sueur, du bruit si particulier du frôlement d’une paume sur mon corps. Sentir et ressentir, assouvir nos croupes, s’assouvir enfin, plein de la texture de nos organes, fermes et souples à la fois, extension de nous. Que nos peaux tatouées ne narrent-elles les histoires de nos fantaisies ? Que les mots ne s’égrènent-ils pas ligne à ligne, prolixes à l’envi, enfin ignorants de compendiosité ? Et par une hasardeuse extravagance phonologique, le vice devient rime et s’accoquine – coquin – avec clitoris et pénis. Et sévices. Et hélice. Où le dictionnaire dépasserait l’imaginaire…

Dessin sur sa poitrine à la pointe des doigts
En sinuosités – images adventices
Le sang partout afflue, et presque avec effroi
Mes yeux se révulsent, glissons du vide au vice

Sentez-moi ! Partageons nos odeurs, mêlons nos phéromones, parfumons-nous de nos sécrétions comme un cuir oint de la bénédiction des sens. Petits goûts de la chair sur nos langues.

10 novembre 2010

Leçon d'amour fou 3 : la faim justifie-t-elle les moyens ?

J’aimais Siri, sa peau, sa volupté, son corps dans son entier ; un corps non sans défauts mais sans interdits, souvent rabelaisien, parfois obscène. Un corps au parfum délicieux, sourdant de ses orifices des effluves savoureux, exsudant de toutes parts des sucs comme autant de nectars, au sens véritablement mythologique du terme.
Siri et moi étions avant tout curieux et, de doigts attentifs en sexes inquisiteurs, nous explorâmes avec autant de méthode que de plaisir ce qui pouvait constituer l’ordinaire et l’extraordinaire de la concupiscence. Nous n’avions pour limites que ce qui ne provoquait en nous nul éréthisme. Nombre de philistins ne placent leurs extases qu’en la sphère génitale – pauvres ignares ! – que n’explorent-ils toutes les possibilités de la chair, de sa flexibilité à sa résistance.
Parmi mes émois les plus vibrants, j’aimais à sentir la salive de Siri se mêler à la mienne et, telle un torrent visqueux, s’aventurer dans ma gorge ; je songeais avec bonheur que l’alchimie corporelle en unirait quelques particules à mes propres cellules. Je savourais aussi les sucs que sécrétait le sexe de Siri lorsque j’y appliquais mes lèvres et y insinuais ma langue, recueillant le fruit de ses spasmes en nourriture extatique dont le goût, toujours mitigé, toujours exquis, me transportait – chemin sinueux, sente lubrique empreinte de taches et d’orgasmes.
Nous tentâmes de pimenter nos fornications par divers accessoires mais tous nous déçurent, seules Siri et ses excrétions faisaient mes délices et aucun succédané ne parvenait à pallier ce qui n’était né de son organisme. Aussi, je tentai de m’approprier plus encore Siri. Ayant goûté salive et sécrétions vaginales, je m’essayai à ce qu’extravasaient ses orifices. Je ne trouvai aucun goût, ni particulier dégoût d’ailleurs à l’urine et cet essai ne fut guère concluant ; j’avais le sentiment d’ingérer un clair brouet dont la saveur ne variait qu’en fonction de l’alimentation. Il en fut de même pour ses excréments – j’avais pourtant lu nombre d’utilisations soi-disant érotiques de l'étron – même en tentant de les inclure progressivement dans une nourriture plus classique. De surcroît, les fèces répandaient dans la maison leur odeur caractéristique dont il était si ardu de faire disparaître ensuite la trace. Sans parler des souillures qu’elles purent occasionner partout où nous nous essayâmes à la coprologie. Inutile de préciser que je délaissai rapidement ces tentatives infructueuses, avide que j’étais pourtant de jouir, de façon aussi gustative qu’érectile, de la sapidité de Siri.
Je trouvai à mon appétit un dérivatif aux creux des aisselles de Siri dont j’exigeai dès lors une pilosité apparente, pilosité qui me garantissait la conservation de la sueur dont l’âcreté atteignait parfois celle du piment. Si j’avais pu, j’aurais récolté toutes les œuvres de sa sudation, peut-être dans une écuelle, afin de les laper comme un chien tant mon olfaction et ma langue travaillaient de concert pour exalter ma nature animale. Hélas, la transpiration, toute abondante fût-elle, n’offrait qu’un volume réduit, voire ridicule. Les limites de mes expérimentations gustatives s’élevèrent, j’en fus contrarié au plus haut point. Pourtant, j’avais tout tenté, y compris l’absorption de poils, rognures d’ongles ou particules de desquamation, avec peu d’intérêt ; les phanères marquèrent une borne et la finitude du corps de Siri m’apparut, avec stupeur, car j’avais osé espérer une existence entière dédiée à sa saveur.
Ce qui courait à la surface de sa peau ne me satisfaisait plus guère et, avec une certaine logique, j’envisageai d’en explorer l’intérieur. Je m’interrogeai sur la texture des organes, la mollesse du poumon, la sanguinité du foie, la fermeté d’un cœur. Finalement – et en souvenir de feu mon père qui affectionnait particulièrement le jambon à l’os – je sacrifiai le corps de Siri et tranchai dans le vif du sujet, de la cuisse plus précisément. Malheureusement, ma découpe n’avait pas l’art paternel et, en lieu d’un morceau fin et régulier, j’obtins une pièce biscornue de la taille et de l’épaisseur d’une main. Après quelques hésitations, j’y passai ma langue mais le goût du sang déjà refroidi m’écœura. Je me trouvai donc fort embarrassé, ne sachant trop comment cuisiner la chose car il était impensable que je la dévorasse crue. Cela me chiffonna quelque peu car, jusqu’à présent, toute ingestion de Siri s’était faite sans l’intercession d’aucune cuisson. Je me résolus néanmoins à poêler mon prélèvement, le bruit de l’huile grésillant se répandit ainsi que l’odeur caractéristique de viande saisie. Je mâchonnai longuement chaque bouchée, l’agrémentant tour à tour de gros sel, d’un moulinet de poivre, d’une pluie d’échalote et, ma foi, la chair de Siri ainsi parée était aussi délicate que ses exsudats, mais nettement plus roborative.
Le soir même, je renouvelai mon expérience et descendis à la cave où j’avais remisé au frais ma source carnée afin d’y prélever un modeste écot pour mon souper. Honnêtement, je ne pensais pas que Siri hurlerait autant à la seconde découpe qu’à la première mais, à bien y réfléchir, jamais on ne s’habitue à la douleur ; non plus qu’à la faim.

6 novembre 2010

Cocorico !

1 – Elle

Trois minutes, c’est le temps de cuisson d’un œuf à la coque. C’est aussi ce qu’a duré mon premier rapport sexuel. Je vous fais grâce des quarante deux secondes de préliminaires. Mon mariage avec l’empressé qui m’a déflorée résiste depuis seize ans quatre mois et onze jours. Ce qui m’a laissé tout loisir d’apprendre à accommoder les œufs à diverses sauces.

Aujourd’hui, campée devant le miroir à tenter de répartir équitablement mes rondeurs dans une robe joliment corsetée, je m’interroge.
Aurai-je le courage ? Le courage de m’extirper du ronron abrutissant de mon quotidien. De revivre, de continuer d’avancer, d’aimer encore. De me rendre à ce rendez-vous ce soir. J’ai rencontré un homme, il y a quelques semaines. Il me fait rire, ses mots font refluer mes larmes et je rêve de nouveau.

Mais j’ai peur de ne plus savoir ; tous ces gestes qui font vibrer l’autre, j’ai peur de les avoir oubliés. La raison a beau me souffler qu’une incursion manuelle dans le caleçon de l’intéressé devrait largement suffire à lancer la machine, mon cœur soupire après plus de sensualité romantique. À ses gestes, à ses regards, je le devine tendre et j’en ai tellement besoin, en ce moment surtout. J’imagine mille et une caresses qu’il inventerait pour moi. J’aimerais les lui rendre au centuple. Et pouvoir me lover dans ses bras, à tout instant, sans devoir quémander ni justifier mes élans de tendresse.

J’enfile mon manteau.
En quittant l’appartement, je gribouille sur un post-it, que je colle sur une boîte à œufs : Trouve-toi une autre poule, chapon !


2 – Lui

Pauline a toujours été fleur bleue, du genre à chier en vers et jouir en alexandrins. La dernière fois que je l’ai sautée – c’était avant qu’elle ne se laisse aller complètement et ne se chope un cul de vache – non contente de me susurrer des mots doux elle m’en a réclamé. Je n’y ai plus touché depuis. Pas fou.

Elle m’a plaqué hier pour aller roucouler dans les bras d’un bellâtre qui va lui dire je t’aime en vingt-trois langues avant de lui défoncer la rondelle sur fond d’opéra. Grand bien leur fasse. Moi je vais me taper une pizza chorizo-anchois devant Rambo III, version remasterisée avec le bêtisier en prime. Et comme c’est fête aujourd’hui, je m’accorde un œuf sur ma pizza, pour coller au thème. On en a plein le frigo, le voisin a des poules en pagaille et ne sait plus quoi faire de leur production.

J’en choisis deux gros bien joufflus, avec une coquille dorée piquetée de taches de rousseur. J’en perce un que je gobe illico avant de casser l’autre sur le bord de la table et de le regarder répandre ses viscosités sur mon chorizo fumant. Le blanc, quand on y réfléchit, c’est ni plus ni moins que du placenta ou du liquide amniotique et le jaune, de l’embryon de poulet. J’assiste à un avortement en direct dans mon assiette.
C’est d’autant plus réaliste que papa coq avait dû en mettre un sacré coup à maman poule avant qu’elle ne ponde cet œuf là. Il avait dû s’éclater en lui faisant le coup de la brouette tonkinoise et elle en avait probablement redemandé, la cochonne, parce que mon œuf, là, qui git au milieu des anchois, il a comme une gueule de poussin pas fini.

Soudain, je sens son frère de lait occasionner des remous dans mon estomac. Mais pas question de céder à la sensiblerie. De la pointe de ma fourchette, je titille le fœtus qui surnage sur le fromage fondu. Si le blanc est quasiment inexistant, le jaune quant à lui a encore la part belle. J’en badigeonne consciencieusement ma pizza tout en épargnant l’avorton rosâtre aux yeux globuleux, que je me contente de repousser afin de le placer au centre de ma préparation. Le résultat est original et presque appétissant, pour peu que l’on ait le goût de l’aventure, culinairement parlant.

Je me demande tout à coup si les kilos en trop de Pauline n’auraient pas un quelconque rapport avec une éventuelle grossesse.
En tous cas, le poussin, c’est tendre sous la dent et plutôt goûtu…
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Interlude

3 novembre 2010

Promenons nous dans les bois... Ou la Mycose vaginaloforestière....

 

Promenons nous dans les bois
pendant qu'la mycose n'y est pas
si la mycose y était
elle nous infecterait
mais comme elle n'y est pas
elle nous infectera pas
Mycose y es-tu ? Entends-tu ? Que fais-tu ?
- Je mets mes spores...
Promenons nous dans les bois
pendant qu'la mycose n'y est pas
Si la mycose y était
  elle nous infecterait
mais comme elle n'y est pas
  elle nous infectera pas
Mycose y es-tu ? Entends-tu ? Que fais-tu ?
- Ah ! Ah ! Ah ! J'arrive...