Une tentative de blog à plusieurs mains. Pour réunir des trucs qu’on ne voudrait pas montrer à nos grand-mères mais qu’on prend plaisir à faire quand même.
Vous savez, ces trucs au fond d’une cave ou sous une couette, ces trucs qui nécessitent un sécateur, des allumettes ou de la vaseline, ces trucs chauds et humides, toujours meilleurs à plusieurs qu’en solitaire : se moucher dans ses doigts, dire des gros mots, jouer à touche pipi, disséquer le chat du voisin…et rire, évidemment.

30 octobre 2010

Question de point de vue. Vision 4.

La petite salope. Cela fait cinq mois qu’elle me tourne autour. Non, six. Six longs mois où je me retiens d’étendre la main, de l’attraper et de la prendre, là, sur le tapis, contre un mur, sur la table, violemment. Sans lui demander son avis. Six mois durant lesquels ma main a fait tout le travail… Sur moi. Au début, quand elle est arrivée, ma femme était grosse, encore, mais cela ne m’a jamais dérangé. Elle non plus, je crois. Et cette petite aguicheuse dans la maison n’a fait que pimenter nos relations.

Oui, je me vidais en ma femme de l’image de cette petite pute. Si j’ai honte ? Non ! Avant, il y a eu la femme de chambre, la bonne, la cuisinière… Alors, pourquoi pas celle-là ? Elle est mignonne, en plus, avec ses petits pieds, sa taille dont je pourrais faire le tour des deux mains, toute fluette. Dommage qu’elle ne porte pas de tenue plus sexy. C’est que j’aurais bien aimé mesurer le galbe de son cul, et la taille de ses pommes. Tout me parait petit, du qui tient dans la main… ça me changerait.

Profiter de ma femme quand ma main ne me satisfaisait plus. Je l’ai fait, souvent. Et je n’ai toujours pas honte, non. Vous la verriez la jeune fille au pair - aux paires oui ! Une paire de mignons petits nibards et de fesses rebondies - Seriez fous ! Oui, tous autant que vous êtes, seriez fous ! Alors imaginez, avoir le menu gastro sous les yeux durant six mois, alors que vous bouffez à la cantine. Ben ouais, vous salivez. Et bien moi aussi !

Le pire c’est qu’elle n’a pas l’air de se rendre compte qu’elle m’allume ainsi. Si elle savait l’effet qu’elle me fait, elle se comporterait différemment. Je la regarde quand elle ne peut pas me voir, je l’observe évoluer dans ce logis qui est le mien. Elle se rapproche de ma femme… Qu’elle ne le fasse pas trop! Elle pourrait prendre peine lorsque la petite démissionnera. Et je ne veux pas faire de peine à ma femme, pas du tout. Jamais ! Elle en a bien trop, déjà.

Il faut que je sois prudent, on va se poser des questions, sinon, autant de démissions dans cette maison. Mais… Si elles étaient consentantes aussi ! Cela m’éviterait bien des désagréments. Enfin… Ce soir, petite, ce soir, je m’occupe de toi. C’est une promesse que je te fais, et ma femme le sait, je tiens toujours mes promesses, toujours.

Il faudrait que je pense à ma femme, dites-vous. Mais j’y pense, justement ! J’ai l’impression que mes assauts journaliers la lassent plus qu’ils ne la satisfont. C’est qu’il ne faut pas oublier qu’elle a accouché il y a peu, alors elle n’a guère envie. Avant qu’ils ne sortent, les deux, l’un mort, l’autre bien vivant, elle avait envie, très. Maintenant, elle me fait l’effet d’une planche de bois qui me rabote la queue tellement elle est sèche.

Il y a un avantage, tout de même. Ma femme n’a peut être pas du qui tient dans la main, mais du qui emplit bien la bouche, et ça, j’adore. Une fois que le môme les a vidés, ils sont à moi. Et puis, des fois, il en reste, dedans. Parce qu’il était repu. A ce moment là, oui, à ce moment là, je me régale ! Et vas y que j’y enfouis ma tête, que je mange, que je dévore. Ça, elle apprécie. Mais faut que j’y aille doucement, ne faudrait pas que je les abîme, faut que je pense au bébé. Tue l’amour.

Et le bébé par ci, et le bébé par là… Et surtout, l’autre. L’autre qui n’a quitté la maternité qu’entre quelques planches et dort maintenant au fond d’un trou. Elle ne parle que de cela. Ses discours sont ponctués de « et si ». Elle a même dit un jour que peut être, si nous avions moins fait l’amour, le bébé serait en vie ! Quelles conneries peuvent sortir de la bouche d’une femme ! Pour ça que je préfère les emplir, les bouches…

Enfin, non. Ma femme n’est pas inintéressante d’habitude, mais en ce moment, toute à sa tristesse.Elle n’a plus envie ? Soit. Je ne vais pas la forcer. Je l’aime trop pour cela, alors ce soir, ce soir je vais céder à une envie.

La mienne.


26 octobre 2010

Quasimodem, grosso modem et la grosse conne exion.

C'est pas un nouvô tablô de moi : ce dessin de l'humoriste Faujour illustre de façon parfaite - quoique tirée de son contexte - ce à quoi vous êtes confronté quand votre connexion internet rend l'âme mystérieusement.
Attention, ceci est un documentaire. Il vous est offert par la chaîne ARF'E sur le thème :
"Ich weiss nicht, was soll es bedeuten,
Dass ich so traurig bin." (Heine)

Moteur.

Un beau jour, vous...
Non, un beau jour, quand même pas.
Un jour, vous sentez que votre vie est sur le point de prendre un tournant décisif : votre modem a perdu quelques leds, et le joli vert signalant la présence d'une connexion clignote mornement, tel l'enseigne d'une pharmacie à deux heures du matin vous enjoignant d'aller crever ailleurs.
Vous prenez tendrement le moribond dans vos bras, vous le débranchez, le rebranchez, deux petits câbles là, et le fil d'alimentation dans le petit croupion :
Rien.
Mozilla vous envoie péter, la réparation de l'adresse IP laisse l'objet de marbre, et le test sur deux autres ordinateurs vous laisse pantelant, anéanti, brisé. Vous devez vous rendre à l'évidence :

Y A PUS D'INTERNET.

Après avoir accablé le foutu engin des sévices d'usage, qui se soldent par une patte de fixation cassée, une gueule de travers, et les leds plus en face des trous, vous vous résignez à envisager le pire : le dialogue de sourds avec votre Fournisseur d'Accès Internet.
Vous empoignez votre portable, hein, vu que la téléphonie fixe est comprise dans le pack défectueux. Puis vous perdez votre belle jeunesse et votre bon argent à appeler au Maroc ou en Roumanie, via un numéro surtaxé, des Techniciens qui ne peuvent vous donner d'autre conseil que d'éteindre puis rallumer votre modem. Comme vous leur signifiez que vous venez de le faire 147 fois dans la journée avant d'arriver à les joindre, forcément, ils sont plutôt marris, et se trouvent pris de court. Si vous leur posez une question qui semble dépasser leurs compétences, ou fleurant bon le sarcasme, comme :
- vous avez Windows ou Linux, là-bas, à Bucarest ?
ils vous mettent en attente pendant vingt minutes afin de vous laisser vous imprégner de la cuistrerie de votre attitude, et coupent brusquement la communication pour que, lors de votre prochaine requête, vous fassiez preuve d'un peu plus d'humilité. Une boîte vocale se déclenche aussitôt, d'ailleurs, pour vous inviter à répondre à une enquête de satisfaction.
Alors je ne sais pas ce qui se passe si vous les traitez de sales cons et que vous leur suggérez avec la dernière fermeté de se carrer leur cyber-fumisterie-de-quiz-de-merde en un endroit que n'éclaire nulle compréhension.
Peut-être qu'ils ne vous aiment plus.
Bref, admettons que vous les ayez eus en (hot) ligne assez longtemps pour déclencher une réaction.

Ici, une petite parenthèse curieuse sur la quantité de techniciens au mètre carré en ces fabuleux locaux : après les mondanités d'usage - "pour un abonnement, tapez 1", "pour consulter votre compte, tapez 2", "pour une connexion pourrie, tapez-vous le cul par terre" - une charmante Technicienne vous répond. Après quelques échanges vains sur la façon de connecter un appareil à l'aide d'un câble (vous êtes si con), elle vous demande de rester en ligne pendant qu'elle va quérir un autre Technicien. L'autre Technicien (qui en est une) vous propose les mêmes manips, mais dans un ordre différent, afin que vous ayez enfin l'impression de faire oeuvre utile, puis, de guerre lasse, convient que vous aurez besoin d'une visite à domicile. Fin de la digression.

Après 15 jours d'attente, on vous dépêche (!!!) un Technicien - encore un - qui change votre prise murale-internet-qui-va-bien en psalmodiant d'étranges incantations, et s'empresse de fuir en laissant une connexion vacillante qui finira par mourir de sa belle mort une heure plus tard.
Et puis un beau jour, alors que, benoîtement, vous n'attendiez plus rien, c'est le miracle ! Le sacré modem se pare de toutes ses illuminations, l'accès au web renaît de ses cendres comme si rien ne s'était passé, et de fait, il n'est rien arrivé, surtout pas une connexion. Difficile, en tous cas, pour les Techniciens roumains et marocains, de deviner ce qui se tramait à Paris. Difficile pour eux de faire quoi que ce soit d'autre que décrocher et raccrocher un téléphone, d'ailleurs, vu que visiblement leur patron se soucie peu d'envoyer des infos à ce qui grenouille de l'autre côté des Carpathes ou de la Méditerranée. Et avec le peu de sous qu'il doit leur donner, on est en droit d'estimer qu'ils en font déjà trop.
Simplement, suppute-t-on, le serveur du FAI était en rade, ou un numéri-câble était coupé, ou Monsieur Fournisseur d'Internouille de vos deux quêtes s'était endormi sur maman au lieu de faire son boulot.
De cette intéressante entité, pas d'info, et surtout pas d'excuses, bien entendu. Peu lui chaut que vous couriez à sa succursale la plus proche pour invectiver les pauvres employés qui n'en peuvent mais. Les petites mains, c'est fait pour essuyer les plâtres.
Et puis vous éclatez d'un long rire douloureux quand vous recevez un courrier de cette sinistre Organisation s'offusquant du fait que vous ne répondez pas à ses appels téléphoniques... la téléphonie - ainsi que nous l'avons vu plus haut - fait partie du forfait internet défaillant, alors, hein, vous ne risquiez pas d'entendre sonner. La flèche du Parthe.

Voilà.
 
Ceci était un documentaire, ainsi que signalé dans l'intro, et il a de grandes chances d'être autobiographique. Rien que d'y penser, ça me file des tas de boutons sur le museau, et ça me rappelle le temps où je n'étais qu'un jeune castor postpubère.

Mes ami(e)s, je suis content de vous retrouver sur cette toile chèrement - ô combien - acquise. Je crois que je mérite ce petit bonheur.

                                                            Y a Castor chez le Q. *

* : Le jeu de mots est offert en prime, passe queue le Castor est de bonne humeur.

22 octobre 2010

Question de point de vue. Vision 3.

Je ne peux m’empêcher de songer à l’autre paire lorsque je regarde la tienne. L’autre paire, celle qui n’est plus. Les billes semblables aux tiennes qui devraient, débordantes d’amour, me fixer comme tu le fais. Ses yeux, à lui. Lui qui aurait dû être, aussi. Et je songe, parfois, je m’en veux de songer cela ! Je songe que c’est à cause de toi ! C’est bien ce qu’ont expliqué les médecins, c’est à cause de ça qu’il n’est plus. Qu’il n’a pas été.

Et je t’en veux. Et je me hais de songer ça. Je me hais. Et je t’aime. Tu n’as rien demandé à personne, on t’accuse, je te le reproche. Je ne devrais pas. Non, je ne devrais pas. Et sans doute mon silence est-il pire que d’ignobles paroles que je pourrais prononcer. Je vois bien que tu lis dans mon regard. Tu y lis toutes ces horreurs que je pourrais conter. Puisses-tu me pardonner, mon fils, d’avoir osé pu penser telles choses.

Puisses-tu aussi ne jamais être tel ton père. Oh, je l’aime ! Ça, oui ! Ou du moins, je l’ai aimé… Longtemps, très longtemps ! Mais depuis quelques temps, quelques mois, certaines choses me gênent. Les employées qui ont démissionné les unes après les autres. Sans même dire au revoir. Oh, j’ai bien vu ses regards envers elles, oui. Je ne suis pas dupe. Et je le soupçonne de les avoir congédiées après les avoir séduites.

Je le connais bien. C’est mon époux, tout de même ! Et puis elle est arrivée, fraiche, réservée, pimpante et si fluette. Venue m’assister pour élever mes jumeaux. Penses-tu, mon unique fils, elle a bien du temps libre pour rêver ! Et elle rêve, ça oui ! Elle rêve de mon mari. Et d’avoir ma place. Mais qu’elle rêve, la petite, qu’elle rêve. Veut-elle mes cornes aussi ? Elles sont longues… Qu’elle ne s’inquiète pas, elle sera licenciée bientôt, très bientôt.

Tu vois mon fils, elle est gentille avec moi, avec toi. Elle a même tenté de t’allaiter, cette gourde. Et elle veut ma place. Et elle ne l’aura pas. Il la prendra, un soir, et le lendemain, elle sera à la porte. Comme les autres. Oui mon fils. Oui. Ainsi est ton père. Comment ? Tu penses qu’il n’en  veut pas ? La jeunesse t’aveugle, chair de ma chair, il la dévore du regard, elle l’obsède, il ne pense qu’à cela. Et elle croit qu’il l’ignore. Il est doué, j’avoue.

Et alors, elle redouble de séduction discrète, persuadée qu’il ne la voit pas. Et lui, lui. Lui vient sur moi, l’imagine, et se vide. Il te pique ta pitance. Au début cela pimentait, j’ai cru que c’était pour moi, ces attentions, il était plus tendre, plus aimant, plus… amant. Et j’ai vite compris. Et je n’ai plus eu envie. Et puis la disparition de ton frère m’a rendue moins envieuse encore. L’amour, il est pour toi. Toi que je hais de la mort de ton double. Et que j’aime pour deux.

Ça y est, il lui a parlé. Mais non, je ne les ai pas surpris. Tu n’as pas vu comme ses yeux brillent à ta nurse ? Ses yeux, qu’elle a fort jolis, d’ailleurs, ainsi que le reste de son anatomie. Je serais homme que je ne serais pas insensible à ses charmes. Je suis femme, et je la contemple avec plaisir. Je serais presque jalouse de cette soirée qu’il va vivre. Je comprends qu’il la désire ainsi. Je la croquerais bien, moi, la petite, centimètre par centimètre, sans en louper une miette.

Quelles inepties je raconte, moi, tu ne trouves pas ? Non ? Ta mère est folle, mon chéri, folle d’avoir perdu la moitié de ta graine, oui. Folle de te reprocher cette perte alors que c’est son intérieur qui n’a pas su le protéger. Tu n’y es pour rien, mon fils. Je suis la seule coupable. Trop attendre pour faire des enfants, ce n’est pas sans risque. Dors, mon tout petit, dors. Ce soir papa ne fera pas de bruit sur maman. On est tranquilles, ce soir.

Papa est en haut

T’auras du lolo


18 octobre 2010

Leçon d'amour fou 2 : deux moitiés font-elles un tout ?

La langue anglaise nomme devotee [ˏdevou’tiː] – et, s’il existe un terme officiel francophone, j’en ignore tout – les personnes éprouvant une attirance, sentimentale et sensuelle, pour les handicapés physiques. Quelques recherches suffisent pour découvrir, avec étonnement je l’avoue, un nombre impressionnant d’individus qui vibrent à la seule idée d’un moignon ou de quelque métal prothétique.
Je ne sais si cet étrange substantif aurait pu m’échoir lorsque je rencontrai Céline et Cécile du temps qu’elles étaient encore en complétude, tératologiquement parlant du moins. L’étude des monstres est une science qui m’est totalement étrangère mais que j’embrassai, littéralement, à bras le corps. Céline et Cécile étaient d’ailleurs dotées d’un corps unique qui, au niveau du tronc, s’élargissait et, dans une curieuse pléthore d’excroissances, offrait trois seins, autant de bras et, deux têtes dont les cous s’agençaient curieusement sur une ligne d’épaule chaotique mais non dénuée de grâce. Hormis l’aspect au premier apport épouvantable de leurs personnes, la promiscuité que j’entretins bientôt avec elles m’alerta sur la difficulté de partager à deux âmes une chair unique ; cette enveloppe malmenée par la nature ne leur avait fourni en outre les organes internes qu’en nombre singulier. Aussi, leurs deux respirations malmenaient leurs poumons tandis que l’œsophage devait se partager deux bols alimentaires distincts.
Cependant, alors que je devenais intime avec elle(s) – car, comme la plupart des gens, j’eus toujours du mal à concevoir leur nature duelle – je pris parti, et même avantage, de leur particularité physique. D’aucuns penseront qu’il faut être soi-même sybarite ou névrosé pour se vautrer dans une telle concupiscence mais, et ce n’était pas leur moindre atout, Céline et Cécile étaient belles, dotées de deux amples chevelures rousses qui se mêlaient lorsqu’elles se couchaient, leur donnant une apparence de folle gorgone bicéphale. Même pourvues d’une unique silhouette, mon principal tracas était de les convaincre toutes deux d’assouvir mon désir car, la nature – ou les hormones – faisant parfois mal les choses, Cécile était nettement plus encline à la gaudriole que sa sœur, toutes siamoises fussent-elles. Mais lorsque j’y parvenais, mon plaisir en était décuplé ; si elles ne possédaient qu’un sexe, celui-ci, auréolé de ses poils flamboyants, m’excitait au plus haut point, de même que leurs trois seins, appendices jamais trop surnuméraires. Et lorsqu’elles s’y accordaient, chose rare mais exquise, elles tournaient leur visage dans la même direction et, au prix de quelques contorsions assez comiques, elles me gratifiaient, de leurs deux bouches, d’une fellation unique tandis que leur bras central, dont je ne sus jamais exactement s’il était mû par le cerveau de l’une ou de l’autre, me malaxait les bourses. Qui n’a connu une telle sensation ne peut certainement pas prétendre connaître la félicité physique, ni de près, ni de loin. Et la proximité de leurs deux têtes permettait également d’autres variantes tout aussi plaisantes mais qu’il serait inconvenant de détailler ici. N’en ai-je déjà pas trop dit ?
Mais, conséquence de l’avanie du destin ou de leur morphologie tératologique, la santé des sœurs se dégrada soudain. L’ombre de la mort ternit la teinte rubigineuse de leur pilosité et c’était pitié que de les voir sangloter de concert et se lamenter sur leur infortune – d’autant plus que l’une comme l’autre avaient perdu le goût de nos expériences fornicatrices. Enfin, la science se pencha sur elles et le couperet, au sens propre du terme, tomba : il leur faudrait être séparées. De cet acte seul dépendait leur survie, tout au moins la survie d’une d’entre elles puisque leur corps unique n’offrait rien de plus. Comment deux sœurs qui cohabitaient dans une seule chair eussent-elles pu faire un tel choix ? Aucune n’aurait pu décider que l’autre mourût. De mon côté, je préférais que tombât la tête de Céline, laissant ainsi à Cécile toute latitude d’exprimer sa sexualité débridée.
Évidemment, ni Céline ni Cécile n’acceptèrent que cette scission fût opérée et leur santé périclita rapidement. Au final, elles faiblirent et, alors qu’elles étaient déjà hospitalisées, leur cœur lâcha. C’était sans compter sur l’acharnement de la science qui, à coups d’électrochocs relança la machine cardiaque et, armée de bistouris, entreprit la séparation. Au réveil, Céline se retrouva dépariée et, sous l’effet du traumatisme, sombra dans un noir abattement dont je ne parvenais pas à la faire émerger. De mon côté, j’estimai que le bras central qui était devenu droit présentait une courbure étrange et, en mon for intérieur, je regrettai que la science ne se soit pas entremêlée de sensualité pour conserver les trois seins, malheureusement revenus à une paire classique.
Cependant, les médecins, pour qui le cas des siamois n’était qu’une donnée expérimentale supplémentaire, avaient conservé les reliquats de Cécile. J’avais déjà rapatrié Céline à mon domicile sous la condition d’accepter la visite quotidienne d’hommes en blanc qui examinaient son pauvre corps martyrisé avec de doctes hochements. Bientôt, je m’introduisis nuitamment dans le laboratoire de recherche en tératologie et dérobai le large bocal où flottait, dans une mer de formol, le visage, le bras, le sein et une partie du buste de Cécile. Je rapportai mon trophée à Céline et déposai mon fardeau auprès du lit. Dans le liquide, les cheveux de Cécile ondoyaient avec grâce, comme soulevés par le vent, lui donnant une illusion de vie. Retrouvant, même en leurre, sa complétude, Céline esquissa un sourire et me remercia d’un baiser fougueux et d’une masturbation non moins vigoureuse – ce n’était qu’un début, mais après ces semaines d’abstinence, cela combla mes sens ; pour un temps.
Pourtant, je ne pouvais m’empêcher d’éprouver des regrets en songeant à la parfaite imperfection de Céline/Cécile, telle(s) que la nature l(es) avai(en)t créée(s). Et, en souvenir de notre ancienne osmose, Céline et moi enfilions des gants fins et, plongeant nos mains dans le formol, nous caressions les cheveux de Cécile, effleurions ses joues. Parfois, alors que je besognais Céline, mon doigt ainsi ganté entrouvrait les lèvres noyées de Cécile et, par une thaumaturgie que seule autorise l’ivresse sexuelle, je nous voyais enfin réunifiés et je jouissais pour elles deux.

9 octobre 2010

Question de point de vue. Vision 2.

J’ai souri, j’ai ri, même ! J’aurais pas dû. Elle était pas contente, encore. J’aime pas quand elle est pas contente, ça lui rend les yeux tristes, comme maman. Enfin, pas autant triste. Maman c’est du triste de c’est comme ça qu’on peut rien y faire, elle c’est du triste de la jalouse. Faut pas qu’elle est jalouse, je l’aime bien moi la fille à la jeune paire.

Elle est bizarre, des fois elle est sourire, elle rit, elle me fait des papouilles, mais si je ris à d’autres, elle est pas d’accord, elle me remet dans la poussette, et on rentre le bébé est fatigué. Je suis pas fatigué, moi ! Elle regarde maman bizarre aussi, pas comme elle me regarde moi, non, comme… Je sais pas. Comme si elle voulait être elle.

Elle a voulu me faire manger comme maman, quand j’étais plus petit. Mais c’était pas comme maman. Déjà, ça sentait pas le manger. En plus… Ben y avait pas du manger ! J’ai mordu et j’ai pleuré. Alors elle m’a emmené voir maman. Elle était pas contente, mais moi, si, et j’ai mangé maman. Rien de meilleur. J’aime manger maman.

Des fois, c’est papa qui mange quand j’ai fini, je les vois depuis mon lit. Papa il fait des bruits de sa bouche, il bouge et maman elle fait rien. Elle a peur. Je sais ça. Elle a pas peur de papa, non, elle a peur que son ventre il a un autre comme moi dedans. Je sais pas comment je sais ça, je sais pas du tout. Mais je sais tout.

Maman, quand elle me donne à manger, elle me regarde dedans les yeux. Mais dans ses yeux à elle, en plus de tout l’amour de le monde, je vois des larmes. Comme que si elle était triste. Moi je sais pourquoi qu’elle est triste. C’est comme moi avec mon creux tout en dedans. J’ai l’impression que jamais il sera plein… Et j’ai mal à la tête, souvent, c’est la migraine, on dit.

C’est toi qui me manques. Là bas, on était deux. Bien serrés dans l’eau, c’était bien. Il faisait chaud et puis ça remuait. Un jour, c’était moins drôle, ça s’est mis à se serrer de partout, toi tu t’es retrouvé tout coincé, avec le tuyau autour de la gorge. J’ai vu dans tes yeux que ça ne t’amusait plus, mais je ne pouvais rien faire ! Moi, on m’entrainait vers le bas, par les pieds, et le tuyau se tendait, serrait plus parce qu’il était aussi autour de moi. Et je te regardais.

Je suis sorti le premier. Et on m’a mis dans une boite. Et puis j’ai entendu crier, pleurer, crier… Des bruits qui m’ont fait peur, j’ai pleuré. On m’a emmené, la jeune fille, elle m’a pris plus loin, papa et maman étaient occupés, ils pleuraient. Maman elle te serrait contre elle, elle avait demandé, elle te serrait en disant que non non non c’était pas possible. Et moi je voulais ses bras.

Après, je t’ai jamais revu. Jamais. Je me rappelle tes yeux qui me regardaient tandis que je sortais de maman. Et je pleure. Et maman me prend dans ses bras. Et papa grogne. Et moi, je me tais, comme ça il grogne pas contre ce bébé qui sait pas se taire. Et pas contre maman non plus. Maman, faut pas avoir peur, t’auras pas un autre bébé, et si t’en as un, il sortira vivant.

Mais maman… Si t’en as un autre, hein, tu m’aimeras encore, hein ? Je voulais pas le tuer en sortant, moi, je voulais pas. J’ai pas fait d’exprès. Moi aussi je l’aimais, je l’aime encore. Souvent, j’ai l’impression que je l’ai encore dans le dedans de moi et ça me fait mal à la tête. C’est la migraine, ça, maman.

La mi-graine.


3 octobre 2010

Pour continuer avec les cinq sens


Voilà un dessin que j'avais décidé de publier à une heure de grande écoute, mais les critiques acerbes, inspirées, et il faut bien le dire, justifiées, m'ont dissuadé, et il est passé à l'écoutille.
J'étais parti dans le trip à l'écoute de la nature, et toute cette connotation auriculaire.

Genre, les critiques :

- Buêêêrk, mais c'est dèèèg !
- J'espère qu'il n'a pas besoin de sonotone, en plus.
- Le paysage suffisait pas, ducon ? Il a fallu que tu le niques avec des horreurs !
- Au moins, y a pas de poils dans les oreilles...
- Etc.

Je le ressors donc, en tant que péché de jeunesse, et puis je brûle d'envie d'attirer une nouvelle salve de commentaires idiots, délirants et irrévérencieux.

C'est plus marrant que de suer sur une toile.

Ce tableau, je l'ai finement baptisé "Louis". (C'est le mec à l'arrière plan).

                                                                                   Castor Loreï