Une tentative de blog à plusieurs mains. Pour réunir des trucs qu’on ne voudrait pas montrer à nos grand-mères mais qu’on prend plaisir à faire quand même.
Vous savez, ces trucs au fond d’une cave ou sous une couette, ces trucs qui nécessitent un sécateur, des allumettes ou de la vaseline, ces trucs chauds et humides, toujours meilleurs à plusieurs qu’en solitaire : se moucher dans ses doigts, dire des gros mots, jouer à touche pipi, disséquer le chat du voisin…et rire, évidemment.

27 septembre 2010

Question de point de vue. Vision 1.

Il est beau. Très. Les autres le trouvent mignon, veulent le caresser, tendent leurs mains avides vers lui. Je refuse. Je les repousse, jalousement. Il est à moi, rien qu’à moi, il n’y a qu’à moi qu’il s’agrippe ainsi, hors de question qu’il leur prodigue ces gestes qu’il me réserve ! Je ne le souffrirais pas.

Déjà qu’il leur sourit. Je fonds. Je brûle. Comment ose-t-il en regarder d’autres que moi ? Je suis toujours là pour lui, je m’occupe de ses vêtements, de sa nourriture, parfois. De son bain,  même ! Je lui prodigue des caresses, le console… Ah, ça ! Quand ça ne va pas, il sait me trouver ! Tout pour son bien être, tout.

Pourtant, ce sont ses seins à elle qu’il préfère, ce sont eux qu’il mord, qu’il malaxe, saisit à pleines mains. Ce sont eux dont sa bouche s’occupe, vorace. Ce sont eux qu’il prend entre ses lèvres, et il n’est pas le seul ! Moi je lui ai proposé les miens, mais non, môssieur fait la fine bouche. Ils restent ses préférés, alors qu’il les partage avec un autre. Et n’accorde pas un regard aux miens. L’autre non plus d’ailleurs. Messieurs font la fine bouche.

Je hais cette paire de nibards qui font le double de ceux que je porte, je la hais plus que tout, et celle qui les possède avec. Son sourire si doux, leurs regards intenses tandis qu’il lui dévore les mamelons. Elle a l’air de prendre son pied en plus ! Et sans pudeur, devant moi, devant n’importe qui, en fait. Et moi. Moi qui les observe. Je peux goûter ? Moi aussi je veux les titiller, les caresser, les porter à ma bouche et la regarder dans les yeux, cette madame j’ai tout ce qu’il faut où il faut. Je la hais, cette femme, je la hais. Mais je la veux.

Je veux… Je veux la goûter, l’embrasser, la caresser… Et l’évincer, surtout. Je la veux pour mieux la connaitre, pour mieux prendre sa place. Elle est si belle… Si belle. Des formes pleines, si pleines, si rondes… Et ils l’aiment tant. Ils n’ont d’yeux que pour elle. Mais ce sont ses seins qui le nourrissent, son cul qu’il emplit. Il est mignon le mien pourtant ! Jalouse ? Moi ? Mais oui ! Très, trop, je n’en peux plus…

Il faut que je me calme. « Cachez ce sein que je ne saurais voir, madame, rangez le, rangez les. Sous clef ! » Voilà ce que je voudrais lui hurler… Qu’il ne me vienne pas une irrépressible envie d’y poser ma bouche, de comprendre, enfin, ce qu’ils leur trouvent de plus qu’aux miens, leur taille mise à part. Son fils, je me doute, je ne dégouline pas de lait en tachant mes chemisiers, moi… Mais lui ! Lui… Comment peut-il la préférer à moi ? Je veux qu’ils me voient comme ils la voient. Et qu’ils me touchent de même, mieux encore.

Je voudrais être elle, et ne suis que son employée. Jeune fille au pair. A-t-on idée ? Je voulais voir du pays, changer d’air, quand je suis arrivée devant leur demeure, j’ai été séduite de suite. Et quand j’ai vu son époux… Conquise. Madame était encore enceinte à cette époque. Pour moi, c’était tout gagné. J’en étais sûre, avant quelques jours il devait se trouver dans mon lit. Pensez-vous ! Pas un regard pour moi, je n’étais que la personne qui devait aider pour les enfants.

D’enfant, il n’y en eut qu’un. Elle est revenue de la maternité avec un seul couffin, a remisé tout ces doubles, inutiles désormais. Là encore, j’ai eu espoir de le voir s’intéresser à moi, mais non, il ne songeait qu’à elle. Sa tristesse, son bien être. Je me suis dit alors qu’il me fallait être son amie, qu’ainsi seulement il me remarquerait. Et c’est qu’on s’entend bien, madame, non ?

Aujourd’hui, il a daigné m’adresser la parole ! C’est le plus beau jour de ma vie, madame ! Je vous adore d’avoir tel mari ! Il m’a demandé si ce soir, je pouvais venir le voir dans son bureau. Il veut, m’a-t-il dit, m’entretenir de quelque chose à votre sujet. Je me ferai attentive, madame. Je vous veux, je veux votre vie. Je le veux, lui.

Je le veux, et je l’aurai !

21 septembre 2010

Leçon d'amour fou 1 : tout n'est-il que littérature ?

Je ne sais pas vraiment ce qui me prit, mais soudain, j’eus envie de l’attacher (et pourtant, étant un indécrottable intellectuel, je réalisai qu’il s’agissait d’un fantasme convenu, voire banal). Preuve que je n’avais rien prémédité, je me retrouvai dépourvu ; de menottes point, non plus qu’un bas de soie, nulle corde à disposition. Je tentai de lier son poignet avec une de mes chaussettes, mais la longueur n’était pas suffisante et, au lieu du sursaut érotique attendu, nous nous payâmes une franche rigolade. Finalement, en fourrageant à droite et à gauche, mes pas me conduisirent dans la cuisine où je pris un torchon que je pliai en deux – soyons précis ! – et découpai avec soin. En superposant ces morceaux et répétant cette opération une nouvelle fois, j’eus à disposition quatre bandes de coton plates et de la dimension désirée.
Je le liai tant bien que mal mais avec application ; il bandait comme un cerf – du moins à ce que j’en ai entendu dire car, personnellement, je n’ai jamais vu l’animal en rut. Incidemment, je lui redemandai son prénom (ou demandai tout simplement ; avais-je eu la présence d’esprit de le faire auparavant ? Les rencontres éphémères le sont parfois tant que l’on oublie l’essentiel.)
Octave, me répondit-il. Évidemment, avec un tel nom, j’aurais pu réagir en mélomane et jouer sur son corps toutes les harmoniques à ma disposition ; mais c’eut été d’un kitsch ! Et puis je ne suis pas porté sur la musique mais la littérature. Je songeai à Octave Mirbeau et son fascinant Jardin des supplices. J’en gardais un souvenir assez flou sauf pour deux scènes : dans l’une, on place un rat dans une cage contre l’anus du supplicié et l’on excite avec un tison la bête qui, pour s’échapper, n’a d’autre issue que de creuser à coups de dents et de griffes dans la chair humaine ; dans la seconde, le bourreau, tel un artiste, découpe et tresse à vif des lambeaux de peau. Je n’avais pas de rat sous la main – qui, d’ailleurs, en aurait eu en pareille circonstance ? – mais j’avais, en plus de mes ciseaux, quelques cutters. Par la suite, j’améliorai ma technicité avec des objets aussi simples que des épingles de sûreté (non pas pour les y laisser – on n’est pas des punks, tout de même !) avec lesquelles je pouvais décoller l’épiderme et maintenir la peau le temps de confectionner d’autres lanières.
Bien que je m’appliquasse consciencieusement à la découpe puis au tressage, je fus affreusement déçu par le résultat ; la scène décrite par Mirbeau est pourtant parfaite et l’effet escompté atteint. J’avais fait mon premier essai sur le ventre, mais l’Octave lié était agité de nombreux soubresauts et c’est sans doute à ceux-ci que je devais mon échec. Je remis mon ouvrage sur le métier de sa poitrine en débutant mon cisaillement par son aréole droite. Hélas, le succès ne fut pas non plus au rendez-vous et les poils avaient de surcroît rendu la tache malaisée. Il faut dire, à ma décharge, que les hurlements d’Octave empêchaient toute concentration. Malgré cela, je me demandai dans quelle mesure l’Octave scripturaire ne m’avait pas induit en erreur en taisant les difficultés techniques que représentait la tresse de chair. Je me promis de lire dorénavant toutes choses avec davantage de circonspection, fussent-elles de la main d’un écrivain aussi talentueux que celui-ci.
Il était tard, les gémissements de mon Octave d’un soir, à moins que ce ne fût ma déconvenue esthétique, m’avait occasionné une migraine aiguë. Aussi, j’abandonnai l’homme sur mon lit, contraint que j’étais de dormir sur le canapé. Je lui jetai un dernier coup d’œil, lui me scrutait de son regard fou où je perçus une certaine inquiétude, infondée d’ailleurs, puisque j’escomptais bien le rejoindre le lendemain afin que nous parachevassions ensemble l’œuvre de M. Mirbeau. Mon Octave commença à sangloter ; je fermais incontinent la porte – voir un homme pleurer m’anéantit – non sans avoir remarqué que son sexe, jadis si vaillant, s’était réduit à sa plus simple expression. Savoir partager un plaisir était décidément chose délicate. Et que dire de la souffrance de l’acte, fut-il ou non créatif ?
Sans doute à cause de l’agitation de mon jouet de chair, du sang s’était répandu sur les draps et je songeai alors, non sans amertume, à l’énergie qu’il me faudrait dépenser pour en retrouver toute la blancheur.

16 septembre 2010

Une idée fixe

Ç’avait été son tour, choisie parmi les autres. Régulièrement, c’était la même mascarade. Une femme était choisie dans la populace, vierge ou pas, il s’en foutait, le Roy. Tout ce qu’il voulait, c’était un héritier. Mâle, bien entendu.

Nulle n’avait su lui donner un fils. Aucune de celles que ses gardes lui avaient choisies. Aucune. Nul couillu pour porter la couronne. Le système était simple. Il prenait femme, il prenait femmes, même, chaque jour ou presque, une nouvelle venue s’installait au château et il l’honorait de sa royale semence. C’est qu’il avait de l’honneur à revendre ! Royal, l’honneur ! S’il vous plait.

Une fois engrossées, elles étaient parquées au palais. La consigne était simple, la première à lui donner un fils serait épousée. Reyne ! Bien sûr, on ne leur demandait pas vraiment leur avis, et puis c’était tellement d’honneur ! Finir Reyne, qui n’en aurait pas rêvé ?

Il lui fallait un héritier, rapidement, c’est qu’il commençait à se faire vieux. Avant toute cette opération, il avait bien tenté, perdu du temps à se marier. Plusieurs fois. Ses épouses ne lui avaient données que des filles, lesquelles, quelques années plus tard, ne s’étaient retrouvées capable que de mettre au monde des fendues !

Ses propres filles l’avaient trahi ! La chair de sa chair ! Décidemment, il ne pouvait faire confiance à personne. C’est pourquoi il les répudia toutes, mères et filles, sans distinction et fit mettre en place une nouvelle loy - il pouvait, il était le Roy ! - qui disait que la première des femmes qui lui donnerait un fils, serait par lui épousée et donc, Reyne.

Les premiers mois, le palais ne désemplit pas, et  il s’en donna à cœur joie ! Il se paya même le luxe de choisir. Les premières furent toutes vierges, au moins la première nuit ! Quel plaisir il prit à les déniaiser ! Plaisir bien vite oublié dans la monotonie du geste. C’est qu’une vierge, ou une tout juste dépucelée, l’expérience, ça n’en a pas. Passées les premières taches de sang, leurs grimaces n’avaient plus rien d’émouvant.

Il se lassa. De la centaine de pures épurées sur lesquelles il s’était acharné jusqu’à ce qu’enfin, semence prenne - mise à part une qui était stérile - toutes devinrent grosses. Dès que les médecins le lui confirmèrent, il les laissa tranquille. Elles n’avaient plus aucun attrait à ses yeux. Si ce n’étaient leurs ventres.

Et les premiers enfants naquirent. A la fin de l’année, toutes les anciennes vierges avaient accouché. De filles. Cela faisait déjà vingt ans qu’il s’essayait à cela. Plus une vierge n’était à marier. Toutes étaient passées par le château.

Il n’était pas méchant, il voulait un fils. Rien de plus. Il savait bien qu’un jour, il en aurait un. Il était allé voir un vieux devin. Et le dinosaure avait été formel. Il aurait un fils. Un jour. Mais il devrait prendre garde. Le protéger, s’il ne voulait pas qu’il parte trop tôt pour pouvoir prendre la couronne.

Il se décida à chercher parmi les femmes mariées. Les époux n’avaient rien à dire. Les rares qui avaient osé protester s’étaient retrouvés, un matin, la gorge tranchée.

Par chance, il trouva au milieu de ces femmes, des amantes. Les étreintes furent parfois appréciables. On lui apprit même de nouvelles positions ! Ah, comme il les chérit ces femmes là ! Il fut modèle de gentillesse, revenant même les trouver pour le plaisir, alors qu’elles étaient grosses !

Puis elles accouchèrent.

De filles.

Toutes.

Il tenta l’eau d’une source dite miraculeuse, elles en burent de la Quézac, ses amantes !

Rien n’y fit.

Il désespérait. L’homme ne sortait plus de chez lui. L’on s’inquiétait de la tenue du Royaume. À trop se projeter sur ce qu’il en adviendrait après sa mort, il en oubliait de s’en occuper de son vivant. Des vilains se révoltaient, ses ministres, heureusement beaucoup moins obnubilés par sa descendance  que leur Roy, arrivèrent à maintenir un semblant d’ordre.

Bûchers et potences pullulèrent.

Chaque jour on lui amenait une femme, il la chevauchait, distribuant sa royale semence sans même goûter la chair. Sans plaisir. Aucun. On ne venait même plus lui annoncer la naissance de ses filles, on puisait dans les caisses la bourse à donner aux mères, puis elles retrouvaient leurs maris respectifs.

D’année en année, on lui ramena ses filles, ses petites filles pour certaines, devenues femmes… Elles subirent l’étreinte de cet être ridé, gentil, toujours, mais qui faisait cela mécaniquement. Marmonnant une diarrhée verbale, parlant d’une prophétie durant l’acte. Las, on ne savait pas encore conserver la semence, sinon on leur aurait bien épargné cela.

C’est que le Roy, osait on parfois murmurer lorsqu’on ne nous entendait point, le Roy tournait dément !

C’est à ce moment qu’elle fut choisie. On l’était allée chercher loin, là où sa grand-mère s’était réfugiée, jeune veuve tout juste accouchée. A l’époque, cette jeune femme tout juste épousée avait été emmenée, son époux s’était opposé. A peine mariée, elle fut veuve. Emmenée au Roy, ensemencée, accoucha d’une fille, sa mère, donc, vous suivez ? et renvoyée chez elle.

Sa mère n’avait jamais cherché époux, elle avait été emmenée pour la tentation des vierges. Etait elle aussi revenue avec une fille, elle.

Elle, elle avait toujours vécu là. Avait rencontré un mari aimant, follement même. Et lui avait donné huit fils. En neuf ans de vie commune. Elle allait accoucher du neuvième lorsque les gardes se présentèrent à sa porte. Son mari montra de l’impatience, d’un geste elle le calma. D’un autre elle rassura les gardes, elle viendrait au château sitôt que son corps pourrait accueillir le foutre du Roy.

Elle restait étonnamment calme. Son neuvième enfant naquit, un fils. Elle sourit à son époux, resta encore quelques semaines auprès de ses enfants, abandonnant là son dernier né qui serait nourri au sein de la voisine nouvellement accouchée d’une énième fille du Roy. Son corps s’était remis, elle pouvait prendre la route.

En partant, elle promit à son mari qu’elle ne serait pas Reyne.

Elle s’efforça de ne pas montrer son dégoût par la chevauchée de celui qui était son père et son grand père. Elle fit le poirier après l’étreinte, laissant la royale semence la pénétrer toute, au fin fond de ses entrailles. N’eut finalement à subir ses assauts que deux fois avant que le jus vaillant ne prenne racine. Elle attendait un enfant. Un garçon, elle n’en doutait pas. Elle ne voulait pas être Reyne.

Les mois passèrent, son ventre s’arrondit. Elle vécut ces moments comme de longues vacances. Profitant de chaque instant. Elle apprit à lire, écrire même. En profita pour écrire à son époux. Elle réitéra sa promesse. Elle ne serait pas Reyne.

Elle approchait du terme. Comme à chaque fois, elle attendait et redoutait ce moment. Quoique celui là sonnait… Différemment. Elle connaissait son corps, à chacune de ses délivrances, elle était seule, ne souffrant aucune présence alors qu’elle était si vulnérable. Elle se prépara, allant chercher une bouteille d’alcool fort, une lame fine et tranchante, quelques linges…

Elle se mit à la fenêtre, observant les constellations, la nuit était claire, nulle lumière n’était nécessaire pour ce qu’elle allait vivre. Les étoiles brillaient d’une lueur farouche, elle leur sourit tandis que son corps se cambrait. Elle mordit un morceau de cuir pour ne pas crier. Si l’on venait trop tôt…

Elle accoucha, en silence, sereine, ou presque. Ses gestes étaient précis, sûrs. Les jambes encore tremblante, elle lia le cordon, le trancha. Elle contempla l’enfant un instant. Il était malformé. Enfin, un enfant sain n’aurait rien changé à ses desseins. Elle posa un bâillon sur la bouche du nouveau né, lia ses bourses à leur base et les trancha. Elle porta ces bourses minuscules et les mit dans la bouteille.

Un bel ornement.

L’enfant n’aurait pas pleuré, quand bien même elle ne lui aurait pas mis le bâillon, il n’aurait pas crié non plus. Il était né débile, en sus d’être malformé. Le fils, petit fils et arrière petit fils du même homme ne pouvait naitre qu’ainsi.

Quand le Roy entra, - elle l’avait fait mander après s’être occupée de sa complète délivrance - elle lui confia le paquet bossu qu’était son fils. En lui souriant, elle lui dit qu’il avait l’air de tant tenir à l’éventuelle paire de burnes de son descendant, qu’elle voulait être sûre qu’il ne lui arrive rien.

Il commençait seulement à croire en ce fils premier né, à se dire que plus jamais il n’aurait à caresser de femme, pas qu’il préférait les hommes, non, mais, qu’enfin, il aurait du repos. Il lui sourit, un sourire plein de bonté, enfin libre, li…

Ses yeux accrochèrent la bouteille contenant le précieux trésor de l’enfant. Il comprit ce qu’elle venait de faire. Démaillotant l’enfant, n’osant y croire malgré la vérité toute crue qu’il avait sous les yeux, il aperçut l’emplacement vide. De rage, il fracassa le nouveau né contre le mur. Quel père ! Ce fils qu’il attendait tant !

Il voulut ordonner la mort de l’impie mais un de ses ministres vint lui murmurer une idée à l’oreille. Il pouvait encore réessayer. L’idée ne le séduisait certes pas de s’accoupler encore avec cette castratrice, mais cette femme était la seule qui avait su lui donner un mâle héritier. Dans un ironique rictus, elle lui demanda comment elle devrait l’appeler. Chéri, Papa ou Papy ?

Dans ses bras flasques coulait un sang bleu. Il la gifla, elle lui sourit plus encore. Il la fit enfermer, les autres femmes furent renvoyées à leurs logis, s’il y eut des fils dans cette fournée, on n’en sut rien. Elle ne fut pas épousée. On attendait qu’elle lui donne un autre fils.

Il la venait voir chaque jour, plusieurs fois par jour, même. Elle se laissait faire, molle entre ses bras, le laissant la besogner sans marquer la moindre émotion. Ni envie, ni dégout. Il ne se lassait pas. Cette indifférence l’émoustillait, et surtout, elle était la seule capable de transformer sa semence en un couillu !

Il eut fallu pour cela qu’elle fut à nouveau grosse. C’est que, le jour de l’accouchement, elle avait usé de son couteau. Sur elle. Certaines se débarrassaient de leur idée fixe avec un baquet d’eau chaude, elle, elle faisait en sorte de n’y pas penser. Du tout. Elle finit par le lui dire. Goguenarde, moqueuse.

Le vieillard ne survécut pas à la nouvelle.

Elle fut accusée de l’avoir assassiné. Ce qui était le cas, sans doute, un petit peu. C’est qu’il avait le cœur fragile, le Roy, malgré l’exercice qu’il faisait chaque jour… A se vider ainsi autant, il avait perdu de la substance. Amaigri, la vision qu’il gardait des burnes dans la bouteille lui torturait l’esprit, l’empêchant de se sustenter. Alors, quand elle lui apprit qu’il ensemençait un champ mort…

Les ministres décidèrent qu’elle était coupable. Ils la firent brûler vive. Une femme qui avait tranché les bourses de l’héritier du Royaume ne pouvait être qu’une sorcière !

Le peuple la célébra telle une sainte. Libéré enfin du satyre voleur de vierges. Elle eut sa statue, sa fête. On l’aima plus qu’on n’avait jamais aimé le souverain, père de bien des filles du Royaume.

Son mari la pleura un moment. N’épousa pas la voisine nourrice. La bouscula de temps à autres dans le foin, té, on est un homme, hein. Faut bien se réconforter, pis les mains, sont faites pour être actives. Mais ne l’épousa pas, les enfants allaient et venaient d’une maison à l’autre. D’un côté, elle aussi c’était la fille du Roy… Elle ressemblait fort à sa femme, il avait confondu... Souvent, après la chevauchée, un peu piteux, juste un peu, le temps de se renfroquer, il songeait à celle qu’il aimait par delà la mort, celle qui avait tenu sa promesse.


Oh, bien sûr, elle aurait pu ne pas faire cette promesse, accoucher d’un fils, rendre le Roy heureux, être épousée, devenir Reyne. Et puis, elle aurait pu, aussi, faire remplacer le fils débile par l’un des siens, faire venir vivre son mari auprès d’elle, comme homme de main. Faire assassiner le cocu, ou attendre qu’il crève de lui-même, ce qui n’aurait guère pris de temps.


Elle aurait pu.

Mais elle avait promis.

Foutue promesse.

13 septembre 2010

Le jour où je suis morte...

Voyons voir dans quoi ils m’ont collée ces rapiats. Ben merde alors, ils sont encore plus radins que je pensais ! Quelle bande de cons, un cercueil en carton ! Pourquoi pas la fosse commune pendant qu’on y est !
Argh même pas de garniture à l’intérieur ! Si j’étais encore en vie je les renierais tous autant qu’ils sont.
T’ain mais c’est quoi cette tronche qu’on m’a fait ! C’est pas moi ça, c’est pas possible, on dirait un pot de peinture, une catin de bas étages. Merde ils ont aussi rogné sur les pompes funèbres ou quoi ? Ils ont pris un mec qui faisait ça le dimanche ou qu’a eu son diplôme dans un paquet de Bonux, c’est pas possible autrement.
J’espère au moins qu’ils se sont un peu plus foulés sur l’enterrement.

Ah tiens, on vient ça doit être pour moi. C’est pas trop tôt, on se fait chier comme un rat mort ici, et puis c’est glauque cette micro-pièce avec des bougies partout.

Wou, maman sort le grand jeu, elle a sacrifié ses rideaux ou quoi ? C’est quoi ce tailleur moche ? Elle a toujours eu des goûts de chiottes mais là, c’est pire que tapisserie.
Mince, mais c’est que c’est le défilé, ils sont quand même pas tous venus voir le travail de sagouin de la maquilleuse ?
Aller fermer la cette foutue boite en carton, un peu de respect quoi . C'est bon vous avez bien vu. Oui je suis morte, oui on m’a loupée au maquillage, et je vous emmerde.
Allez Tata arrête de geindre, c’est insupportable et t’as jamais été bonne actrice, personne n’y croit, surtout pas moi.

Ah enfin mon sauveur, allez on ferme, circulez y’a rien à voir.
En voiture Simone. Chauffeur, si t’es champion appuie, appuie, chauffeur, si t’es champion appuie sur l’champignon.
Et mais oh où tu vas ? Oh Jean-Roger ! Le crématorium c’est pas par là, non mais il fallait tourner à gauche là bas !
Oh mais fais demi tour crétin, mais t’as quoi dans le ciboulot ? Du fromage blanc ? T’ain mais en vrai t’es débile. Je sais pas où on va mais surement pas au bon endroit.

ARGH me dis pas qu’ils ont osé me faire ça, à moi. Une belle bande de raclures tous autant qu’ils sont. Ils le savent pourtant que je suis athée ces cons, et qu’y a rien qui m’exaspère plus que les messes.
C’est pourtant pas faute de l’avoir dit et redit, et de les avoir toutes boycottées ou presque, Noël, Pâques, les Rameaux, l’Ascension, Pentecôte… Si j’avais su j’aurais aussi boycotté les mariages, enterrements, baptêmes, pour que le message soit encore plus clair.
Ah elle est belle la famille, un cercueil pourri, des pompes funèbres au rabais, et maintenant une putain de messe à l’église, je sens qu’on va rire pour la suite. Si j’avais su j’aurais été chez un notaire faire un testament avec toutes mes exigences pour mon enterrement. On peut vraiment faire confiance à personne c’est incroyable ça. Je sais bien que bon, ils s’attendaient pas à m’enterrer aujourd’hui, moi non plus ceci dit, mais quand même un peu de respect pour les morts.

Bon, on va y passer la journée ou quoi à l’église ? Et vas-y que je renifle, et vas-y que je tamponne une petite larme, et vas-y que c’est la symphonie des chouinages. Et allez, on arrose le cercueil. On arrose le cercueil… ah non mais attendez y vont pas tous passer comme ça avec leur truc de flotte là ? Non mais le mouillez pas trop, c’est du carton ça pompe l’eau cette merde, y va jamais cramer si ça continue. Pourri jusqu’au bout ces funérailles, à croire qu’ils l’ont fait exprès pour me faire chier jusqu’au bout. Ah ça on choisit pas sa famille, maintenant je comprends pourquoi, ça doit être pour pas léser les plus cons…

Eh ben c’est pas trop tôt, faites gaffe les gars en soulevant le bazar, avec tout ce qu’ils ont arrosé dessus… Ben vain dieu, si je passe pas au travers avant d’arriver à la voiture, j’aurais de la chance.

Bon allez, c’est bientôt fini, un petit barbecue, un petit trou-trou et c’est bon, enfin pour moi, eux j’imagine qu’après c’est apéro, repas et fiesta. Je parie que ça doit bien être le seul truc qui sera pas loupé dans mes funérailles.

Eh mais oh, t’as un problème avec le crématorium toi ou quoi ? T’as pas tourné ducon !
Oh tu va où là ? Putain si ça se trouve ces enfoirés ont vraiment pensé à la fausse commune.
Et voilà on est au cimetière et mon crématorium je l’ai dans l’cul. Bravo, je vais finir moisie, à moitié dévorée par les vers, hmmm ma plus grande passion, être digérée par une armada de bactéries/moisissures/vers et insectes en tout genre…
Je sais pas, là je suis dubitative, ou ils ont tous un Alzheimer généralisé, ou ils m’ont jamais écoutée, ou alors ils se foutent de ma gueule et se sont fait leurs funérailles qu’ils veulent pour eux avant l’heure…

Puisque c’est ça, m’en fous je pars pas. Au zeph la grande lumière blanche, le paradis et tout le bordel.
Ranaf, je reste et je leur pourris la vie jusqu’au bout ! Ça leur apprendra à m’avoir pourri mon enterrement !!

8 septembre 2010

Sur les Traces du Yéti




Ecouter la Musique


Si vous me demandez d'où vient ce titre intriguant, je vous répondrai certainement une connerie du genre : "J'ai composé cette musique tandis que je relisais Tintin au Tibet".
Ou encore : "T'occupes et fais tourner les chips"

La vérité, c'est que si vous écoutez bien le morceau, vous pourrez presque entendre la neige craquer sous vos pas, sentir le pincement du froid et les engelures au bout de vos doigts engourdis, peut-être même vous prendrez-vous pour le capitaine Haddock, aspirant à ce qu'on vous foute la paix, sous une épaisse couverture de neige, mais il faut continuer capitaine, dormir c'est mourir, arbeit macht frei, lâchez donc un peu cette bouteille, ivrogne marin.

Ce morceau est donc dédié à la fonte des glaces et aux animaux mythologiques, sans distinction de races ou de pointures de chaussures.

Les plus fin d'entre-nous l'auront déjà compris, il s'appelle "Sur les traces du Yéti"

Je vous en souhaite une saine écoute.

6 septembre 2010

Extension du corps

Docile, ton corps épouse les mouvements que je lui impose, par saccades. Mes yeux suivent la courbe de ta colonne vertébrale qui sinue à mon rythme, ta croupe est toute à moi. Tes cheveux défaits me taisent ton visage, ainsi tu m’apparais, chair de poupée, hanches de marbre, à ma fantaisie. Tout à ma frénésie, je jouis de ne pas te voir dans ton entier, comme une femme étêtée, réduite à sa quintessence. Ta bouche a disparu dans un repli du drap, cette bouche somme toute banale, ces lèvres aux fellations efficaces mais sans imagination, ces succions vulgaires. Et ce trou que toujours tu me refusas, enfin à moi ! Toi, finalement réduite à mes extrémités, soumise et païenne, délicieusement accroupie.
Ton bras droit, en harmonie des à-coups, oscille avec régularité, ta paume tournée vers le ciel, et ton poignet, tendre, où circulent tes veines, labyrinthe bleuté, peau diaphane. Par ce détail infime, mon attention s’est détachée du coït, mon esprit divague tandis que mon sexe s’applique à son office. Traits de pensées où je compare, peut-être devant une docte assemblée, les mérites respectifs du lissé vaginal et de l’anus annelé – amusante allitération. Quelques nuages se forment devant mes yeux, autant d’écrans brumeux où se découpe ta silhouette, mes sensations ont d’ores et déjà dépassé les limites de mon individu. Les organismes se dissolvent, le mien s’épanche.
Tout activité nécessite sa propre énergie, mon estomac se rétracte, mes réserves s’amenuisent ; se pourrait-il même que je perçoive l’existence de sphincters jusque là ignorés ? Quelques gouttes de sueurs perlent dans mon dos et – inexorable gravité – s’écoulent sur mes reins. Sous l’effet d’un soubresaut, ton corps s’est décalé, ta chevelure glisse qui me révèle ta face, j’entrevois tes yeux. Cet écart serait sans objet s’il ne laissait découvrir sur ton cou les traces bleues de la strangulation.

2 septembre 2010

TICO - le retour -

Aux confins de la galaxie, dans une petite consternation finement baptisée Bêta du Pandore...




...un terrible prédateur phagocitait le fragile environnement : le vorace Tico ! 

Les techniciens d'Hubble l'ont détecté en ajustant un microscope à leur fichue lentille. Cela  n'a pas été une mince affaire, quand on sait que ce télescope est en orbite à 600 km d'altitude, et que le délicat petit instrument a été propulsé à la vitesse de... (mais merde, on s'en fout. Où est-ce que je vais chercher tout ça, moi ).

Bref. Concentrons-nous.

Ce terrible extraterrestre, le rapace Tico (merci... merci. Je sais, je suis bon), après avoir boulotté toutes ses ressources, s'est tourné vers la plus proche et la plus odorante : la Terre. Plus exactement, le chocolat de la Terre.


D'abord, une image terrible de la destruction d'un environnement :



Petite parenthèse avant de continuer : Lunatik m'a conseillé de laisser une phrase pour faire patienter et ménager nos chers lecteurs. Je vous la livre ici dans toute sa fraîcheur : 
-tu mets une tite ligne après ton dernier dessin, genre : "chuis naze bande de moules, je vais me pieuter, suite et fin demain nuit."

Bon. Je reprends, pour ceux qui n'ont pas suivi, Môssieu Lunatik õõ :

Ceci est une histoire contemporaine, limite science-fiction, et Jésus n'enverra pas l'âme du Tico dans un troupeau de porcs. 

Pour notre malheur, Tico et ses semblables sont dotés de grands pouvoirs tels que bilocation, ubiquité, téléportation. De l'immensité intersidérale, il peuvent brusquement apparaître dans votre bortsch, sous le plâtre qui recouvre votre jambe cassée - c'est là que leur don d'ubiquité montre ses aspects les plus effrayants - et dans vos chocolats, sous l'emballage hermétiquement clos. D'où certains malentendus, comme celui qui faillit avoir raison du PACS d'Inès Perez et de Gérard Mentor :

- des asticots dans mes chocolats de Saint-Valentin !!! (cf  "Une St Valentin véreuse", sur ce site), Gérard, vil pendard, tu les a introduits avec une seringue ?

Pourtant, l'atout maître de ce parasite est incontestablement la terreur et le dégoût qu'il inspire. Quelle petite nana ne s'est pas enfuie en courant et en hurlant, laissant choir son assiette de salade envahie ?
Quelle grosse brute pleine de muscles n'a pas abdiqué en allant vider son estomac, abandonnant son sandwich-knackis aux envahisseurs ?

Il n'a peur de rien. Mais hélas, Tico (merci... je vous en prie, rron rron rron... vous me gênez... cessez d'applaudir), tu es repéré, et la résistance s'organise.


Merde, j'me suis gourré d'illustration, ça c'est ses grands frères, dans la nébuleuse M16. Pardon.
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BREAKING NEWS :


On le croyait dans le gésier d'une hirondelle, mais l'impudent alien a été repéré...


... SUR LES MILKA DE LA MUSARAIGNE ETOILEE.

A cette occasion, on peut constater que c'est une fille.
Une jolie blonde.

                   Castor tillon

 Il y a un post-scriptum :

La photo que vous voyez ci-dessus est en fait un fake, elle a été envoyée à la rédaction par un certain Castor Essasdandine, une bien pâle imitation du "genuine" Castor tillon, le vrai.
Observez-là. Et que voyez-vous ? 
des putains de noisettes (:mrgreen: :shock: :roll: et j'en masse et des payeurs.)
JAMAIS la Musaraigne n'aurait acheté des Milka avec des foutues saloperies de :shock: de noisettes dedans. Voici la véritable photo :




Notez : y a peut-être pas de noisettes dedans, mais y a quand même un asticot. Bon, on en a fini avec cette histoire ? 

ça se traîne, ça se traîne... 


Castor tillard




mrgreen, shock and roll, pour info.