Une tentative de blog à plusieurs mains. Pour réunir des trucs qu’on ne voudrait pas montrer à nos grand-mères mais qu’on prend plaisir à faire quand même.
Vous savez, ces trucs au fond d’une cave ou sous une couette, ces trucs qui nécessitent un sécateur, des allumettes ou de la vaseline, ces trucs chauds et humides, toujours meilleurs à plusieurs qu’en solitaire : se moucher dans ses doigts, dire des gros mots, jouer à touche pipi, disséquer le chat du voisin…et rire, évidemment.

24 décembre 2010

Doloris

Le plus difficile, la première fois du moins, c’est de parvenir à réaliser la chose en une seule fois. On garde en mémoire les leçons de ses professeurs, la position des jambes, la prise en main, le mouvement sec et précis. La première fois, le bruit de la hache sur le billot résonne, on reste horripilés, comme s’il avait suivi le trajet de chaque nerf.
Puis, peu à peu, on perfectionne sa technique, on se fait au bruit du métal sur le bois, on l’apprécie même. Puis, à peu à peu, on en vient à sentir le détail de chaque vertèbre qui se fend sous sa main, ou presque.
Ne croyez pas que l’on s’habitue. Jamais ! Le plaisir est toujours différent. De temps à autre, on décolle une fille magnifique – on ne sait même pas pourquoi. Et on se dit qu’on l’aurait bien tringlée avant, parce que c’est vraiment un beau morceau. Mais nous, les bourreaux, n’avons guère les faveurs de l’opinion et les à-côtés nous sont refusés. Et on se dit qu’on l’aurait bien tringlée avant, mais ce n’est pas possible, alors on le fait après, vite fait, mal fait, et en catimini, même si sans la tête et avec le sang qui dégouline, c’est un peu ignoble. Comme un poulet déjà vidé dont le cou ballotte à droite et à gauche. Le principal est que le corps soit encore chaud, parce que, personnellement, je déteste la viande froide. Ce n’est pas parce qu’on est bourreau que l’on n’est pas un homme de goût.
Le plus difficile, la première fois, c’est de bien placer le panier pour que la tête tombe dedans, avec évidence. Si la tête roule de côté, ou s’échappe du panier renversé, on a vraiment l’air d’un amateur. Et si l’on n’a pas envie de quelque chose, c’est bien de ça !
Le plus difficile, la première fois, c’est de décapiter un enfant, parce qu’on est humain tout de même ! Et puis on se dit que c’en est au moins un qui ne souffrira pas plus longtemps. Au fond, nous faisons œuvre utile.

13 décembre 2010

Peau (2 - Avec doigté)

Le doigt est un merveilleux instrument : il désigne, il insiste, il explore. Les possibilités semblent infinies et, par un rare bonheur anatomique, l’appendice se multiplie par dix, décuplant encore ses incursions.
Ouvrez la main, tendrement, fermement – qu’importe ! Posez-la sur mon corps, ici et là, sur tous les endroits que je vous indiquerai. Insistez sur les zones tendres, acharnez-vous sur les recoins les plus chauds ! Écoutez le murmure de l’effleurement car, plus que tous les râles et ahanements, c’est celui qui fait naître l’émoi.
La peau s’étend sur une surface d’environ 2 m² ; que de distance à parcourir avant d’en avoir fouillé tous les interstices ! Soyons des explorateurs, aventureux et libertins, traitons avec la même attention les épaules, les nuques, les reins, les sexes. Érotisons-nous jusqu’au point de non retour et, là, par perversion ou éréthisme, cessons et reportons à plus tard tout assouvissement, ou à jamais. L’attente plutôt que la résolution.

En pressions mesurées les doigts perquisitionnent
Un à un mettent mon épiderme à l’index
Luttons, jouissons, comme une sombre Perséphone
Sur le rythme assorti de composants connexes


Parmi toutes les options des sens, le toucher serait-il le plus aisé, le plus immédiat ? Soyons pragmatique, tactilement s’entend. Car pour ce qui est de la littérature, il n’est guère aisé de parler de sexe avec doigté.

9 décembre 2010

Et j'étais sur la route toute la sainte journée...

Et ben je peux vous dire qu'on en voit des vertes et des pas mieux...

Qui qu'a dit qu'elles étaient cons les vaches de regarder les voitures, trains toussa toussa, à longueur de journée ? Hein qui qui l'a dit ?

Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi ? Si elles n'avaient pas une bonne raison de le faire ?


Et si finalement ce passe temps n'était pas dû à une outrecuidante fadaise, mais à une étude scientifique de la crétinerie humaine ?

Peut être est ce seulement pour saluer leur amis les bêtes savamment camouflés chez les humains, tel le goupil




qui sous l'œil  bienveillant de la vierge


s'en va au paradis des hommes


mais en cours de route il change d'avis et s'en va au purgatoire


Le sieur n'est pas trop regardant des lieux et des salopiauds qui semblent passer dans le coin régulièrement...


Pour en être sorti vivant, le bougre clame haut et fort que ça l'élève au niveau de héro, il le grave même dans le marbre... Enfin il le tague sur le béton de la poubelle locale mais c'est pareil...


Il en était tellement fier qu'il en a immortalisé son œuvre



Heureusement pour lui que le Gnome des sables qui sommeil non loin de là est chouette



et qu'il ne le dénoncera pas à la police...



Alors quand je vois tout ça, je me dis qu'en vrai c'est la télé des vaches la vrai vie...
Mieux que les feux de l'amour...
Qu'on s'étonne plus qu'elles passent leur temps à nous observer...

3 décembre 2010

L'appât du grain

J’ai trouvé un marteau et me suis lancé dans la chasse aux souris.
Les souris pullulent dans la cave, mais elles sont rapides, très rapides. Et la pénombre n’aide pas. Aussi, je vise un peu au petit bonheur – si j’ose dire – et je tape, presque à l’aveuglette. Lorsque je rate mon coup, le marteau résonne durement sur le sol en béton et la vibration qui en émane grésille dans tout mon bras. Mais parfois, plus rarement, le marteau atteint son but, j’entends un rapide craquement, néanmoins amorti par le poil de l’animal. Dans mes doigts, la chose morte pendouille, et si je tente d’en dévorer un morceau, les os brisés en mille fines aiguilles blessent mes lèvres, se fichent dans ma langue. Heureusement, je peux au moins poser ma bouche sur une plaie, aspirer le sang et quelques molécules de chairs mâchées. Mais que voilà moult efforts pour un si piteux résultat !
J’ai posé une bougie par terre et sa maigre lueur dessine un cercle laiteux comme la mort – ironique analogie puisque c’est là qu’elles crèveront. J’y place un appât (un simple grain de riz suffit) et je patiente, silhouette de prédateur immobile, bras déjà levé. Immanquablement, une bête s’approche et vlan ! Toute l’habileté de la chose consiste à ne viser que les pattes ou la tête afin que le corps reste intact. Si j’atteins une patte, la souris pousse d’affreux couinements ; je l’achève avec rapidité, d’un coup de dent. Si j’écrase la tête, je me régale directement du ventre, mais perds le plaisir de croquer les yeux, yeux qui éclatent sur mon palais tels des myrtilles translucides.
Après quelques heures de chasse intensive, le sol est recouvert de cadavres, de taches de sang déjà sèches, d’os épars et minuscules. Les souris se font rares, puis inexistantes. La faune du sous-sol est maigre ; quel serait l’impact d’un marteau sur une blatte ou un chat ?

29 novembre 2010

Portrait de Lunatik

Grands yeux verts, crocs luisants et sourcils redoutables, Luna nous présente son recueil chez Quaricature.

NOTA BENE pour les groupies de Lunatik qui souhaiteraient accabler le dessinateur de sottises : 
veuillez prendre un ticket et vous placer dans la file d'attente. 
Merci

 

24 novembre 2010

Leçon d'amour fou 4 : tout est-il digne d'un nom ?

J’entretenais avec Marie une liaison aussi génésique qu’esthétique. Elle avait l’âme fornicatrice et se vautrait, avec délices et décontraction, dans le vice et dans mes bras. Elle était également un modèle hors-pair, une des rares à observer une immobilité statuesque lors de ses poses dans mon atelier. J’aimais sculpter ses formes, la terre se répandait sous mes doigts, aussi froide que sa peau était chaude, aussi humide que l’étaient son sexe et sa gorge. Et l’hiver, malgré tous mes efforts, l’atelier restait frais ; Marie demeurait néanmoins stoïque mais le froid avait raison du grain de son épiderme et sur sa poitrine se dessinait une chair de poule délicate, excitante. Rarement je n’achevais mon travail sans que mes mains de glaise ointes ne dessinassent des volutes amoureuses sur son corps frissonnant.
J’entretenais également avec Marc une liaison tout aussi lubrique et non moins artistique. Il possédait, comme Marie, un don pour la fouterie et nous faisions œuvre de chair en toutes circonstances, œuvres vives que nous partagions dans une exubérante cacophonie, chair dont je faisais une œuvre, quelques ébauches, rapides tracés glyptiques ou longues sessions reprises d’une séance à l’autre. Marc moins que Marie maintenait des poses de durée importante troublées qu’elles étaient par ses érections aussi intempestives que dérangeantes dans mon approche sculpturale. Ce fut lui que, le premier, j’enduisis totalement de terre, lui qui devint une statue vivante, un objet de ma propre création, un jouet entre mes mains démiurgiques. La fraîche argile provoqua sur Marc la même horripilation dermique qui m’avait tant exalté sur les seins de Marie – c’est sans doute à cette occasion que se syncrétisèrent les analogies qui liaient mes deux amants et l’idée, folle et romantique, d’en jouir simultanément et de les sculpter dans un enlacement lascif. Aussi, je décompartimentai mon existence et, signe d’évidence, de leur rencontre naquit une concupiscence triple qui nous mena sur des chemins inexplorés ; il en est toujours tant, et trop.
Sans que j’en sus d’abord la raison – et il ne s’agissait pas de jalousie – sculpter le couple de Marie et Marc me laissait, non pas indifférent, mais insatisfait. J’esquissais quelques croquis et plus je noircissais de papier plus le manque d’unité me taraudait, un manque d’unité dont j’avais défini le nom mais pas le sens. C’est lors d’une de nos copulations que m’apparut enfin la cause de mon désarroi ; ce que j’aimais en l’assemblage de Marc et Marie était la possibilité qu’ils fussent unifiés, qu’un seul corps portât les avantages et les orifices des deux, conjointement. Ainsi se forma le projet qui devait porter mon art au pinacle, celui de créer un hybride, une parfaite créature, un divin hermaphrodite dont les composants sublimeraient les corps de Marie et Marc, souligneraient leurs atouts respectifs. J’entrepris donc une série d’ébauches assez poussées mais j’eus beaucoup de difficultés à conjuguer ces deux silhouettes pourtant parfaites indépendamment. Je m’escrimais à relier les reins voluptueux de Marie et les fesses si bandantes de Marc, en vain. Je n’obtins qu’une créature informe, éloignée de mille cieux des images précises et libidineuses qui hantaient mes nuits. Je peinais également à fusionner le mâle buste et la poitrine féminine, et que dire de la superposition de leurs deux sexes – ridicule ! aux antipodes des jouissances que j’avais imaginées tirer de leur double constitution. Qui plus est, la créature, toute chimérique qu’elle fût en l’état, semblait m’échapper, au lieu de quoi je songeais lui être apparié. Avec quelque rage, je détruisis tous mes premiers jets, fomentant le projet de ne produire qu’une pièce, une œuvre unique, à échelle humaine, telle que Dieu l’eût engendrée. À cet effet, je construisis une ossature susceptible de supporter mon ouvrage et imposai à Marc et Marie des séances de pose où, pour une fois, le stupre n’avait pas son mot à dire. Mais j’eus beau les installer côte à côte, aussi proche que possible, voire les enchevêtrer de façon saugrenue et inconfortable, ma création ne mêlait l’homme et la femme qu’avec incongruité. De plus, Marie et Marc se lassaient de mon irritabilité qui croissait avec mes échecs – nos relations s’étaient tissées sur l’art et le sexe et, de toute évidence, mes déboires esthétiques ne laissaient plus de place à la seconde moitié de nos amours.
J’avais toujours façonné la terre selon modèle, reproduisant la perfection ou, pour le moins, érotisant la cause et l’effet. Marc et Marie, las de mes essais infructueux, noyèrent ma procrastination entre eux, m’évinçant peu à peu de notre idyllique trinité, de fer, de vice et de seins polis. C’est ainsi que, sous l’effet du dépit et pénétré de la supériorité de l’artiste sur toute forme de vie, je mis fin, avec je l’avoue une certaine brutalité, à celles de mes bien-aimés. Je sus taire mon chagrin, réel, ni ne m’abandonnai aux désirs que m’inspirèrent leurs cadavres encore tièdes pour me concentrer sur l’ampleur de ma tache et sur son accomplissement. En quelques instants, l’évidence se manifesta, je taillai avec fébrilité, découpant avec avidité les parties de chaque anatomie qui produisaient en moi le plus d’émoi. Sur Marie, sa poitrine évidemment, ses cuisses, ses clavicules aux acromions délicats ; sur Marc, toute la ceinture scapulaire, son fessier déjà évoqué, ses mains aux doigts carrés. Je cousis grossièrement chaque élément (l’aiguille perçait aisément la peau mais déviait souvent de sa trajectoire lorsqu’elle s’insinuait dans la viande) et, peu à peu, par ajouts successifs de nouveaux prélèvements, de disparate qu’il était, le modèle s’homogénéisa et germa enfin, dans la matrice de mon amour et de mon art, l’hermaphrodite idéalisé, parfait, non pas d’un vulgaire point de vue scientifique, mais d’une perfection érotique, propre à suggérer toutes les excitations et de nature à les satisfaire.
J’entrepris donc de mettre en volumes argileux cette émanation de chairs confuses, d’abord avec retenue et une délicieuse parcimonie de moyens, puis avec une frénésie accrue au fur et à mesure que la décomposition de mon modèle en troublait l’ordonnancement. Si l’odeur qui s’en dégageait était un léger désagrément, la putréfaction qui en faisait choir peu à peu les pièces composites représentait un inconvénient majeur. Je perdais la source de ma création, le temps m’était donc compté – mais Dieu lui-même n’avait-il pas eu à sa disposition que six malheureux jours ? Enfin, fruit d’un travail acharné et d’une cruelle privation de sommeil, je posai la touche finale à mon être, ma chose. J’ensevelis rapidement au fond de mon jardin les reliefs de mes modèles et trouvai une certaine ironie à ce qu’ils fussent ainsi recouvert de terre, celle-là même qui avait sublimé leurs traits les plus marquants, à présent réduits à une bouillie nauséabonde.
J’avais l’habitude de faire appel à un mouleur afin de magnifier mes fragiles terres cuites en bronzes immarcescibles. J’entrepris un processus similaire mais m’adressai à une entreprise de poupées réalistes, spécialisée dans la manufacture d’articles à but sexuel et d’une facture parfaitement naturaliste. Le silicone est un matériau malléable à l’envi et j’en obtins l’objet monocline dont j’avais rêvé. Et par une magie de la mécanique – et un prix pour le moins salé – la créature fut dotée d’un appareillage que je pouvais activer à ma guise, appareillage qui me permettait d’obtenir sur commande l’érection de son sexe et même la turgescence de ses tétons. J’avais également prévu un visage duel combinant les traits doux de Marie et la barbe naissante de Marc dont le toucher râpeux offrait un contraste exquis avec la bouche aux lèvres pleinement féminines. J’avais de même reproduit la forme de la pilosité pubienne de Marie mais en la prolongeant jusqu’au nombril et, plus encore, d’une délicate ligne velue qui mourait entre les deux seins proéminents. Je m’émerveillais de ma création, je l’expérimentais de toutes les façons car elle était mon jouet androgyne, idéal et docile. J’éprouvais des sensations inconnues, je jouissais de façon inattendue et violente, parfois en spasmes, d’autres fois avec une volupté indicible, notamment lorsque je m’immisçais dans son sexe féminin et, que tout en la besognant, je sentais les bourses de son sexe mâle attenant me fouetter le pubis.
Restait, après l’avoir connu bibliquement, la plus délicate de toutes les opérations, celle qui parachèverait mon statut divin, l’ultime tache qui en ferait ma parfaite création : la nommer.

19 novembre 2010

La vivisection pour tous (et toutes)


Elles s’étaient réunies dans l’atelier du père de Lola. Menuisier de son état, il disposait d’un établi bien équipé, les filles y seraient à leur aise. Lola s’était chargée d’amener le pique-nique et Marie-Charlotte les livres de biologie et d'anatomie. Quant à Clarence – dont le grand-père, excellant à la pêche comme à la chasse, lui enseignait tout ce qu’il savait – elle fournissait le sujet d’étude.

 — T’es sûre que c’est la variété de grenouille qu'il nous faut ? demanda Lola en faisant la moue quand Clarence installa son sujet à plat dos sur l’établi. Je voyais ça moins gros et puis ça ne ressemble pas trop à celles de notre bouquin de bio, je trouve.
— C’est parce que tu ne regardes pas la bonne planche, bécasse, dit Marie-Charlotte. On voit que tu viens de la ville. Page 28, Fig.1 : grenouille à l’état naturel. Fig.2 : grenouille en période de rut.
— Elle est en rut, là ? On dirait plutôt qu’elle est mal en point.
— J’ai dû l’assommer un peu pour la traîner jusqu’ici, avoua Clarence. Aidez moi donc à l’attacher avant qu’elle ne se réveille, c’est vigoureux ces petites bêtes.
 — On ne l’épingle pas plutôt ? C’est marqué comme ça dans le manuel, précisa Marie-Charlotte dans un souci d’exactitude scientifique.
— C’est sadique, quand même, de l’épingler, non ? grimaça Lola.
— Je te rappelle que l’idée c’est de la disséquer.
— Mais pas de la torturer. On l’attache, trancha Clarence.

Elles la ligotèrent de leur mieux, prenant soin de ne pas briser malencontreusement les petits os délicats. Puis Marie-Charlotte s’empara de son manuel, flanqua le cutter entre les mains de Clarence, ajusta ses lunettes et donna les directives :

Pratiquer une légère incision cutanée de bas en haut, en prenant garde de ne pas percer la musculature et les viscères. D’après le schéma, on parle du ventre et du torse, le sternum, la région abdominale, tout ça. En fait, il va falloir l’éplucher par couches successives. D’abord la peau, ensuite écarter les muscles etc. Tu n’as qu’à tracer un pointillé au feutre, pour commencer. Lola, laisse cette pauvre bête tranquille, c’est pas le moment de l’ennuyer, déjà que tu l’as réveillée.
— C’est pas moi, c’est Clarence avec son marqueur, elle la chatouille. À ton avis, c’est un mâle ou une femelle, cette grenouille ?
— C’est forcément un mâle, les femelles ne grossissent jamais autant et ne changent pas de couleur pendant la période de rut. Et arrête de la tripoter, ça la fait gigoter, Clarence va découper de travers. Pourquoi tu veux savoir, d’ailleurs, quelle importance ?
— Ben je me cultive, tiens. Si c’est un mâle, je crois que j’ai trouvé ce qui lui sert à faire pipi, c'est un peu comme sur les poneys. Regarde, y’a un tuyau avec un petit trou au bout, on le voit bien quand on tire la peau vers le bas. Puis quand on secoue gentiment, comme ça, après on voit encore mieux.
— En effet… tu as peut être raison, pour une fois.
 — Ah ! Comme quoi, moi aussi je peux faire des découvertes intelligentes.
— Mais je serais toi, j'arrêterais de le secouer comme ça, il devient tout gonflé ; il va te faire pipi dessus, je pense.
— Dites, vous deux, ça vous ennuierait de m’aider ? interrompit Clarence. J’arrive pas bien à découper, elle bouge trop.
 Lola relâcha précipitamment l’organe raidi, de peur de se faire souiller les mains, et entreprit de resserrer les liens.
 — Doucement, espèce de sauvage, tu lui as presque arraché la patte de devant. Elle est toute disloquée.
— J’y peux rien si elle est fragile, ta grenouille, fallait pas en choisir une en soldes.
 – J'ai pris ce que j'ai réussi à capturer, figure-toi. Ça ne s'attrape pas si facilement, les grenouilles en rut. Alors évite de l'abimer.
– De toute façon, ça n’a pas l’air de l’empêcher de remuer. Ni de crier. Tant qu’on crie c’est que y’a rien de grave, il dit Papa.
— Je n’y arriverai jamais comme ça, elle se tortille encore beaucoup trop. Il va falloir l’épingler. Marie-Charlotte, prends les clous et le marteau, nous on lui maintient les pattes.
Ainsi fut fait.
 L’infortunée bestiole poussa une sorte de coassement guttural quand la fillette planta son premier clou. Le second lui arracha une plainte rauque et horripilante qui se prolongea tout le temps – long, très long – que dura sa crucifixion sommaire et maladroite.
 Marie-Charlotte, troublée, dut s’y reprendre à maintes reprises pour la patte arrière gauche. Avec toute cette agitation, elle tremblait et manquait sans cesse la tête de clou. Son marteau rebondissait systématiquement sur le bas de la patte, broyant les os menus du membre tressautant. La chair en bouillie n’offrait plus aucune possibilité d’ancrage et Clarence, excédée, finit par s’emparer des outils et marteler d’un geste efficace le dernier clou dans la cuisse musclée de son cobaye récalcitrant.

— T’es sûre que ça doit se faire avec une bête vivante, une dissection ? demanda Lola, vaguement dégoutée, en essuyant ses mains sanguinolentes sur un chiffon roidi par la lasure.
 — Je ne sais pas trop, avoua Clarence. Si on veut voir comment tout fonctionne à l’intérieur, je suppose que oui.
 — Va falloir se magner alors parce qu’elle est salement amochée, maintenant.
— En tous cas, pas question de flancher, décida Marie-Charlotte en redressant ses lunettes. On a l’occasion d’avoir une longueur d’avance sur cette bêcheuse d’Anne-Christine au prochain cours, on ne la laisse pas passer. Il faut lui fermer son clapet une bonne fois pour toutes.
— À la grenouille ? demanda Lola.
— À la grenouille aussi, répondit Marie-Charlotte en fourrant un bâillon crasseux dans la petite bouche de la bestiole qui s’époumonait toujours.
— Tant que ça crie, tout va bien, marmonna Lola en frottant convulsivement ses mains sur sa robe pour se débarrasser des dernières traces de sang.
 — On reprend, toussota Marie-Charlotte. Poursuivre l’ouverture en sectionnant la ceinture pectorale en son milieu avec des ciseaux forts (Fig.6) Faire très attention aux organes qui se trouvent sous la ceinture. Écarter les deux moitiés et les maintenir avec des épingles.
 — Les maintenir avec des épingles, les maintenir avec des épingles… je voudrais les y voir. Ça se déchire sans arrêt, grommelait Clarence pendant que ses deux comparses, captivées, observaient l’intérieur enfin révélé de la pauvre bête. Lola, passe-moi l'agrafeuse !

 Elles restèrent une bonne heure à tester les différents organes, essayant de deviner leurs fonctions, pressant délicatement les intestins pour voir ce qu’il en ressortait, effleurant les poumons et admirant, fascinées, les bonds fabuleux du cœur dans la cage thoracique.
Midi avait sonné depuis longtemps lorsqu’elles décidèrent de faire une pause pour se restaurer et échanger sur leurs extraordinaires découvertes. Lola jeta un chiffon sur le ventre du crucifié afin de le préserver des mouches qui vrombissaient tranquillement autour de la chair offerte.
Elles déjeunèrent avec gourmandise de saucisson d’âne, de Kentucky Fried Doggy, d’œufs d’autruche en gelée et d’un demi cochon fumé chacune. Ce n'est pas pour rien qu'on parle d'appétit d'ogre.
Lola rota discrètement derrière sa main après avoir englouti son pain d’épices fourré aux doigts confits et fut la seule à remarquer que les gémissements de leur cobaye avaient – enfin – cessé. Il gisait, des vomissures plein son bâillon, ses yeux bleuâtres exorbités, ses cheveux beigeasses poisseux de sueur.
Elle s’assoupit dans l’herbe en se demandant ce qu’on pouvait trouver de si charmant à ces pseudo-princes fragiles et douillets qui rétrécissaient et verdissaient pour un oui pour un non et sautaient d’une Fig.1 à une Fig.2 au moindre baiser.

14 novembre 2010

Peau (1 - Sur nos langues)

Faim : sur toute la surface de mon épiderme s’ouvrent mes pores, comme autant de bouches avides, avides de peau, de contact. Touchez-moi ! Caressez-moi, de la tête au pied, partout, chaque parcelle devenue érogène.
Tout plutôt que le néant de l’abstinence, tout empli de sueur, du bruit si particulier du frôlement d’une paume sur mon corps. Sentir et ressentir, assouvir nos croupes, s’assouvir enfin, plein de la texture de nos organes, fermes et souples à la fois, extension de nous. Que nos peaux tatouées ne narrent-elles les histoires de nos fantaisies ? Que les mots ne s’égrènent-ils pas ligne à ligne, prolixes à l’envi, enfin ignorants de compendiosité ? Et par une hasardeuse extravagance phonologique, le vice devient rime et s’accoquine – coquin – avec clitoris et pénis. Et sévices. Et hélice. Où le dictionnaire dépasserait l’imaginaire…

Dessin sur sa poitrine à la pointe des doigts
En sinuosités – images adventices
Le sang partout afflue, et presque avec effroi
Mes yeux se révulsent, glissons du vide au vice

Sentez-moi ! Partageons nos odeurs, mêlons nos phéromones, parfumons-nous de nos sécrétions comme un cuir oint de la bénédiction des sens. Petits goûts de la chair sur nos langues.

10 novembre 2010

Leçon d'amour fou 3 : la faim justifie-t-elle les moyens ?

J’aimais Siri, sa peau, sa volupté, son corps dans son entier ; un corps non sans défauts mais sans interdits, souvent rabelaisien, parfois obscène. Un corps au parfum délicieux, sourdant de ses orifices des effluves savoureux, exsudant de toutes parts des sucs comme autant de nectars, au sens véritablement mythologique du terme.
Siri et moi étions avant tout curieux et, de doigts attentifs en sexes inquisiteurs, nous explorâmes avec autant de méthode que de plaisir ce qui pouvait constituer l’ordinaire et l’extraordinaire de la concupiscence. Nous n’avions pour limites que ce qui ne provoquait en nous nul éréthisme. Nombre de philistins ne placent leurs extases qu’en la sphère génitale – pauvres ignares ! – que n’explorent-ils toutes les possibilités de la chair, de sa flexibilité à sa résistance.
Parmi mes émois les plus vibrants, j’aimais à sentir la salive de Siri se mêler à la mienne et, telle un torrent visqueux, s’aventurer dans ma gorge ; je songeais avec bonheur que l’alchimie corporelle en unirait quelques particules à mes propres cellules. Je savourais aussi les sucs que sécrétait le sexe de Siri lorsque j’y appliquais mes lèvres et y insinuais ma langue, recueillant le fruit de ses spasmes en nourriture extatique dont le goût, toujours mitigé, toujours exquis, me transportait – chemin sinueux, sente lubrique empreinte de taches et d’orgasmes.
Nous tentâmes de pimenter nos fornications par divers accessoires mais tous nous déçurent, seules Siri et ses excrétions faisaient mes délices et aucun succédané ne parvenait à pallier ce qui n’était né de son organisme. Aussi, je tentai de m’approprier plus encore Siri. Ayant goûté salive et sécrétions vaginales, je m’essayai à ce qu’extravasaient ses orifices. Je ne trouvai aucun goût, ni particulier dégoût d’ailleurs à l’urine et cet essai ne fut guère concluant ; j’avais le sentiment d’ingérer un clair brouet dont la saveur ne variait qu’en fonction de l’alimentation. Il en fut de même pour ses excréments – j’avais pourtant lu nombre d’utilisations soi-disant érotiques de l'étron – même en tentant de les inclure progressivement dans une nourriture plus classique. De surcroît, les fèces répandaient dans la maison leur odeur caractéristique dont il était si ardu de faire disparaître ensuite la trace. Sans parler des souillures qu’elles purent occasionner partout où nous nous essayâmes à la coprologie. Inutile de préciser que je délaissai rapidement ces tentatives infructueuses, avide que j’étais pourtant de jouir, de façon aussi gustative qu’érectile, de la sapidité de Siri.
Je trouvai à mon appétit un dérivatif aux creux des aisselles de Siri dont j’exigeai dès lors une pilosité apparente, pilosité qui me garantissait la conservation de la sueur dont l’âcreté atteignait parfois celle du piment. Si j’avais pu, j’aurais récolté toutes les œuvres de sa sudation, peut-être dans une écuelle, afin de les laper comme un chien tant mon olfaction et ma langue travaillaient de concert pour exalter ma nature animale. Hélas, la transpiration, toute abondante fût-elle, n’offrait qu’un volume réduit, voire ridicule. Les limites de mes expérimentations gustatives s’élevèrent, j’en fus contrarié au plus haut point. Pourtant, j’avais tout tenté, y compris l’absorption de poils, rognures d’ongles ou particules de desquamation, avec peu d’intérêt ; les phanères marquèrent une borne et la finitude du corps de Siri m’apparut, avec stupeur, car j’avais osé espérer une existence entière dédiée à sa saveur.
Ce qui courait à la surface de sa peau ne me satisfaisait plus guère et, avec une certaine logique, j’envisageai d’en explorer l’intérieur. Je m’interrogeai sur la texture des organes, la mollesse du poumon, la sanguinité du foie, la fermeté d’un cœur. Finalement – et en souvenir de feu mon père qui affectionnait particulièrement le jambon à l’os – je sacrifiai le corps de Siri et tranchai dans le vif du sujet, de la cuisse plus précisément. Malheureusement, ma découpe n’avait pas l’art paternel et, en lieu d’un morceau fin et régulier, j’obtins une pièce biscornue de la taille et de l’épaisseur d’une main. Après quelques hésitations, j’y passai ma langue mais le goût du sang déjà refroidi m’écœura. Je me trouvai donc fort embarrassé, ne sachant trop comment cuisiner la chose car il était impensable que je la dévorasse crue. Cela me chiffonna quelque peu car, jusqu’à présent, toute ingestion de Siri s’était faite sans l’intercession d’aucune cuisson. Je me résolus néanmoins à poêler mon prélèvement, le bruit de l’huile grésillant se répandit ainsi que l’odeur caractéristique de viande saisie. Je mâchonnai longuement chaque bouchée, l’agrémentant tour à tour de gros sel, d’un moulinet de poivre, d’une pluie d’échalote et, ma foi, la chair de Siri ainsi parée était aussi délicate que ses exsudats, mais nettement plus roborative.
Le soir même, je renouvelai mon expérience et descendis à la cave où j’avais remisé au frais ma source carnée afin d’y prélever un modeste écot pour mon souper. Honnêtement, je ne pensais pas que Siri hurlerait autant à la seconde découpe qu’à la première mais, à bien y réfléchir, jamais on ne s’habitue à la douleur ; non plus qu’à la faim.

6 novembre 2010

Cocorico !

1 – Elle

Trois minutes, c’est le temps de cuisson d’un œuf à la coque. C’est aussi ce qu’a duré mon premier rapport sexuel. Je vous fais grâce des quarante deux secondes de préliminaires. Mon mariage avec l’empressé qui m’a déflorée résiste depuis seize ans quatre mois et onze jours. Ce qui m’a laissé tout loisir d’apprendre à accommoder les œufs à diverses sauces.

Aujourd’hui, campée devant le miroir à tenter de répartir équitablement mes rondeurs dans une robe joliment corsetée, je m’interroge.
Aurai-je le courage ? Le courage de m’extirper du ronron abrutissant de mon quotidien. De revivre, de continuer d’avancer, d’aimer encore. De me rendre à ce rendez-vous ce soir. J’ai rencontré un homme, il y a quelques semaines. Il me fait rire, ses mots font refluer mes larmes et je rêve de nouveau.

Mais j’ai peur de ne plus savoir ; tous ces gestes qui font vibrer l’autre, j’ai peur de les avoir oubliés. La raison a beau me souffler qu’une incursion manuelle dans le caleçon de l’intéressé devrait largement suffire à lancer la machine, mon cœur soupire après plus de sensualité romantique. À ses gestes, à ses regards, je le devine tendre et j’en ai tellement besoin, en ce moment surtout. J’imagine mille et une caresses qu’il inventerait pour moi. J’aimerais les lui rendre au centuple. Et pouvoir me lover dans ses bras, à tout instant, sans devoir quémander ni justifier mes élans de tendresse.

J’enfile mon manteau.
En quittant l’appartement, je gribouille sur un post-it, que je colle sur une boîte à œufs : Trouve-toi une autre poule, chapon !


2 – Lui

Pauline a toujours été fleur bleue, du genre à chier en vers et jouir en alexandrins. La dernière fois que je l’ai sautée – c’était avant qu’elle ne se laisse aller complètement et ne se chope un cul de vache – non contente de me susurrer des mots doux elle m’en a réclamé. Je n’y ai plus touché depuis. Pas fou.

Elle m’a plaqué hier pour aller roucouler dans les bras d’un bellâtre qui va lui dire je t’aime en vingt-trois langues avant de lui défoncer la rondelle sur fond d’opéra. Grand bien leur fasse. Moi je vais me taper une pizza chorizo-anchois devant Rambo III, version remasterisée avec le bêtisier en prime. Et comme c’est fête aujourd’hui, je m’accorde un œuf sur ma pizza, pour coller au thème. On en a plein le frigo, le voisin a des poules en pagaille et ne sait plus quoi faire de leur production.

J’en choisis deux gros bien joufflus, avec une coquille dorée piquetée de taches de rousseur. J’en perce un que je gobe illico avant de casser l’autre sur le bord de la table et de le regarder répandre ses viscosités sur mon chorizo fumant. Le blanc, quand on y réfléchit, c’est ni plus ni moins que du placenta ou du liquide amniotique et le jaune, de l’embryon de poulet. J’assiste à un avortement en direct dans mon assiette.
C’est d’autant plus réaliste que papa coq avait dû en mettre un sacré coup à maman poule avant qu’elle ne ponde cet œuf là. Il avait dû s’éclater en lui faisant le coup de la brouette tonkinoise et elle en avait probablement redemandé, la cochonne, parce que mon œuf, là, qui git au milieu des anchois, il a comme une gueule de poussin pas fini.

Soudain, je sens son frère de lait occasionner des remous dans mon estomac. Mais pas question de céder à la sensiblerie. De la pointe de ma fourchette, je titille le fœtus qui surnage sur le fromage fondu. Si le blanc est quasiment inexistant, le jaune quant à lui a encore la part belle. J’en badigeonne consciencieusement ma pizza tout en épargnant l’avorton rosâtre aux yeux globuleux, que je me contente de repousser afin de le placer au centre de ma préparation. Le résultat est original et presque appétissant, pour peu que l’on ait le goût de l’aventure, culinairement parlant.

Je me demande tout à coup si les kilos en trop de Pauline n’auraient pas un quelconque rapport avec une éventuelle grossesse.
En tous cas, le poussin, c’est tendre sous la dent et plutôt goûtu…
.

Interlude

3 novembre 2010

Promenons nous dans les bois... Ou la Mycose vaginaloforestière....

 

Promenons nous dans les bois
pendant qu'la mycose n'y est pas
si la mycose y était
elle nous infecterait
mais comme elle n'y est pas
elle nous infectera pas
Mycose y es-tu ? Entends-tu ? Que fais-tu ?
- Je mets mes spores...
Promenons nous dans les bois
pendant qu'la mycose n'y est pas
Si la mycose y était
  elle nous infecterait
mais comme elle n'y est pas
  elle nous infectera pas
Mycose y es-tu ? Entends-tu ? Que fais-tu ?
- Ah ! Ah ! Ah ! J'arrive...

30 octobre 2010

Question de point de vue. Vision 4.

La petite salope. Cela fait cinq mois qu’elle me tourne autour. Non, six. Six longs mois où je me retiens d’étendre la main, de l’attraper et de la prendre, là, sur le tapis, contre un mur, sur la table, violemment. Sans lui demander son avis. Six mois durant lesquels ma main a fait tout le travail… Sur moi. Au début, quand elle est arrivée, ma femme était grosse, encore, mais cela ne m’a jamais dérangé. Elle non plus, je crois. Et cette petite aguicheuse dans la maison n’a fait que pimenter nos relations.

Oui, je me vidais en ma femme de l’image de cette petite pute. Si j’ai honte ? Non ! Avant, il y a eu la femme de chambre, la bonne, la cuisinière… Alors, pourquoi pas celle-là ? Elle est mignonne, en plus, avec ses petits pieds, sa taille dont je pourrais faire le tour des deux mains, toute fluette. Dommage qu’elle ne porte pas de tenue plus sexy. C’est que j’aurais bien aimé mesurer le galbe de son cul, et la taille de ses pommes. Tout me parait petit, du qui tient dans la main… ça me changerait.

Profiter de ma femme quand ma main ne me satisfaisait plus. Je l’ai fait, souvent. Et je n’ai toujours pas honte, non. Vous la verriez la jeune fille au pair - aux paires oui ! Une paire de mignons petits nibards et de fesses rebondies - Seriez fous ! Oui, tous autant que vous êtes, seriez fous ! Alors imaginez, avoir le menu gastro sous les yeux durant six mois, alors que vous bouffez à la cantine. Ben ouais, vous salivez. Et bien moi aussi !

Le pire c’est qu’elle n’a pas l’air de se rendre compte qu’elle m’allume ainsi. Si elle savait l’effet qu’elle me fait, elle se comporterait différemment. Je la regarde quand elle ne peut pas me voir, je l’observe évoluer dans ce logis qui est le mien. Elle se rapproche de ma femme… Qu’elle ne le fasse pas trop! Elle pourrait prendre peine lorsque la petite démissionnera. Et je ne veux pas faire de peine à ma femme, pas du tout. Jamais ! Elle en a bien trop, déjà.

Il faut que je sois prudent, on va se poser des questions, sinon, autant de démissions dans cette maison. Mais… Si elles étaient consentantes aussi ! Cela m’éviterait bien des désagréments. Enfin… Ce soir, petite, ce soir, je m’occupe de toi. C’est une promesse que je te fais, et ma femme le sait, je tiens toujours mes promesses, toujours.

Il faudrait que je pense à ma femme, dites-vous. Mais j’y pense, justement ! J’ai l’impression que mes assauts journaliers la lassent plus qu’ils ne la satisfont. C’est qu’il ne faut pas oublier qu’elle a accouché il y a peu, alors elle n’a guère envie. Avant qu’ils ne sortent, les deux, l’un mort, l’autre bien vivant, elle avait envie, très. Maintenant, elle me fait l’effet d’une planche de bois qui me rabote la queue tellement elle est sèche.

Il y a un avantage, tout de même. Ma femme n’a peut être pas du qui tient dans la main, mais du qui emplit bien la bouche, et ça, j’adore. Une fois que le môme les a vidés, ils sont à moi. Et puis, des fois, il en reste, dedans. Parce qu’il était repu. A ce moment là, oui, à ce moment là, je me régale ! Et vas y que j’y enfouis ma tête, que je mange, que je dévore. Ça, elle apprécie. Mais faut que j’y aille doucement, ne faudrait pas que je les abîme, faut que je pense au bébé. Tue l’amour.

Et le bébé par ci, et le bébé par là… Et surtout, l’autre. L’autre qui n’a quitté la maternité qu’entre quelques planches et dort maintenant au fond d’un trou. Elle ne parle que de cela. Ses discours sont ponctués de « et si ». Elle a même dit un jour que peut être, si nous avions moins fait l’amour, le bébé serait en vie ! Quelles conneries peuvent sortir de la bouche d’une femme ! Pour ça que je préfère les emplir, les bouches…

Enfin, non. Ma femme n’est pas inintéressante d’habitude, mais en ce moment, toute à sa tristesse.Elle n’a plus envie ? Soit. Je ne vais pas la forcer. Je l’aime trop pour cela, alors ce soir, ce soir je vais céder à une envie.

La mienne.


26 octobre 2010

Quasimodem, grosso modem et la grosse conne exion.

C'est pas un nouvô tablô de moi : ce dessin de l'humoriste Faujour illustre de façon parfaite - quoique tirée de son contexte - ce à quoi vous êtes confronté quand votre connexion internet rend l'âme mystérieusement.
Attention, ceci est un documentaire. Il vous est offert par la chaîne ARF'E sur le thème :
"Ich weiss nicht, was soll es bedeuten,
Dass ich so traurig bin." (Heine)

Moteur.

Un beau jour, vous...
Non, un beau jour, quand même pas.
Un jour, vous sentez que votre vie est sur le point de prendre un tournant décisif : votre modem a perdu quelques leds, et le joli vert signalant la présence d'une connexion clignote mornement, tel l'enseigne d'une pharmacie à deux heures du matin vous enjoignant d'aller crever ailleurs.
Vous prenez tendrement le moribond dans vos bras, vous le débranchez, le rebranchez, deux petits câbles là, et le fil d'alimentation dans le petit croupion :
Rien.
Mozilla vous envoie péter, la réparation de l'adresse IP laisse l'objet de marbre, et le test sur deux autres ordinateurs vous laisse pantelant, anéanti, brisé. Vous devez vous rendre à l'évidence :

Y A PUS D'INTERNET.

Après avoir accablé le foutu engin des sévices d'usage, qui se soldent par une patte de fixation cassée, une gueule de travers, et les leds plus en face des trous, vous vous résignez à envisager le pire : le dialogue de sourds avec votre Fournisseur d'Accès Internet.
Vous empoignez votre portable, hein, vu que la téléphonie fixe est comprise dans le pack défectueux. Puis vous perdez votre belle jeunesse et votre bon argent à appeler au Maroc ou en Roumanie, via un numéro surtaxé, des Techniciens qui ne peuvent vous donner d'autre conseil que d'éteindre puis rallumer votre modem. Comme vous leur signifiez que vous venez de le faire 147 fois dans la journée avant d'arriver à les joindre, forcément, ils sont plutôt marris, et se trouvent pris de court. Si vous leur posez une question qui semble dépasser leurs compétences, ou fleurant bon le sarcasme, comme :
- vous avez Windows ou Linux, là-bas, à Bucarest ?
ils vous mettent en attente pendant vingt minutes afin de vous laisser vous imprégner de la cuistrerie de votre attitude, et coupent brusquement la communication pour que, lors de votre prochaine requête, vous fassiez preuve d'un peu plus d'humilité. Une boîte vocale se déclenche aussitôt, d'ailleurs, pour vous inviter à répondre à une enquête de satisfaction.
Alors je ne sais pas ce qui se passe si vous les traitez de sales cons et que vous leur suggérez avec la dernière fermeté de se carrer leur cyber-fumisterie-de-quiz-de-merde en un endroit que n'éclaire nulle compréhension.
Peut-être qu'ils ne vous aiment plus.
Bref, admettons que vous les ayez eus en (hot) ligne assez longtemps pour déclencher une réaction.

Ici, une petite parenthèse curieuse sur la quantité de techniciens au mètre carré en ces fabuleux locaux : après les mondanités d'usage - "pour un abonnement, tapez 1", "pour consulter votre compte, tapez 2", "pour une connexion pourrie, tapez-vous le cul par terre" - une charmante Technicienne vous répond. Après quelques échanges vains sur la façon de connecter un appareil à l'aide d'un câble (vous êtes si con), elle vous demande de rester en ligne pendant qu'elle va quérir un autre Technicien. L'autre Technicien (qui en est une) vous propose les mêmes manips, mais dans un ordre différent, afin que vous ayez enfin l'impression de faire oeuvre utile, puis, de guerre lasse, convient que vous aurez besoin d'une visite à domicile. Fin de la digression.

Après 15 jours d'attente, on vous dépêche (!!!) un Technicien - encore un - qui change votre prise murale-internet-qui-va-bien en psalmodiant d'étranges incantations, et s'empresse de fuir en laissant une connexion vacillante qui finira par mourir de sa belle mort une heure plus tard.
Et puis un beau jour, alors que, benoîtement, vous n'attendiez plus rien, c'est le miracle ! Le sacré modem se pare de toutes ses illuminations, l'accès au web renaît de ses cendres comme si rien ne s'était passé, et de fait, il n'est rien arrivé, surtout pas une connexion. Difficile, en tous cas, pour les Techniciens roumains et marocains, de deviner ce qui se tramait à Paris. Difficile pour eux de faire quoi que ce soit d'autre que décrocher et raccrocher un téléphone, d'ailleurs, vu que visiblement leur patron se soucie peu d'envoyer des infos à ce qui grenouille de l'autre côté des Carpathes ou de la Méditerranée. Et avec le peu de sous qu'il doit leur donner, on est en droit d'estimer qu'ils en font déjà trop.
Simplement, suppute-t-on, le serveur du FAI était en rade, ou un numéri-câble était coupé, ou Monsieur Fournisseur d'Internouille de vos deux quêtes s'était endormi sur maman au lieu de faire son boulot.
De cette intéressante entité, pas d'info, et surtout pas d'excuses, bien entendu. Peu lui chaut que vous couriez à sa succursale la plus proche pour invectiver les pauvres employés qui n'en peuvent mais. Les petites mains, c'est fait pour essuyer les plâtres.
Et puis vous éclatez d'un long rire douloureux quand vous recevez un courrier de cette sinistre Organisation s'offusquant du fait que vous ne répondez pas à ses appels téléphoniques... la téléphonie - ainsi que nous l'avons vu plus haut - fait partie du forfait internet défaillant, alors, hein, vous ne risquiez pas d'entendre sonner. La flèche du Parthe.

Voilà.
 
Ceci était un documentaire, ainsi que signalé dans l'intro, et il a de grandes chances d'être autobiographique. Rien que d'y penser, ça me file des tas de boutons sur le museau, et ça me rappelle le temps où je n'étais qu'un jeune castor postpubère.

Mes ami(e)s, je suis content de vous retrouver sur cette toile chèrement - ô combien - acquise. Je crois que je mérite ce petit bonheur.

                                                            Y a Castor chez le Q. *

* : Le jeu de mots est offert en prime, passe queue le Castor est de bonne humeur.

22 octobre 2010

Question de point de vue. Vision 3.

Je ne peux m’empêcher de songer à l’autre paire lorsque je regarde la tienne. L’autre paire, celle qui n’est plus. Les billes semblables aux tiennes qui devraient, débordantes d’amour, me fixer comme tu le fais. Ses yeux, à lui. Lui qui aurait dû être, aussi. Et je songe, parfois, je m’en veux de songer cela ! Je songe que c’est à cause de toi ! C’est bien ce qu’ont expliqué les médecins, c’est à cause de ça qu’il n’est plus. Qu’il n’a pas été.

Et je t’en veux. Et je me hais de songer ça. Je me hais. Et je t’aime. Tu n’as rien demandé à personne, on t’accuse, je te le reproche. Je ne devrais pas. Non, je ne devrais pas. Et sans doute mon silence est-il pire que d’ignobles paroles que je pourrais prononcer. Je vois bien que tu lis dans mon regard. Tu y lis toutes ces horreurs que je pourrais conter. Puisses-tu me pardonner, mon fils, d’avoir osé pu penser telles choses.

Puisses-tu aussi ne jamais être tel ton père. Oh, je l’aime ! Ça, oui ! Ou du moins, je l’ai aimé… Longtemps, très longtemps ! Mais depuis quelques temps, quelques mois, certaines choses me gênent. Les employées qui ont démissionné les unes après les autres. Sans même dire au revoir. Oh, j’ai bien vu ses regards envers elles, oui. Je ne suis pas dupe. Et je le soupçonne de les avoir congédiées après les avoir séduites.

Je le connais bien. C’est mon époux, tout de même ! Et puis elle est arrivée, fraiche, réservée, pimpante et si fluette. Venue m’assister pour élever mes jumeaux. Penses-tu, mon unique fils, elle a bien du temps libre pour rêver ! Et elle rêve, ça oui ! Elle rêve de mon mari. Et d’avoir ma place. Mais qu’elle rêve, la petite, qu’elle rêve. Veut-elle mes cornes aussi ? Elles sont longues… Qu’elle ne s’inquiète pas, elle sera licenciée bientôt, très bientôt.

Tu vois mon fils, elle est gentille avec moi, avec toi. Elle a même tenté de t’allaiter, cette gourde. Et elle veut ma place. Et elle ne l’aura pas. Il la prendra, un soir, et le lendemain, elle sera à la porte. Comme les autres. Oui mon fils. Oui. Ainsi est ton père. Comment ? Tu penses qu’il n’en  veut pas ? La jeunesse t’aveugle, chair de ma chair, il la dévore du regard, elle l’obsède, il ne pense qu’à cela. Et elle croit qu’il l’ignore. Il est doué, j’avoue.

Et alors, elle redouble de séduction discrète, persuadée qu’il ne la voit pas. Et lui, lui. Lui vient sur moi, l’imagine, et se vide. Il te pique ta pitance. Au début cela pimentait, j’ai cru que c’était pour moi, ces attentions, il était plus tendre, plus aimant, plus… amant. Et j’ai vite compris. Et je n’ai plus eu envie. Et puis la disparition de ton frère m’a rendue moins envieuse encore. L’amour, il est pour toi. Toi que je hais de la mort de ton double. Et que j’aime pour deux.

Ça y est, il lui a parlé. Mais non, je ne les ai pas surpris. Tu n’as pas vu comme ses yeux brillent à ta nurse ? Ses yeux, qu’elle a fort jolis, d’ailleurs, ainsi que le reste de son anatomie. Je serais homme que je ne serais pas insensible à ses charmes. Je suis femme, et je la contemple avec plaisir. Je serais presque jalouse de cette soirée qu’il va vivre. Je comprends qu’il la désire ainsi. Je la croquerais bien, moi, la petite, centimètre par centimètre, sans en louper une miette.

Quelles inepties je raconte, moi, tu ne trouves pas ? Non ? Ta mère est folle, mon chéri, folle d’avoir perdu la moitié de ta graine, oui. Folle de te reprocher cette perte alors que c’est son intérieur qui n’a pas su le protéger. Tu n’y es pour rien, mon fils. Je suis la seule coupable. Trop attendre pour faire des enfants, ce n’est pas sans risque. Dors, mon tout petit, dors. Ce soir papa ne fera pas de bruit sur maman. On est tranquilles, ce soir.

Papa est en haut

T’auras du lolo


18 octobre 2010

Leçon d'amour fou 2 : deux moitiés font-elles un tout ?

La langue anglaise nomme devotee [ˏdevou’tiː] – et, s’il existe un terme officiel francophone, j’en ignore tout – les personnes éprouvant une attirance, sentimentale et sensuelle, pour les handicapés physiques. Quelques recherches suffisent pour découvrir, avec étonnement je l’avoue, un nombre impressionnant d’individus qui vibrent à la seule idée d’un moignon ou de quelque métal prothétique.
Je ne sais si cet étrange substantif aurait pu m’échoir lorsque je rencontrai Céline et Cécile du temps qu’elles étaient encore en complétude, tératologiquement parlant du moins. L’étude des monstres est une science qui m’est totalement étrangère mais que j’embrassai, littéralement, à bras le corps. Céline et Cécile étaient d’ailleurs dotées d’un corps unique qui, au niveau du tronc, s’élargissait et, dans une curieuse pléthore d’excroissances, offrait trois seins, autant de bras et, deux têtes dont les cous s’agençaient curieusement sur une ligne d’épaule chaotique mais non dénuée de grâce. Hormis l’aspect au premier apport épouvantable de leurs personnes, la promiscuité que j’entretins bientôt avec elles m’alerta sur la difficulté de partager à deux âmes une chair unique ; cette enveloppe malmenée par la nature ne leur avait fourni en outre les organes internes qu’en nombre singulier. Aussi, leurs deux respirations malmenaient leurs poumons tandis que l’œsophage devait se partager deux bols alimentaires distincts.
Cependant, alors que je devenais intime avec elle(s) – car, comme la plupart des gens, j’eus toujours du mal à concevoir leur nature duelle – je pris parti, et même avantage, de leur particularité physique. D’aucuns penseront qu’il faut être soi-même sybarite ou névrosé pour se vautrer dans une telle concupiscence mais, et ce n’était pas leur moindre atout, Céline et Cécile étaient belles, dotées de deux amples chevelures rousses qui se mêlaient lorsqu’elles se couchaient, leur donnant une apparence de folle gorgone bicéphale. Même pourvues d’une unique silhouette, mon principal tracas était de les convaincre toutes deux d’assouvir mon désir car, la nature – ou les hormones – faisant parfois mal les choses, Cécile était nettement plus encline à la gaudriole que sa sœur, toutes siamoises fussent-elles. Mais lorsque j’y parvenais, mon plaisir en était décuplé ; si elles ne possédaient qu’un sexe, celui-ci, auréolé de ses poils flamboyants, m’excitait au plus haut point, de même que leurs trois seins, appendices jamais trop surnuméraires. Et lorsqu’elles s’y accordaient, chose rare mais exquise, elles tournaient leur visage dans la même direction et, au prix de quelques contorsions assez comiques, elles me gratifiaient, de leurs deux bouches, d’une fellation unique tandis que leur bras central, dont je ne sus jamais exactement s’il était mû par le cerveau de l’une ou de l’autre, me malaxait les bourses. Qui n’a connu une telle sensation ne peut certainement pas prétendre connaître la félicité physique, ni de près, ni de loin. Et la proximité de leurs deux têtes permettait également d’autres variantes tout aussi plaisantes mais qu’il serait inconvenant de détailler ici. N’en ai-je déjà pas trop dit ?
Mais, conséquence de l’avanie du destin ou de leur morphologie tératologique, la santé des sœurs se dégrada soudain. L’ombre de la mort ternit la teinte rubigineuse de leur pilosité et c’était pitié que de les voir sangloter de concert et se lamenter sur leur infortune – d’autant plus que l’une comme l’autre avaient perdu le goût de nos expériences fornicatrices. Enfin, la science se pencha sur elles et le couperet, au sens propre du terme, tomba : il leur faudrait être séparées. De cet acte seul dépendait leur survie, tout au moins la survie d’une d’entre elles puisque leur corps unique n’offrait rien de plus. Comment deux sœurs qui cohabitaient dans une seule chair eussent-elles pu faire un tel choix ? Aucune n’aurait pu décider que l’autre mourût. De mon côté, je préférais que tombât la tête de Céline, laissant ainsi à Cécile toute latitude d’exprimer sa sexualité débridée.
Évidemment, ni Céline ni Cécile n’acceptèrent que cette scission fût opérée et leur santé périclita rapidement. Au final, elles faiblirent et, alors qu’elles étaient déjà hospitalisées, leur cœur lâcha. C’était sans compter sur l’acharnement de la science qui, à coups d’électrochocs relança la machine cardiaque et, armée de bistouris, entreprit la séparation. Au réveil, Céline se retrouva dépariée et, sous l’effet du traumatisme, sombra dans un noir abattement dont je ne parvenais pas à la faire émerger. De mon côté, j’estimai que le bras central qui était devenu droit présentait une courbure étrange et, en mon for intérieur, je regrettai que la science ne se soit pas entremêlée de sensualité pour conserver les trois seins, malheureusement revenus à une paire classique.
Cependant, les médecins, pour qui le cas des siamois n’était qu’une donnée expérimentale supplémentaire, avaient conservé les reliquats de Cécile. J’avais déjà rapatrié Céline à mon domicile sous la condition d’accepter la visite quotidienne d’hommes en blanc qui examinaient son pauvre corps martyrisé avec de doctes hochements. Bientôt, je m’introduisis nuitamment dans le laboratoire de recherche en tératologie et dérobai le large bocal où flottait, dans une mer de formol, le visage, le bras, le sein et une partie du buste de Cécile. Je rapportai mon trophée à Céline et déposai mon fardeau auprès du lit. Dans le liquide, les cheveux de Cécile ondoyaient avec grâce, comme soulevés par le vent, lui donnant une illusion de vie. Retrouvant, même en leurre, sa complétude, Céline esquissa un sourire et me remercia d’un baiser fougueux et d’une masturbation non moins vigoureuse – ce n’était qu’un début, mais après ces semaines d’abstinence, cela combla mes sens ; pour un temps.
Pourtant, je ne pouvais m’empêcher d’éprouver des regrets en songeant à la parfaite imperfection de Céline/Cécile, telle(s) que la nature l(es) avai(en)t créée(s). Et, en souvenir de notre ancienne osmose, Céline et moi enfilions des gants fins et, plongeant nos mains dans le formol, nous caressions les cheveux de Cécile, effleurions ses joues. Parfois, alors que je besognais Céline, mon doigt ainsi ganté entrouvrait les lèvres noyées de Cécile et, par une thaumaturgie que seule autorise l’ivresse sexuelle, je nous voyais enfin réunifiés et je jouissais pour elles deux.

9 octobre 2010

Question de point de vue. Vision 2.

J’ai souri, j’ai ri, même ! J’aurais pas dû. Elle était pas contente, encore. J’aime pas quand elle est pas contente, ça lui rend les yeux tristes, comme maman. Enfin, pas autant triste. Maman c’est du triste de c’est comme ça qu’on peut rien y faire, elle c’est du triste de la jalouse. Faut pas qu’elle est jalouse, je l’aime bien moi la fille à la jeune paire.

Elle est bizarre, des fois elle est sourire, elle rit, elle me fait des papouilles, mais si je ris à d’autres, elle est pas d’accord, elle me remet dans la poussette, et on rentre le bébé est fatigué. Je suis pas fatigué, moi ! Elle regarde maman bizarre aussi, pas comme elle me regarde moi, non, comme… Je sais pas. Comme si elle voulait être elle.

Elle a voulu me faire manger comme maman, quand j’étais plus petit. Mais c’était pas comme maman. Déjà, ça sentait pas le manger. En plus… Ben y avait pas du manger ! J’ai mordu et j’ai pleuré. Alors elle m’a emmené voir maman. Elle était pas contente, mais moi, si, et j’ai mangé maman. Rien de meilleur. J’aime manger maman.

Des fois, c’est papa qui mange quand j’ai fini, je les vois depuis mon lit. Papa il fait des bruits de sa bouche, il bouge et maman elle fait rien. Elle a peur. Je sais ça. Elle a pas peur de papa, non, elle a peur que son ventre il a un autre comme moi dedans. Je sais pas comment je sais ça, je sais pas du tout. Mais je sais tout.

Maman, quand elle me donne à manger, elle me regarde dedans les yeux. Mais dans ses yeux à elle, en plus de tout l’amour de le monde, je vois des larmes. Comme que si elle était triste. Moi je sais pourquoi qu’elle est triste. C’est comme moi avec mon creux tout en dedans. J’ai l’impression que jamais il sera plein… Et j’ai mal à la tête, souvent, c’est la migraine, on dit.

C’est toi qui me manques. Là bas, on était deux. Bien serrés dans l’eau, c’était bien. Il faisait chaud et puis ça remuait. Un jour, c’était moins drôle, ça s’est mis à se serrer de partout, toi tu t’es retrouvé tout coincé, avec le tuyau autour de la gorge. J’ai vu dans tes yeux que ça ne t’amusait plus, mais je ne pouvais rien faire ! Moi, on m’entrainait vers le bas, par les pieds, et le tuyau se tendait, serrait plus parce qu’il était aussi autour de moi. Et je te regardais.

Je suis sorti le premier. Et on m’a mis dans une boite. Et puis j’ai entendu crier, pleurer, crier… Des bruits qui m’ont fait peur, j’ai pleuré. On m’a emmené, la jeune fille, elle m’a pris plus loin, papa et maman étaient occupés, ils pleuraient. Maman elle te serrait contre elle, elle avait demandé, elle te serrait en disant que non non non c’était pas possible. Et moi je voulais ses bras.

Après, je t’ai jamais revu. Jamais. Je me rappelle tes yeux qui me regardaient tandis que je sortais de maman. Et je pleure. Et maman me prend dans ses bras. Et papa grogne. Et moi, je me tais, comme ça il grogne pas contre ce bébé qui sait pas se taire. Et pas contre maman non plus. Maman, faut pas avoir peur, t’auras pas un autre bébé, et si t’en as un, il sortira vivant.

Mais maman… Si t’en as un autre, hein, tu m’aimeras encore, hein ? Je voulais pas le tuer en sortant, moi, je voulais pas. J’ai pas fait d’exprès. Moi aussi je l’aimais, je l’aime encore. Souvent, j’ai l’impression que je l’ai encore dans le dedans de moi et ça me fait mal à la tête. C’est la migraine, ça, maman.

La mi-graine.


3 octobre 2010

Pour continuer avec les cinq sens


Voilà un dessin que j'avais décidé de publier à une heure de grande écoute, mais les critiques acerbes, inspirées, et il faut bien le dire, justifiées, m'ont dissuadé, et il est passé à l'écoutille.
J'étais parti dans le trip à l'écoute de la nature, et toute cette connotation auriculaire.

Genre, les critiques :

- Buêêêrk, mais c'est dèèèg !
- J'espère qu'il n'a pas besoin de sonotone, en plus.
- Le paysage suffisait pas, ducon ? Il a fallu que tu le niques avec des horreurs !
- Au moins, y a pas de poils dans les oreilles...
- Etc.

Je le ressors donc, en tant que péché de jeunesse, et puis je brûle d'envie d'attirer une nouvelle salve de commentaires idiots, délirants et irrévérencieux.

C'est plus marrant que de suer sur une toile.

Ce tableau, je l'ai finement baptisé "Louis". (C'est le mec à l'arrière plan).

                                                                                   Castor Loreï

27 septembre 2010

Question de point de vue. Vision 1.

Il est beau. Très. Les autres le trouvent mignon, veulent le caresser, tendent leurs mains avides vers lui. Je refuse. Je les repousse, jalousement. Il est à moi, rien qu’à moi, il n’y a qu’à moi qu’il s’agrippe ainsi, hors de question qu’il leur prodigue ces gestes qu’il me réserve ! Je ne le souffrirais pas.

Déjà qu’il leur sourit. Je fonds. Je brûle. Comment ose-t-il en regarder d’autres que moi ? Je suis toujours là pour lui, je m’occupe de ses vêtements, de sa nourriture, parfois. De son bain,  même ! Je lui prodigue des caresses, le console… Ah, ça ! Quand ça ne va pas, il sait me trouver ! Tout pour son bien être, tout.

Pourtant, ce sont ses seins à elle qu’il préfère, ce sont eux qu’il mord, qu’il malaxe, saisit à pleines mains. Ce sont eux dont sa bouche s’occupe, vorace. Ce sont eux qu’il prend entre ses lèvres, et il n’est pas le seul ! Moi je lui ai proposé les miens, mais non, môssieur fait la fine bouche. Ils restent ses préférés, alors qu’il les partage avec un autre. Et n’accorde pas un regard aux miens. L’autre non plus d’ailleurs. Messieurs font la fine bouche.

Je hais cette paire de nibards qui font le double de ceux que je porte, je la hais plus que tout, et celle qui les possède avec. Son sourire si doux, leurs regards intenses tandis qu’il lui dévore les mamelons. Elle a l’air de prendre son pied en plus ! Et sans pudeur, devant moi, devant n’importe qui, en fait. Et moi. Moi qui les observe. Je peux goûter ? Moi aussi je veux les titiller, les caresser, les porter à ma bouche et la regarder dans les yeux, cette madame j’ai tout ce qu’il faut où il faut. Je la hais, cette femme, je la hais. Mais je la veux.

Je veux… Je veux la goûter, l’embrasser, la caresser… Et l’évincer, surtout. Je la veux pour mieux la connaitre, pour mieux prendre sa place. Elle est si belle… Si belle. Des formes pleines, si pleines, si rondes… Et ils l’aiment tant. Ils n’ont d’yeux que pour elle. Mais ce sont ses seins qui le nourrissent, son cul qu’il emplit. Il est mignon le mien pourtant ! Jalouse ? Moi ? Mais oui ! Très, trop, je n’en peux plus…

Il faut que je me calme. « Cachez ce sein que je ne saurais voir, madame, rangez le, rangez les. Sous clef ! » Voilà ce que je voudrais lui hurler… Qu’il ne me vienne pas une irrépressible envie d’y poser ma bouche, de comprendre, enfin, ce qu’ils leur trouvent de plus qu’aux miens, leur taille mise à part. Son fils, je me doute, je ne dégouline pas de lait en tachant mes chemisiers, moi… Mais lui ! Lui… Comment peut-il la préférer à moi ? Je veux qu’ils me voient comme ils la voient. Et qu’ils me touchent de même, mieux encore.

Je voudrais être elle, et ne suis que son employée. Jeune fille au pair. A-t-on idée ? Je voulais voir du pays, changer d’air, quand je suis arrivée devant leur demeure, j’ai été séduite de suite. Et quand j’ai vu son époux… Conquise. Madame était encore enceinte à cette époque. Pour moi, c’était tout gagné. J’en étais sûre, avant quelques jours il devait se trouver dans mon lit. Pensez-vous ! Pas un regard pour moi, je n’étais que la personne qui devait aider pour les enfants.

D’enfant, il n’y en eut qu’un. Elle est revenue de la maternité avec un seul couffin, a remisé tout ces doubles, inutiles désormais. Là encore, j’ai eu espoir de le voir s’intéresser à moi, mais non, il ne songeait qu’à elle. Sa tristesse, son bien être. Je me suis dit alors qu’il me fallait être son amie, qu’ainsi seulement il me remarquerait. Et c’est qu’on s’entend bien, madame, non ?

Aujourd’hui, il a daigné m’adresser la parole ! C’est le plus beau jour de ma vie, madame ! Je vous adore d’avoir tel mari ! Il m’a demandé si ce soir, je pouvais venir le voir dans son bureau. Il veut, m’a-t-il dit, m’entretenir de quelque chose à votre sujet. Je me ferai attentive, madame. Je vous veux, je veux votre vie. Je le veux, lui.

Je le veux, et je l’aurai !

21 septembre 2010

Leçon d'amour fou 1 : tout n'est-il que littérature ?

Je ne sais pas vraiment ce qui me prit, mais soudain, j’eus envie de l’attacher (et pourtant, étant un indécrottable intellectuel, je réalisai qu’il s’agissait d’un fantasme convenu, voire banal). Preuve que je n’avais rien prémédité, je me retrouvai dépourvu ; de menottes point, non plus qu’un bas de soie, nulle corde à disposition. Je tentai de lier son poignet avec une de mes chaussettes, mais la longueur n’était pas suffisante et, au lieu du sursaut érotique attendu, nous nous payâmes une franche rigolade. Finalement, en fourrageant à droite et à gauche, mes pas me conduisirent dans la cuisine où je pris un torchon que je pliai en deux – soyons précis ! – et découpai avec soin. En superposant ces morceaux et répétant cette opération une nouvelle fois, j’eus à disposition quatre bandes de coton plates et de la dimension désirée.
Je le liai tant bien que mal mais avec application ; il bandait comme un cerf – du moins à ce que j’en ai entendu dire car, personnellement, je n’ai jamais vu l’animal en rut. Incidemment, je lui redemandai son prénom (ou demandai tout simplement ; avais-je eu la présence d’esprit de le faire auparavant ? Les rencontres éphémères le sont parfois tant que l’on oublie l’essentiel.)
Octave, me répondit-il. Évidemment, avec un tel nom, j’aurais pu réagir en mélomane et jouer sur son corps toutes les harmoniques à ma disposition ; mais c’eut été d’un kitsch ! Et puis je ne suis pas porté sur la musique mais la littérature. Je songeai à Octave Mirbeau et son fascinant Jardin des supplices. J’en gardais un souvenir assez flou sauf pour deux scènes : dans l’une, on place un rat dans une cage contre l’anus du supplicié et l’on excite avec un tison la bête qui, pour s’échapper, n’a d’autre issue que de creuser à coups de dents et de griffes dans la chair humaine ; dans la seconde, le bourreau, tel un artiste, découpe et tresse à vif des lambeaux de peau. Je n’avais pas de rat sous la main – qui, d’ailleurs, en aurait eu en pareille circonstance ? – mais j’avais, en plus de mes ciseaux, quelques cutters. Par la suite, j’améliorai ma technicité avec des objets aussi simples que des épingles de sûreté (non pas pour les y laisser – on n’est pas des punks, tout de même !) avec lesquelles je pouvais décoller l’épiderme et maintenir la peau le temps de confectionner d’autres lanières.
Bien que je m’appliquasse consciencieusement à la découpe puis au tressage, je fus affreusement déçu par le résultat ; la scène décrite par Mirbeau est pourtant parfaite et l’effet escompté atteint. J’avais fait mon premier essai sur le ventre, mais l’Octave lié était agité de nombreux soubresauts et c’est sans doute à ceux-ci que je devais mon échec. Je remis mon ouvrage sur le métier de sa poitrine en débutant mon cisaillement par son aréole droite. Hélas, le succès ne fut pas non plus au rendez-vous et les poils avaient de surcroît rendu la tache malaisée. Il faut dire, à ma décharge, que les hurlements d’Octave empêchaient toute concentration. Malgré cela, je me demandai dans quelle mesure l’Octave scripturaire ne m’avait pas induit en erreur en taisant les difficultés techniques que représentait la tresse de chair. Je me promis de lire dorénavant toutes choses avec davantage de circonspection, fussent-elles de la main d’un écrivain aussi talentueux que celui-ci.
Il était tard, les gémissements de mon Octave d’un soir, à moins que ce ne fût ma déconvenue esthétique, m’avait occasionné une migraine aiguë. Aussi, j’abandonnai l’homme sur mon lit, contraint que j’étais de dormir sur le canapé. Je lui jetai un dernier coup d’œil, lui me scrutait de son regard fou où je perçus une certaine inquiétude, infondée d’ailleurs, puisque j’escomptais bien le rejoindre le lendemain afin que nous parachevassions ensemble l’œuvre de M. Mirbeau. Mon Octave commença à sangloter ; je fermais incontinent la porte – voir un homme pleurer m’anéantit – non sans avoir remarqué que son sexe, jadis si vaillant, s’était réduit à sa plus simple expression. Savoir partager un plaisir était décidément chose délicate. Et que dire de la souffrance de l’acte, fut-il ou non créatif ?
Sans doute à cause de l’agitation de mon jouet de chair, du sang s’était répandu sur les draps et je songeai alors, non sans amertume, à l’énergie qu’il me faudrait dépenser pour en retrouver toute la blancheur.

16 septembre 2010

Une idée fixe

Ç’avait été son tour, choisie parmi les autres. Régulièrement, c’était la même mascarade. Une femme était choisie dans la populace, vierge ou pas, il s’en foutait, le Roy. Tout ce qu’il voulait, c’était un héritier. Mâle, bien entendu.

Nulle n’avait su lui donner un fils. Aucune de celles que ses gardes lui avaient choisies. Aucune. Nul couillu pour porter la couronne. Le système était simple. Il prenait femme, il prenait femmes, même, chaque jour ou presque, une nouvelle venue s’installait au château et il l’honorait de sa royale semence. C’est qu’il avait de l’honneur à revendre ! Royal, l’honneur ! S’il vous plait.

Une fois engrossées, elles étaient parquées au palais. La consigne était simple, la première à lui donner un fils serait épousée. Reyne ! Bien sûr, on ne leur demandait pas vraiment leur avis, et puis c’était tellement d’honneur ! Finir Reyne, qui n’en aurait pas rêvé ?

Il lui fallait un héritier, rapidement, c’est qu’il commençait à se faire vieux. Avant toute cette opération, il avait bien tenté, perdu du temps à se marier. Plusieurs fois. Ses épouses ne lui avaient données que des filles, lesquelles, quelques années plus tard, ne s’étaient retrouvées capable que de mettre au monde des fendues !

Ses propres filles l’avaient trahi ! La chair de sa chair ! Décidemment, il ne pouvait faire confiance à personne. C’est pourquoi il les répudia toutes, mères et filles, sans distinction et fit mettre en place une nouvelle loy - il pouvait, il était le Roy ! - qui disait que la première des femmes qui lui donnerait un fils, serait par lui épousée et donc, Reyne.

Les premiers mois, le palais ne désemplit pas, et  il s’en donna à cœur joie ! Il se paya même le luxe de choisir. Les premières furent toutes vierges, au moins la première nuit ! Quel plaisir il prit à les déniaiser ! Plaisir bien vite oublié dans la monotonie du geste. C’est qu’une vierge, ou une tout juste dépucelée, l’expérience, ça n’en a pas. Passées les premières taches de sang, leurs grimaces n’avaient plus rien d’émouvant.

Il se lassa. De la centaine de pures épurées sur lesquelles il s’était acharné jusqu’à ce qu’enfin, semence prenne - mise à part une qui était stérile - toutes devinrent grosses. Dès que les médecins le lui confirmèrent, il les laissa tranquille. Elles n’avaient plus aucun attrait à ses yeux. Si ce n’étaient leurs ventres.

Et les premiers enfants naquirent. A la fin de l’année, toutes les anciennes vierges avaient accouché. De filles. Cela faisait déjà vingt ans qu’il s’essayait à cela. Plus une vierge n’était à marier. Toutes étaient passées par le château.

Il n’était pas méchant, il voulait un fils. Rien de plus. Il savait bien qu’un jour, il en aurait un. Il était allé voir un vieux devin. Et le dinosaure avait été formel. Il aurait un fils. Un jour. Mais il devrait prendre garde. Le protéger, s’il ne voulait pas qu’il parte trop tôt pour pouvoir prendre la couronne.

Il se décida à chercher parmi les femmes mariées. Les époux n’avaient rien à dire. Les rares qui avaient osé protester s’étaient retrouvés, un matin, la gorge tranchée.

Par chance, il trouva au milieu de ces femmes, des amantes. Les étreintes furent parfois appréciables. On lui apprit même de nouvelles positions ! Ah, comme il les chérit ces femmes là ! Il fut modèle de gentillesse, revenant même les trouver pour le plaisir, alors qu’elles étaient grosses !

Puis elles accouchèrent.

De filles.

Toutes.

Il tenta l’eau d’une source dite miraculeuse, elles en burent de la Quézac, ses amantes !

Rien n’y fit.

Il désespérait. L’homme ne sortait plus de chez lui. L’on s’inquiétait de la tenue du Royaume. À trop se projeter sur ce qu’il en adviendrait après sa mort, il en oubliait de s’en occuper de son vivant. Des vilains se révoltaient, ses ministres, heureusement beaucoup moins obnubilés par sa descendance  que leur Roy, arrivèrent à maintenir un semblant d’ordre.

Bûchers et potences pullulèrent.

Chaque jour on lui amenait une femme, il la chevauchait, distribuant sa royale semence sans même goûter la chair. Sans plaisir. Aucun. On ne venait même plus lui annoncer la naissance de ses filles, on puisait dans les caisses la bourse à donner aux mères, puis elles retrouvaient leurs maris respectifs.

D’année en année, on lui ramena ses filles, ses petites filles pour certaines, devenues femmes… Elles subirent l’étreinte de cet être ridé, gentil, toujours, mais qui faisait cela mécaniquement. Marmonnant une diarrhée verbale, parlant d’une prophétie durant l’acte. Las, on ne savait pas encore conserver la semence, sinon on leur aurait bien épargné cela.

C’est que le Roy, osait on parfois murmurer lorsqu’on ne nous entendait point, le Roy tournait dément !

C’est à ce moment qu’elle fut choisie. On l’était allée chercher loin, là où sa grand-mère s’était réfugiée, jeune veuve tout juste accouchée. A l’époque, cette jeune femme tout juste épousée avait été emmenée, son époux s’était opposé. A peine mariée, elle fut veuve. Emmenée au Roy, ensemencée, accoucha d’une fille, sa mère, donc, vous suivez ? et renvoyée chez elle.

Sa mère n’avait jamais cherché époux, elle avait été emmenée pour la tentation des vierges. Etait elle aussi revenue avec une fille, elle.

Elle, elle avait toujours vécu là. Avait rencontré un mari aimant, follement même. Et lui avait donné huit fils. En neuf ans de vie commune. Elle allait accoucher du neuvième lorsque les gardes se présentèrent à sa porte. Son mari montra de l’impatience, d’un geste elle le calma. D’un autre elle rassura les gardes, elle viendrait au château sitôt que son corps pourrait accueillir le foutre du Roy.

Elle restait étonnamment calme. Son neuvième enfant naquit, un fils. Elle sourit à son époux, resta encore quelques semaines auprès de ses enfants, abandonnant là son dernier né qui serait nourri au sein de la voisine nouvellement accouchée d’une énième fille du Roy. Son corps s’était remis, elle pouvait prendre la route.

En partant, elle promit à son mari qu’elle ne serait pas Reyne.

Elle s’efforça de ne pas montrer son dégoût par la chevauchée de celui qui était son père et son grand père. Elle fit le poirier après l’étreinte, laissant la royale semence la pénétrer toute, au fin fond de ses entrailles. N’eut finalement à subir ses assauts que deux fois avant que le jus vaillant ne prenne racine. Elle attendait un enfant. Un garçon, elle n’en doutait pas. Elle ne voulait pas être Reyne.

Les mois passèrent, son ventre s’arrondit. Elle vécut ces moments comme de longues vacances. Profitant de chaque instant. Elle apprit à lire, écrire même. En profita pour écrire à son époux. Elle réitéra sa promesse. Elle ne serait pas Reyne.

Elle approchait du terme. Comme à chaque fois, elle attendait et redoutait ce moment. Quoique celui là sonnait… Différemment. Elle connaissait son corps, à chacune de ses délivrances, elle était seule, ne souffrant aucune présence alors qu’elle était si vulnérable. Elle se prépara, allant chercher une bouteille d’alcool fort, une lame fine et tranchante, quelques linges…

Elle se mit à la fenêtre, observant les constellations, la nuit était claire, nulle lumière n’était nécessaire pour ce qu’elle allait vivre. Les étoiles brillaient d’une lueur farouche, elle leur sourit tandis que son corps se cambrait. Elle mordit un morceau de cuir pour ne pas crier. Si l’on venait trop tôt…

Elle accoucha, en silence, sereine, ou presque. Ses gestes étaient précis, sûrs. Les jambes encore tremblante, elle lia le cordon, le trancha. Elle contempla l’enfant un instant. Il était malformé. Enfin, un enfant sain n’aurait rien changé à ses desseins. Elle posa un bâillon sur la bouche du nouveau né, lia ses bourses à leur base et les trancha. Elle porta ces bourses minuscules et les mit dans la bouteille.

Un bel ornement.

L’enfant n’aurait pas pleuré, quand bien même elle ne lui aurait pas mis le bâillon, il n’aurait pas crié non plus. Il était né débile, en sus d’être malformé. Le fils, petit fils et arrière petit fils du même homme ne pouvait naitre qu’ainsi.

Quand le Roy entra, - elle l’avait fait mander après s’être occupée de sa complète délivrance - elle lui confia le paquet bossu qu’était son fils. En lui souriant, elle lui dit qu’il avait l’air de tant tenir à l’éventuelle paire de burnes de son descendant, qu’elle voulait être sûre qu’il ne lui arrive rien.

Il commençait seulement à croire en ce fils premier né, à se dire que plus jamais il n’aurait à caresser de femme, pas qu’il préférait les hommes, non, mais, qu’enfin, il aurait du repos. Il lui sourit, un sourire plein de bonté, enfin libre, li…

Ses yeux accrochèrent la bouteille contenant le précieux trésor de l’enfant. Il comprit ce qu’elle venait de faire. Démaillotant l’enfant, n’osant y croire malgré la vérité toute crue qu’il avait sous les yeux, il aperçut l’emplacement vide. De rage, il fracassa le nouveau né contre le mur. Quel père ! Ce fils qu’il attendait tant !

Il voulut ordonner la mort de l’impie mais un de ses ministres vint lui murmurer une idée à l’oreille. Il pouvait encore réessayer. L’idée ne le séduisait certes pas de s’accoupler encore avec cette castratrice, mais cette femme était la seule qui avait su lui donner un mâle héritier. Dans un ironique rictus, elle lui demanda comment elle devrait l’appeler. Chéri, Papa ou Papy ?

Dans ses bras flasques coulait un sang bleu. Il la gifla, elle lui sourit plus encore. Il la fit enfermer, les autres femmes furent renvoyées à leurs logis, s’il y eut des fils dans cette fournée, on n’en sut rien. Elle ne fut pas épousée. On attendait qu’elle lui donne un autre fils.

Il la venait voir chaque jour, plusieurs fois par jour, même. Elle se laissait faire, molle entre ses bras, le laissant la besogner sans marquer la moindre émotion. Ni envie, ni dégout. Il ne se lassait pas. Cette indifférence l’émoustillait, et surtout, elle était la seule capable de transformer sa semence en un couillu !

Il eut fallu pour cela qu’elle fut à nouveau grosse. C’est que, le jour de l’accouchement, elle avait usé de son couteau. Sur elle. Certaines se débarrassaient de leur idée fixe avec un baquet d’eau chaude, elle, elle faisait en sorte de n’y pas penser. Du tout. Elle finit par le lui dire. Goguenarde, moqueuse.

Le vieillard ne survécut pas à la nouvelle.

Elle fut accusée de l’avoir assassiné. Ce qui était le cas, sans doute, un petit peu. C’est qu’il avait le cœur fragile, le Roy, malgré l’exercice qu’il faisait chaque jour… A se vider ainsi autant, il avait perdu de la substance. Amaigri, la vision qu’il gardait des burnes dans la bouteille lui torturait l’esprit, l’empêchant de se sustenter. Alors, quand elle lui apprit qu’il ensemençait un champ mort…

Les ministres décidèrent qu’elle était coupable. Ils la firent brûler vive. Une femme qui avait tranché les bourses de l’héritier du Royaume ne pouvait être qu’une sorcière !

Le peuple la célébra telle une sainte. Libéré enfin du satyre voleur de vierges. Elle eut sa statue, sa fête. On l’aima plus qu’on n’avait jamais aimé le souverain, père de bien des filles du Royaume.

Son mari la pleura un moment. N’épousa pas la voisine nourrice. La bouscula de temps à autres dans le foin, té, on est un homme, hein. Faut bien se réconforter, pis les mains, sont faites pour être actives. Mais ne l’épousa pas, les enfants allaient et venaient d’une maison à l’autre. D’un côté, elle aussi c’était la fille du Roy… Elle ressemblait fort à sa femme, il avait confondu... Souvent, après la chevauchée, un peu piteux, juste un peu, le temps de se renfroquer, il songeait à celle qu’il aimait par delà la mort, celle qui avait tenu sa promesse.


Oh, bien sûr, elle aurait pu ne pas faire cette promesse, accoucher d’un fils, rendre le Roy heureux, être épousée, devenir Reyne. Et puis, elle aurait pu, aussi, faire remplacer le fils débile par l’un des siens, faire venir vivre son mari auprès d’elle, comme homme de main. Faire assassiner le cocu, ou attendre qu’il crève de lui-même, ce qui n’aurait guère pris de temps.


Elle aurait pu.

Mais elle avait promis.

Foutue promesse.