Une tentative de blog à plusieurs mains. Pour réunir des trucs qu’on ne voudrait pas montrer à nos grand-mères mais qu’on prend plaisir à faire quand même.
Vous savez, ces trucs au fond d’une cave ou sous une couette, ces trucs qui nécessitent un sécateur, des allumettes ou de la vaseline, ces trucs chauds et humides, toujours meilleurs à plusieurs qu’en solitaire : se moucher dans ses doigts, dire des gros mots, jouer à touche pipi, disséquer le chat du voisin…et rire, évidemment.

31 octobre 2013

Souvenance en péril (par Yunette)

D’abord, d’abord le talon, faire rouler la plante, terminer par les orteils, enchainer de même avec l’autre pied, tout doucement. Tenter de ne pas calculer, de ne pas se demander à quelle étape il faut lancer l’autre jambe, agir trop tôt ou trop tard et s’écrouler. Essuyer les larmes de rage qui pointent le bout de leur suffisance, prêtes à te ridiculiser un peu plus. Comme si le fait que ton gamin ait appris à marcher avant toi ne suffisait pas. Le regarder, ce bout d’homme, chercher dans ses yeux rieurs, sa main fraiche et son sourire, un signe d’appartenance, de reconnaissance. Ne rien voir. Ne rien savoir.
Le haïr, lui, celui qui est son père, le haïr un peu, beaucoup, passionnément, à la folie. Pas du tout. L’aimer ? Nenni. Chercher au fond de tes entrailles un bout de sentiment. Un rêve, un souvenir, une résurgence amoureuse, amicale, un zeste de ressenti. Néant.

« Ton fils. » Il parait, il te l’a dit. Tu n’as rien répondu, à peine esquissé un signe de tête hésitant. Accusant le coup, digestion aigre d’informations trop riches. Il a ajouté quelques données à l’équation : des photos de mariage, de vacances à Venise, à Tahiti, d’évènements divers… autant de souvenirs, de mois inexistants, d’années volées, envolées.
« C’est assez pour aujourd’hui. » D’accord. Tu ne réponds rien. À quoi bon ? Ses mains se posent sous tes aisselles et te hissent dans ton fauteuil, ce complice de tes déplacements, cette nouvelle partie de ton être que tu répugnes à adopter. Comme cet homme. Comme cet enfant. Tes mains sondent ton ventre, interrogatives, palpant comme elles l’ont déjà fait des centaines de fois ce signe estompé d’une naissance digne de César.

Calculs faits, refaits, encore et toujours les mêmes résultats. Vingt mois. Vingt mois sans marcher, sans conscience. L’enfant a une douzaine de lunes, neuf de plus dans ton giron… Endormie avant même d’avoir connaissance de son existence. Et puis, au final, le fait de ne pas l’avoir su, tu t’en fous un poil, tu n’as le souvenir de rien. Le vide total, l’inexistence. Pas de passé. Les seules traces de ton passage sur Terre se lisent sur des photos, des anecdotes. Tu n’as que lui. Qu’eux. Il t’a tout expliqué. Tu étais orpheline, ta vie, ça a toujours été lui. Tu as toujours été sa vie.
Il est touchant, ce mâle qui se dit tien. Pas très beau, mais attachant, tendre, sensible, à l’écoute du moindre de tes besoins, de la moindre de tes envies. Tu devrais sourire. Si ce n’est à lui, à son petit. Ton petit. C’est lui qui l’a dit. Pourquoi douter ?

Coquille vide dénuée de cœur, sans chaleur ni douleur. Rien. Âmes sœurs ? Autant demander si ton cul est du poulet, la réponse serait la même. Tu as beau creuser, piocher dans ton crâne stérile, rien ne vient, rien ne revient et rien n’apparaît. Triste réalité de l’absence de sentiment quand le souvenir n’existe plus. Nulle résurgence sensationnelle, nulle souvenance fulgurante, nada. Ce serait trop beau.

Un pas après l’autre, tu ne réfléchis plus. Plus d’escarre, des muscles plus forts. Un pas après l’autre, vous vous rencontrez au milieu du trajet, sa menotte caressant ton visage alors que tu t’accroupis près de lui en chancelant un peu, mais capable de le faire. L’enfant emplit tes journées, l’homme travaille, tant mieux. L’enfant te sourit, babille, il t’a mieux adoptée que tu ne l’as fait pour lui, mais tu l’acceptes déjà. Il existe, il est. Il te crée de futurs souvenirs et parfois le miracle se fait : il t’arrache un sourire. Comment, toi si laide désormais, as-tu pu faire un enfant si beau ? Tu oublies que les cicatrices ne se transmettent pas génétiquement.
Vie sans miroirs. Par égard pour toi, il les a voilés. Plus tard, vous sortirez. Quand tu seras prête, quand tu auras le courage. Le père est patient. Il comprend ta répugnance, n’insiste pas. Tu t’endors le soir d’un sommeil sans rêve avant qu’il ne se couche et te réveilles alors qu’il est déjà levé. Pour peu qu’il dorme à tes côtés. Tu passes des heures devant les albums de photographies – où ton visage est passé au marqueur afin que tu n’aies pas trop de peine, le jour où tu te verras, où tu oseras –  les caressant parfois du bout des doigts, espérant quelque chose qui ne vient pas, qui ne viendra jamais. Never.

Il t’a tout raconté. Tu ne travaillais pas, toute consacrée à ton art de femme au foyer dévouée. Il te conte vos ébats, tes plaisirs, tes exigences, les siennes. Vous vous complétiez à la perfection. « Tu es sûre que tu ne veux pas essayer ? Peut-être que… Non ? D’accord. » Il n’insiste pas, tu l’as déjà remarqué. Résigné. Il te dit tout, sans fard, avec quelques étincelles dans les yeux à l’évocation des plus beaux souvenirs.
Souvenirs étrangers. Il a bien tenté de te prendre dans ses bras, il dépose un baiser sur ton front chaque soir, chaque matin également, mais jamais n’a eu un geste déplacé. Un gentleman. Tu devrais l’aimer pour ça, rien que pour ça, ce serait de bonne guerre.
Difficile d’aimer quelqu’un quand on ne sait pas qui on est. Quand on ne s’aime pas soi-même. Quand on est malade, chaque jour un peu plus, à contempler la cuvette des toilettes. Il t’a dit ton nom, tu as hoché la tête. Tu acceptes tout ce qu’il t’explique, tu le crois. Il dit vrai, à quoi bon mentir ? Tu n’as que lui, lui et le petit, de toute façon. Pas de revenu, pas d’ami, pas de famille, coupée d’un monde que tu ne connais pas non plus.

Ce soir il te raconte ce qu’il s’est passé cette nuit là. Tu devais le rejoindre à une soirée, un dîner mondain donné par sa boite, ce genre de partie fine où il est de bon ton d’amener sa compagne, surtout lorsqu’elle est aussi belle que tu as su l’être. Tu le laisses parler, ses mots coulants sur toi, en toi, tu espères qu’ils éveilleront ce qui ne s’éveille pas. Tu ne réagis guère aux compliments dont il parsème son récit. Tu fermes les yeux, imagines, à défaut de te souvenir.
Il t’a attendue puis, inquiet, a pris sa voiture pour te rejoindre sur la route. Son téléphone a sonné au moment où il apercevait les gyrophares. Tu n’avais rien, mis à part cette beauté perdue, ce visage défiguré. Tu étais endormie, juste endormie, déconnectée. Un long sommeil de vingt mois.
Il t’a gardée à la maison, refusant qu’on t’enlève l’embryon qui ne demandait qu’à vivre, ce bout de toi dont il avait appris l’existence le soir où il a cru te perdre. Il a caressé ton ventre, lui a parlé, t’a fait la lecture. Il a continué à travailler, pour pouvoir payer tes soins à domicile, rémunérer une infirmière discrète, muette. Il répugnait à te laisser avec elle, mais était par trop conscient de son manque de savoir-faire pour s’occuper de toi correctement. « Tu as toujours été formidable. Même en dormant, tu as fait un accouchement parfait, une césarienne sans complication. » L’enfant, il a été son père et sa mère, puisque tu ne daignais pas te réveiller.

Quelque chose fait cependant son apparition. Est-ce de le voir pleurer ? S’abandonner un peu à son récit, à l’émotion ? Toujours est-il que là, maintenant, tu as envie de le prendre dans tes bras, de le sentir contre toi. Tu contemples ta main qui se déplace vers son visage, ton pouce qui essuie ses larmes, ses yeux incrédules qui t’observent, attendant sans oser bouger d’un iota, de peur briser l’instant. Tu contemples la scène de loin, ça n’est pas toi, et pourtant…
Il t’a tellement imprégnée de vos souvenirs que tes gestes te semblent évidents, naturels. Ce soir, tu recherches ton amour perdu, ce soir, tu veux l’aimer à nouveau. Vos ébats sont tendres, tes paupières closes afin de rechercher en toi ces sentiments qui te manquent. En vain. Tu t’endors ensuite, insatisfaite.

Réveil nocturne. Ventre enflammé qui le réclame encore. Il dort, là, serein, du sommeil du juste, repus. Il dort et tu le réveilles de ta bouche, tu te fais violence pour ne pas succomber aux nausées que cela provoque, tu joues le jeu du souvenir, marquant là ta bonne volonté. Il est le père de ton enfant, tout ce que tu as, tout ce qu’il te reste. Qui voudrait de toi, sinon lui ?
Le jeu se prolonge, intense, fort. À défaut de sentiments, tu découvres de nouvelles sensations, celles du plaisir charnel, du plaisir réclamé, de la violence de l’orgasme. Tes paupières s’ouvrent alors que tu redescends doucement, des étoiles plein les yeux. Tu te souviens de chaque mot qu’il t’a dit, des descriptions de ton visage, des marques qui te défigurent, de ton ventre crispé, creusé à la fin de l’acte. Tes paupières s’ouvrent et, malgré les étoiles dans ton regard, tu te vois.
Le drap est tombé, celui qui masquait le miroir qui te fait face et te renvoie ton image. Votre image. Il est derrière toi, encore fiché profondément dans tes entrailles, les traits déformés par un sourire que tu n’arrives pas à déchiffrer. Tu vois ton ventre qui, creusé, se fait encore bien trop rond. Et surtout, surtout, tu vois ton visage. Tu cherches les cicatrices qui te gâtent, tu cherches sans voir, sans comprendre. Tu vous observes mieux. Et tu fermes les yeux pour ne plus vous voir. Quand il te demande le pourquoi de tes larmes, tu lui réponds que tu pleures parce que tu es heureuse. Ta voix peut bien trembler, sonner étrangement, la réponse semble le satisfaire. Cette nuit, il te tient dans ses bras pour votre sommeil amoureux.

Comédienne. Tu joues à la perfection le rôle de la jeune femme comblée, de l’amante redevable à cet homme si bon de t’aimer encore malgré ton visage dévasté. Tu as trouvé la parade pour tes nausées matinales, tu ne manges pas le matin, et ça passe, petit à petit. Ton ventre s’arrondit encore. Non, tu n’es pas prête à sortir affronter le monde encore. Tu sais combien cette réponse le satisfait. Tu joues le jeu. Tu sais désormais. Tout, ou presque.
Ça n’est pas une question de souvenir, non. Tu sais simplement que tu sais compter. Qu’il t’a fécondée alors que tu étais endormie. Une deuxième fois. Tu peux le comprendre, tout de même, tu étais là, consentante. Du moins n’as-tu pas montré que tu n’étais pas d’accord, il avait envie, le pauvre et il fallait bien qu’il essaie de te réveiller ! Il n’a pas abusé de toi, il l’a fait par amour. Mais si.

Une intuition te prend, un jour où il est absent. L’enfant est à la sieste, cet enfant qui, de jour en jour, lui ressemble de moins en moins. Un peu d’eau sur un mouchoir, et tu nettoies délicatement le masque d’une photographie. Le cœur battant, tu vois apparaitre un visage qui n’est pas le tien. Qui ressemble, un peu, de loin. Sur ces photos de vous, lui seul est authentique.
N’ayant pas projeté de sortir, tu n’as pas porté attention à ta garde robe. Tout y est neuf. Tout, sans exception. Et puis tu sais compter. Il a le double de ton âge, au moins, ou alors tu es la belle au bois dormant, préservée des effets du temps durant ton sommeil, mais tu en doutes fort. Tu comprends le regard triste de l’infirmière, lorsque tu l’as vue pour la dernière fois, elle aurait souhaité que tu ne te réveilles jamais, afin de ne jamais être consciente de ta souillure, elle qui te lavait chaque matin.

Tu ne sais rien des circonstances de ton arrivée ici, t’a-t-il enlevée avant ou après le début de ton coma ? Est-il la cause de ce long sommeil ? Tu ne sais rien de ton vrai nom, ni qui tu as pu être avant. Qui est le véritable père de l’enfant, cet enfant que tu portais avant d’être endormie, avant d’être son réservoir à foutre. Ce que tu sais par contre, c’est que tu vas partir d’ici. Que tu vas emmener votre enfant. Non. Tes enfants. Qu’il ne pourra plus rien contre toi, jamais.
Les bouteilles de lait ont la vie dure, tu retrouveras ton identité, les gens qui t’aiment, tu te reconstruiras. La mémoire peut bien te faire défaut, tu as toute ta vie devant toi et deux enfants à élever. Tu crois même t’être vue déjà, sur ces bouteilles. Le visage un peu plus rond, plus jeune.

                Quant à lui, il arrivera sans doute ce soir, une cigarette allumée entre ses lèvres souriantes, comme tous les soirs. S’attendant à ce que tu lui ouvres les pans de ton peignoir, comme tu l’as fait dernièrement, soumise, muette, souriant à l’idée de ton futur départ.
Sauf que ce soir, ça n’est pas ton parfum qu’il sentira en entrant. Tu auras diffusé, laissé s’épandre jusqu’à saturer les murs de la maison, la puanteur du butane, du propane... Tu n’as jamais su. Et tu t’en fous.

7 mai 2013

Trompette & Luna à Decize (par Lunatik)

Compte rendu absolument subjectif et nombriliste d'un week end à Decize, pour le salon de la nouvelle et le prix Littér'Halles 2013. Avec de la vraie vérité dedans (en quantités variables).
Trompette Sournoise* et moi même étions chaleureusement invités, chaperonnés par notre éditeur (unique et) préféré, Quadrature, représenté pour l'occasion par l'incontournable Saturnin* et sa douce moitié, Dominique.

Nous avons, comme l'an passé, été accueillis assez royalement, bien que Trompette soit arrivé à la bourre au dîner suite à un malencontreux détour par la Route des Vins (qu'on ne vienne pas me raconter que c'est un hasard). La maîtresse de maison, qui s'angoissait déjà passablement quant à la cuisson de ses petits plats mis dans les grands, a verdi un peu plus vers 20h30 en apprenant vers quel lieu incertain l'animal était parti s'égarer alors qu'il avait juré craché d'arriver à 17h46 (heure locale). 
Finalement, quand Trompette parut, rien n'avait cramé, et le repas s'est déroulé tranquillement, ponctué par mes éternuements, reniflements et mouchages. J'étais balade. J'ai eu un peu de mal à suivre ce qui se disait parce que j'avais les neurones englués dans la morve.

Le lendemain matin, après un réveil avec vue sur le jour naissant sur la Loire, ma logeuse, Marie Angèle, m'a concocté un petit déjeuner comme je n'en avais jamais eu : croissant et pain tout frais, orange pressée, lait au miel de thym (pour mon rhube),  petites fraises sucrées marinées dans le jus d'orange... Dire que j'étais comme un coq en pâte serait au dessous de la vérité. On a discuté suffisamment longtemps pour arriver au salon largement après tout le monde (non sans avoir fait un petit détour le long de la Loire en crue, qui offrait un spectacle impressionnant)



Ensuite, les choses sérieuses ont commencé.
Après quelques échauffements et assouplissements du poignet, j'ai pris place aux côtés de Trompette et nous avons attendu le chaland. Il faut savoir que nous avons tous deux un talent indéniable et un don inné pour la vente. Je veux dire, malgré les apparences, on n'est pas du genre sauvage. La légende selon laquelle Saturnin se serait écrié, au beau milieu d'un repas : "Bon sang mais qui est ce qui m'a fichu deux asociaux pareils ?!" n'est qu'une rumeur infamante à laquelle toute personne de bon sens ne saurait prêter foi.
Quoi qu'il en soit et quoi qu'on en pense, nous avons signé et dédicacé au coude à coude, dans un bel esprit d'équipe, sans jamais copier l'un sur l'autre (faut dire que Trompette tient son stylo bizarrement et, de fait, son bras me cachait toujours sa prose).



Le midi, remise du prix Litter'Halles à Patrick da Silva pour son recueil A la guerre. Je devais lui passer le flambeau, dans un geste plein de superbe et de solennité. Bon, je suis pas fortiche en effet de manches, du coup je lui ai refilé le truc comme j'ai pu, et ça a été l'occasion pour les éditions Rhubarbe et leur auteur, Jean Paul Rousseau, de se foutre gentiment (mais allègrement) de ma poire. 
Tsss.
Puis repas à la cantoche, moins goûtu que celui de la veille, indéniablement ; et j'ai eu bien du mal à ouvrir la barquette pour atteindre ma pitance (les ouvertures faciles, c'est toujours compliqué, c'est un miracle que mes patates et ma mousse de chais pas quoi n'aient pas atterri sur les genoux de Dominique ou dans la poussette du mioche quelque part sur ma droite)



L'après midi, nous sommes retournés à notre labeur. On a discuté et re-dédicacé un peu, avec un bel ensemble : les gens achetaient souvent nos deux bouquins à la fois, c'était marrant ; ça m'a rappelé mon premier salon, aux côtés de Frehelle* qui signait à tour de bras alors que personne n'approchait mes Crocs à moins de deux mètres. Un détour aux WC m'avait pourtant confirmé que je ne présentais aucun signe de peste bubonique ou autre crotte de nez sous narinale.

Un homme un peu étrange est venu me féliciter (après un bon moment d'observation qui aurait pu finir par me mettre mal à l'aise) d'avoir écrit moi même mon bouquin. Les autres, parait il, n'en font pas autant. Trompette l'a d'ailleurs immédiatement conforté dans cette idée en avouant n'avoir fait que signer les textes de son recueil.



EmmaB et Rosaura nous ont gratifiés du plaisir de leur présence et ça, c'était une chouette surprise. Rosaura a profité de nos conseils avisés et totalement contradictoires sur la manière d'écrire. L'un est contre les chutes, l'autre est pour. L'un écrit tout d'un bloc, dans l'urgence, et revient ensuite tailler dans le gras, chirurgicaliser et reconstruire. L'autre passe son temps le nez au vent, les mains en suspens au dessus du clavier pour ne lâcher qu'une phrase au quart d'heure, qui sera ensuite examinée au microscope et polie avant d'enchaîner sur la suivante. La bonne nouvelle c'est que les deux s'accordent à dire que c'est laborieux, éprouvant... mais jouissif ! Si avec ça elle n'écrit pas un best seller, c'est à désespérer d'elle.

Une fan de Trompette a insisté pour nous prendre en photo. Sachant que c'était sa fan à lui personnelle, j'ai voulu plier bagage pour aller me planquer derrière la bannière de notre stand. Malheureusement, pour une raison mystérieuse, la demoiselle voulait nous immortaliser ensemble. Chacun sait (ou pas) que j'ai une sainte horreur des photos, ce qui a donné lieu à des scènes relativement cocasses : Luna la tête dans ses mains, Luna derrière la Fée Amphète, derrière la bannière, derrière sa photo de stand, Luna de dos, Luna derrière un Trompette grimaçant faisant courageusement barrage de son corps, Luna sous la table... Cette demoiselle était tenace. Elle est néanmoins repartie bredouille, ce qui est bien dommage pour elle.

Les éditions Lunatique puis leur auteur, Elodie Da Silva*, sont fort aimablement venues investir leurs petits sous dans nos fée et crocs. Merci à elles et à tous ceux qui ont mis la main à la bourse ou à la pâte.

Voilà.
Y a peut être encore des choses à dire mais le soleil se pointe alors je vais plutôt aller faire un tour dehors.


*alias Arnaud Modat, auteur du cultissime recueil La Fée Amphète aux éditions Quadrature (que ceux qui ne l'ont pas encore lu l'empruntent à la bibliothèque, le volent à la Fnac ou le commandent en cliquant ici)

*alias Patrick Dupuis
*alias Gaëlle Pingault
*auteur de Mauvais potage, finaliste de Litter'Halles

28 décembre 2012

Les 100 derniers jours (par Lunatik)




Vous aimez les castors ?
Vous aimez (ou pas) la politique ?

Alors achetez, commandez, faites vous offrir (ou volez chez votre marchand de journaux habituel), le recueil des Cent derniers jours, aux Editions Zonaires.

Et retrouvez deux textes de Castor Tillon + un de Lunatik en cadeau bonus (sans frotter)




La 4e de couv :

"Au printemps dernier, en pleine campagne présidentielle, une trentaine d’auteurs se retrouvaient dans l’anonymat d’un bar virtuel avec l’idée de revisiter, cent jours durant, les clairs-obscurs du jubilé républicain. Depuis des années, on ruminait ferme sur la crise, le manque à gagner en temps de bonheur disponible était dans toutes les têtes et il y avait un peu partout cette envie de donner un peu d’ivresse aux attentes, d’instiller de la couleur sur les pages tristement convenues des discours officiels.
Ce furent cent jours d’effervescence littéraire et l’occasion de soulager le grimoire électoral d’une partie de son épaisse couche de fard. L’affaire fut réjouissante, jubilatoire, plébiscitée jusqu’au clap de fin, un jour de mai.
Ce livre rassemble une cinquantaine de ces « brèves de comptoir » ; des prises de parole incisives, impertinentes, parfois visionnaires, agrémentées de quelques dérives poétiques, d’un brin de mauvaise foi et d’une brassée de frissons romantiques, le tout relevé d’une bonne dose d’humour."

16 mai 2012

Trompette en fête : la fée Amphète (par Lunatik)

Nous l'attendions tous avec une impatience fiévreuse, le voici, le voilà, le recueil d'Arnaud Modat (alias Trompette Sournoise), déjà disponible chez l'éditeur Quadrature pour la modique somme de 15€ frais de port offerts.


La quatrième de couv', histoire de vous faire baver un peu :

Ces onze nouvelles ont été écrites entre 2006 et 2011, ce qui en dit long sur la propension de l’auteur à se laisser distraire par le moindre pigeon. On y rencontre des pièces d’échec qui s’engueulent, un type qui cherche la sortie sur la piste des auto-tamponneuses, un autre, au contraire, qui ne veut plus quitter l’autoroute, un psychopathe performant, de la guitare au coin du feu, une fée accroupie au milieu d’une forêt de jambes... Nombreux sont les textes qui prêtent à sourire, mais le recueil ne sera pas remboursé en cas de suicide au gaz. Certaines nouvelles peuvent contenir des résidus de cynisme et des traces de noisette, en quantités infimes.

Arnaud Modat est né à la fin des années 70, à la frontière du funk et du disco, mais à Douai. Artiste polymorphe non rentable, flegmatique, confus, égocentrique et sportif atypique, il vit aujourd’hui à Strasbourg. Il aime les échecs, marcher pieds nus sur le goudron chaud, distribuer des bouchons de vodka, le cheval d’arçon et Fanny. Il mourra probablement en 2054 (en février ou en juin, mais le huit), d’une intoxication au plomb, tout simplement.


Cette fainéasse de Trompette ne m'ayant pas encore envoyé mon exemplaire dédicacé que je lui réclame à cor et à cri depuis les calendes grecques, je ne peux rien vous en dire de plus.

4 mars 2012

Un tramway nommé désir (par Yunette)

Le front collé à la vitre derrière laquelle défile une cathédrale immuable éclairée de manière hétéroclite, compressée par ces corps que je ne connais pas, je songe. D’ordinaire je pesterais,  intérieurement du moins, je ressentirais ces coudes dans mes côtes, ces sacs dans mon dos, mains dans les poches pour surveiller mes pauvres biens.
D’habitude.
Pas aujourd’hui, aujourd’hui j’erre dans les méandres de mon esprit, cœur en vrac et corps en feu, envie qui me tenaille, m’envahit. Douceur…
Dans ce tramway qui file sans se soucier de moi, dans cette gangue humaine m’interdisant tout mouvement, je pense à peine, l’instinct parlant pour moi, le désir… Cette envie violente, cette vision de mains qui me saisissent, d’une bouche sur mon sein qui me happe et mord, être un figuier dont les fruits nourriciers libéreraient leur jus sucré, doux et suave…
Gémissement qui se perd dans la houle émanant de la marée humaine, heureusement, personne ne l’entend, ou si, peut être, je m’en fous. Mes paupières closes ne me laissent que la vision des événements passés et de cette phrase…
Cette phrase…

Les enfants sont des marionnettistes.

Une pensée fugace, échappée à voix haute, comme ça, naturellement. Vérité sortie de ma bouche, miroir des yeux d’une fillette. J’y pense encore tandis que je m’éloigne, emportant avec moi mon désir, mes envies, et son sourire.
Petite main s’agitant en réponse à la mienne, à mon tour d’étirer mes lèvres au souvenir de cette mignonette au visage poupin. Et pour cause !
De grands yeux noirs qui lui dévorent le visage, m’accrochent, me gardent, prisonnière. Nulle volonté de m’échapper alors, profiter, juste, de cet échange où les questions ne se posent pas.
Elle se penchait sur le côté, l’enfant dont j’ignore encore le prénom, et je faisais de même. Pantomimes miroirs, sourires échangés, rendus, offerts repris et redonnés. Cadeau.
J’ai tenté, parfois, d’aller à son encontre, de provoquer une dissonance, un mouvement différent du sien. En vain. Léger à coup en son sens, un regard clair, assuré, et je me pliais à sa volonté, revenant immédiatement dans le droit chemin. Le sien.
Elle décidait, j’obéissais. C’était l’ordre des choses. J’étais son jouet, son objet, fruit de ses désirs, et moi, moi, je n’étais que volontaire pour cette expérience.

On ne cède pas aux caprices !

Ce n’en était pas un, ou alors le mien. Je lui offrais mes gestes, pas grand-chose en somme, les gestes qu’elle exigeait. En retour, elle me confiait son sourire, son regard, son attention.
J’étais comblée.
Ou presque. Pour l’être tout à fait il eut fallu que j’aie d’autres yeux noirs en construction au creux de moi, un polichinelle dans le tiroir, une cartouche tirée ayant fait mouche…
Je n’ai pas bu et pourtant je divague, ivre de ces pensées où je me vois mère, marionnettiste pendue à mon bras, délirium tremens de la femme saoulée de n’être pas mère, images affluant à mon esprit où cet enfant aurait son regard…
Mon enfant.

Il y a longtemps que j’ai mis à la poubelle toutes mes espérances de maternité, ce rêve qu’ont les jeunes filles quand elles s’imaginent leur avenir, ce rêve qui se brise parfois quand quatre lettres font leur apparition en lieu et place d’un "sortez couverts"… Une fois suffit, comme pour faire un môme, j’ai juste tiré le mauvais lot.




Sombre pensée qui me vrille les tripes tandis que je broie la petite main qui est dans la mienne. Je n’ai pas perçu la foule qui s’écartait de moi en apercevant mes doigts tachés de pourpre enserrant cette menotte potelée. Je baisse les yeux en reprenant conscience du monde qui m’entoure, un sourire étire mes lèvres, doux, suave, bien amer aux yeux noirs qui me fixent, terrifiés. Perles salées qui  me semblent autant d’étoiles. Je suis fière d’être son jouet, j’incline la tête mais elle ne répond pas…

Je crois qu’elle a laissé ses fils près de la cathédrale, là où désormais des lumières tournoyantes s’affolent, là où activement, on tente de ranimer une femme aux yeux noirs.